Faux tweet, vraie faute: France 24 piégée par un compte usurpé attribué à Nasser Bourita

Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères, lors de la 48ème session ordinaire du Conseil exécutif de l’Union africaine, qui se tient en prélude au 39ème Sommet ordinaire des Chefs d’État, prévu les 14 et 15 février à Addis-Abeba.

Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangère, assiste à une session du Conseil exécutif de l’Union africaine, au siège de l'organisation à Addis-Abeba, le 10 février 2026.

Revue de presseLa chaîne France 24 a diffusé dans l’émission «Face à Face» une publication issue d’un faux compte attribué au ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita. Une erreur qui interroge à propos des standards professionnels d’un média suivi par des millions de téléspectateurs. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Al Ahdath Al Maghribia.

Le 25/02/2026 à 19h22

Une faute professionnelle et éthique d’une rare gravité: c’est ainsi que l’on peut qualifier l’incident survenu lorsque la chaîne française France 24 a diffusé, dans son émission «Face à Face», une publication attribuée à tort à un prétendu compte du ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita. L’affaire, au-delà de son caractère embarrassant, soulève de sérieuses interrogations sur les mécanismes de vérification de l’information dans un média international suivi par des millions de téléspectateurs, indique le quotidien Al Ahdath Al Maghribia de ce jeudi 26 février.

Indépendamment de l’authenticité du compte, le contenu du message relayé a de quoi surprendre. La formulation, approximative et maladroite, tranche radicalement avec le langage mesuré et calibré qui caractérise habituellement la communication diplomatique, remarque le quotidien. On y lisait que «le Royaume du Maroc a l’honneur de rejoindre le Conseil de la paix en tant que membre fondateur et de contribuer à hauteur d’un milliard de dollars au Conseil du président américain Donald Trump, à la charge du Royaume du Maroc, ce qui accroît notre fierté après la normalisation de nos relations avec l’occupation israélienne, grâce à laquelle nous avons accédé à ces relations avec les États-Unis». Une déclaration d’une telle nature, tant sur la forme que sur le fond, aurait «immédiatement dû susciter la prudence de tout journaliste familier des usages diplomatiques», écrit le quotidien, selon lequel, «en matière de politique étrangère, chaque mot est pesé, chaque phrase soigneusement construite, chaque message inscrit dans une stratégie cohérente. Imaginer qu’un chef de la diplomatie puisse s’exprimer dans des termes aussi approximatifs sur un réseau social, au sujet de dossiers aussi sensibles, relevait au minimum de l’invraisemblance».

«La règle élémentaire du métier impose, face à une information d’origine numérique, de vérifier la source, de recouper les données et d’identifier les canaux officiels avant toute diffusion», a-t-on pu lire. Or, dès le 27 décembre 2017, le ministère marocain des Affaires étrangères et de la Coopération internationale avait formellement clarifié la situation, signale le quotidien qui ajoute que, «dans un communiqué, il était précisé que Nasser Bourita ne disposait d’aucun compte sur les réseaux sociaux, que ce soit sur Facebook ou sur X (anciennement Twitter)». Le ministère soulignait explicitement que «toute déclaration ou prise de position émanant d’un compte portant son nom relevait d’une usurpation d’identité et n’engageait que son auteur», selon le quotidien qui précise que «cette mise au point, vieille de plusieurs années, établit sans ambiguïté la ligne officielle».

La diffusion de cette fausse publication dans une émission au titre évocateur, destinée à confronter les points de vue et à éclairer le débat public, n’en apparaît que plus problématique, a-t-on encore pu lire dans Al Ahdath Al Maghribia. Face à la polémique, France 24 a présenté des excuses succinctes à l’antenne le lundi 23 février, reconnaissant avoir relayé un message attribué au ministre marocain avant de découvrir qu’il provenait d’un compte usurpé sur X. «Nous nous excusons pour cette erreur», a déclaré la chaîne, admettant une faille dans son processus de vérification, relaie Al Ahdath Al Maghribia.

Cependant, l’affaire ne s’arrête pas là. Selon plusieurs éléments relayés par le quotidien, «le compte à l’origine de la publication aurait été créé en Algérie, ajoutant une dimension géopolitique supplémentaire à un incident déjà sensible». Al Ahdath Al Maghribia ajoute que, «dans un contexte régional marqué par des tensions persistantes, la circulation de faux contenus attribués à des responsables politiques de premier plan n’est jamais anodine. Elle met en lumière la vulnérabilité de l’espace médiatique face aux manipulations numériques». Le quotidien rappelle donc l’impérieuse nécessité, pour les rédactions, de redoubler de vigilance.

Par La Rédaction
Le 25/02/2026 à 19h22