Une enquête a été ouverte pour déterminer comment des quantités importantes de céréales importées, exemptées de droits de douane et bénéficiant de subventions substantielles de l’État, n’ont pas été utilisées pour la production de farine destinée à la consommation humaine.
Dans son édition du vendredi 16 janvier, le quotidien arabophone Assabah rapporte que «c’est la découverte de documents d’importation de céréales subventionnées dans une usine de production d’aliments de bétail qui a permis de dévoiler le pot-aux-roses». Ces documents attestent que des sociétés importatrices de céréales fournissent, depuis plusieurs mois, d’importantes quantités de blé dur et d’orge subventionnées à des usines d’aliments de bétail, et non aux minotiers. Cela constitue un détournement flagrant de produits subventionnés par l’État.
Selon Assabah, «les manœuvres des sociétés importatrices de céréales, qui réalisent ainsi d’énormes bénéfices, sont facilitées par le fait qu’elles monopolisent toutes les étapes du processus de distribution, d’entreposage et de transformation». Cela rend difficile toute possibilité de s’assurer que les céréales importées arrivent à leur destination réelle. En effet, sans la découverte fortuite de ces documents dans une usine de transformation, ces détournements, qui durent depuis un certain temps, n’auraient jamais été constatés.
Pour mesurer l’ampleur de l’argent étatique détourné, les données officielles précisent que les importateurs de céréales sont les principaux bénéficiaires de l’aide de l’État, avec 42,9% de l’aide totale en 2021 et 84,8% en 2022. Pour la seule année 2024, ils ont profité d’une enveloppe de 2,578 milliards de dirhams. Tout cet argent est destiné uniquement à la production de farine qui sera revendue au consommateur à des prix abordables, alors que sur le marché mondial, le prix des céréales a connu ces dernières années une envolée sans précédent.
Pour limiter cette hausse des prix sur le marché mondial, le gouvernement a consacré 10 milliards de dirhams de subventions à ce produit vital. Mais, à part la baguette de pain fabriquée avec cette farine qui continue à se vendre à 1,20 dirham, toutes les autres catégories de farine ont connu une augmentation plus ou moins importante des prix.
Assabah rappelle que «l’aide de l’État n’a concerné au départ que 6,26 millions de quintaux de blé tendre, avant d’être étendue à toutes les céréales face à leur renchérissement mondial et aux années de sécheresse récentes au Maroc». Ces interventions n’ont pas empêché l’augmentation locale des prix des céréales. Les manigances des importateurs y sont pour beaucoup: si les céréales avaient été intégralement orientées vers les minoteries, les prix seraient plus bas, sachant que sur chaque kilogramme vendu frauduleusement aux usines d’aliments de bétail, ces importateurs véreux gagnent 3 dirhams.







