Élections: l’Istiqlal tourne le dos à la vieille garde

Nizar Baraka, secrétaire général du Parti de l'Istiqlal, lors du Conseil national de la formation politique, tenu le 2 mars 2024 à Bouznika.

Revue de presseÀ quelques mois des échéances électorales, le parti dirigé par Nizar Baraka engage une réorganisation controversée en écartant plusieurs inspecteurs provinciaux, ravivant les tensions entre renouvellement générationnel et fidélité à une structure historique qui a façonné son influence politique. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Assabah.

Le 03/04/2026 à 20h01

Le parti de l’Istiqlal semble avoir choisi un moment stratégique pour procéder à une vaste réorganisation interne, marquée par la mise à l’écart de plusieurs inspecteurs provinciaux et leur remplacement par de nouveaux profils. Cette décision, prise sans communication officielle détaillée ni explication publique, a surpris de nombreux militants et militantes, alimentant interrogations et spéculations, relève le quotidien Assabah dans son édition du weekend du 4 et 5 avril.

Dans les grandes villes comme Casablanca ou Tanger, ces changements interviennent à quelques mois seulement des échéances électorales, ce qui n’a pas manqué de susciter des réactions contrastées. Entre partisans d’un renouvellement jugé nécessaire et opposants dénonçant une mise à l’écart brutale de figures expérimentées, le débat s’est rapidement installé au sein des cercles politiques. Le cas de l’inspecteur provincial de Tanger cristallise particulièrement les tensions, lit-on dans Assabah. Son éviction serait liée à des rapports jugés imprécis, voire à des dénonciations contestées, attribuées à un ministre influent proche de Nizar Baraka. Une affaire qui pourrait avoir des répercussions négatives sur la dynamique organisationnelle du parti dans la région du détroit, pourtant stratégique dans la perspective de conquérir un nombre significatif de sièges parlementaires.

Cette vague de changements touche également ce que certains appellent «la vieille garde», remplacée progressivement par une nouvelle génération de cadres. Une évolution qui relance le débat sur le rôle central des inspecteurs dans la structure du parti. Ces derniers ne se limitent pas à des fonctions administratives: ils constituent un pilier historique de l’organisation, garants de ses valeurs, de sa continuité et de son implantation territoriale. Cité par Assabah, un dirigeant du parti, s’exprimant sous couvert d’anonymat, rappelle que ces hommes ont été les artisans de la pérennité de l’Istiqlal pendant des décennies, sillonnant villes, campagnes et zones reculées pour diffuser son message et consolider ses bases militantes, parfois au prix de lourds sacrifices.

Depuis plus de huit décennies, l’Istiqlal s’est maintenu comme une force incontournable de la scène politique marocaine, échappant en grande partie aux cycles de déclin qui ont affecté d’autres formations. Cette longévité intrigue d’ailleurs chercheurs et analystes en science politique, qui s’interrogent sur les ressorts de cette stabilité exceptionnelle dans un paysage partisan souvent mouvant.

Aujourd’hui, la direction du parti, menée par Nizar Baraka, mise clairement sur les prochaines élections législatives pour s’imposer comme première force politique et prétendre à la conduite du gouvernement. Une ambition d’autant plus significative dans un contexte où la configuration de l’exécutif pourrait évoluer.

L’une des spécificités organisationnelles de l’Istiqlal réside dans la répartition structurée des responsabilités, depuis les cellules de base jusqu’aux instances centrales. Au sommet de cette architecture se trouve le secrétaire général, garant de l’unité du parti, du respect de ses principes et de la mise en œuvre de ses orientations. Mais c’est surtout l’institution des inspecteurs qui distingue le parti des autres formations politiques marocaines. Véritable singularité organisationnelle, ce corps a longtemps été au cœur de débats internes, divisant défenseurs et critiques.

Ces divergences reposent sur deux approches principales. La première, subjective, dépend de la relation personnelle entre le militant et l’inspecteur au niveau local. La seconde, plus objective, tient à la nature même du terme «inspecteur», qui suggère un rôle de contrôle et de supervision, parfois perçu comme intrusif, mais aussi essentiel au maintien de la discipline et de la cohérence organisationnelle du parti.

Par La Rédaction
Le 03/04/2026 à 20h01