Claudia Gaudiau arrive au terme de son mandat à la présidence de la Chambre française de commerce et d’industrie du Maroc (CFCIM). Femme au sourire contagieux et à la personnalité solaire, elle est également vice-présidente depuis près d’un an et demi de la Fédération nationale de l’intérim au Maroc (FNIM). Elle allie énergie et pragmatisme pour accompagner les entreprises, soutenir les jeunes talents et renforcer les partenariats économiques entre la France et le Maroc. À l’occasion de la fin de son mandat, elle revient sur trois années riches en projets et en réussites.
Le360: vous venez d’achever votre mandat à la tête de la CFCIM. Quel regard portez-vous sur ces trois années?
Claudia Gaudiau: Ces trois années ont été extrêmement intenses, presque plus incarnées que simplement vécues. Avec l’équipe, nous avons insufflé une nouvelle dynamique, un élan collectif, une vraie motivation autour des projets, avec un attachement très fort à la coopération franco-marocaine. Durant mon mandat, cette relation a connu deux temps: une première année un peu frisquette, puis un net réchauffement à la faveur de la visite du président Emmanuel Macron à Rabat, reçu par Sa Majesté. Nous avons eu l’honneur de participer à l’accueil de la délégation et d’être acteurs de ce redémarrage des relations, qui n’avaient jamais été rompues mais semblaient distantes. Aujourd’hui, cette coopération est relancée et nous sommes très heureux d’avoir contribué à renforcer un lien, entre nos deux pays, que je considère inarrêtable, tant sur le plan économique que par l’amitié profonde qui les unit.
Comment la Chambre fonctionne-t-elle au quotidien pour remplir ses missions?
La CFCIM repose sur près de cent personnes mobilisées au quotidien pour porter l’ensemble de ses missions économiques. Cela inclut la délégation de service public que nous avons remportée avec Business France, puisque nous en sommes le porte-parole au Maroc, mais aussi le volet scolaire et pédagogique à travers l’École supérieure des affaires (ESA), la gestion de quatre parcs industriels autour de Casablanca, l’animation du réseau des adhérents à l’échelle locale, ainsi que le cluster dédié aux jeunes entrepreneurs. Tout cela constitue la vie quotidienne de la Chambre. Mon rôle a été de poursuivre cette dynamique et d’accompagner le développement des régions, notamment à travers la mise en place de parcs industriels, l’accompagnement des entreprises françaises souhaitant s’implanter au sud du Maroc, mais aussi celui des entreprises marocaines qui s’installent en France.
Dans quelle mesure le développement régional et l’ancrage de la Chambre dans le sud du Maroc, constituaient-ils un axe stratégique de votre mandat?
Durant mon mandat, nous avons ouvert deux nouvelles délégations, à Guelmim, avec la participation de notre ambassadeur, ce qui a été un moment important, puis à Smara, inaugurée en novembre dernier par le nouveau président de la Chambre. Ces ouvertures s’inscrivent dans une stratégie de long terme visant à consolider l’ancrage de la Chambre dans le sud du Maroc, une présence engagée depuis 2019 avec l’ouverture des délégations de Laâyoune et de Dakhla sous les mandats précédents.
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Quelles sont, selon vous, les réalisations les plus structurantes de la CFCIM durant ces trois années?
S’il fallait retenir quelques réalisations structurantes, même s’il est difficile d’en choisir seulement trois, je dirais d’abord la signature d’un partenariat majeur avec IGENSIA pour l’ESA. Il s’agit d’un grand groupe français qui prend désormais en charge l’ensemble du volet pédagogique, à un moment où la Chambre était arrivée au maximum de ce qu’elle pouvait assumer dans ce domaine. À ce niveau, savoir déléguer devient essentiel et nous avons fait le choix de nous associer à des acteurs de référence et précurseurs sur ces sujets. Je retiendrais également les journées économiques et, plus largement, tout le travail d’accompagnement économique mené en continu entre la France et le Maroc. Ce volet est central: il fait vivre la relation bilatérale, mobilise les équipes et permet de maintenir un lien permanent entre les régions, à l’écoute des besoins des entreprises, qu’elles soient françaises ou marocaines, investissant dans un sens comme dans l’autre. C’est, à mon sens, l’essentiel à retenir aujourd’hui: un lien économique durable, vivant, que nous nous efforçons de faire perdurer sans interruption.
Quels secteurs ont été les plus dynamiques ou stratégiques durant votre mandat?
L’un des premiers est celui de l’hydrogène, notamment dans la région de Guelmim, où nous avons œuvré à la mise en place d’accords visant à faciliter les démarches des entrepreneurs et des entreprises. Le secteur de l’eau et des infrastructures a également occupé une place centrale. Nous lui avons consacré une journée économique à Lyon, en réunissant à la fois des entreprises marocaines venues présenter leurs projets et des entreprises françaises désireuses de comprendre le fonctionnement et les opportunités au Maroc. Cette dynamique s’est aussi prolongée à travers des échanges avec les territoires, notamment autour de Saint-Nazaire, sur la thématique de l’eau. Enfin, un autre axe stratégique majeur, auquel la Chambre est particulièrement attachée et qui continuera à être porté, est celui de l’économie bleue.
Vous mentionnez l’économie bleue. Comment la Chambre soutient-elle le développement de ce secteur?
Ce secteur, encore insuffisamment valorisé, a fait l’objet d’un accompagnement spécifique, notamment avec des régions françaises comme Rennes et Saint-Nazaire. Nous avons accueilli des délégations marocaines venues s’inspirer des pratiques françaises, que ce soit dans le domaine biologique, la construction navale ou la gestion portuaire. L’objectif était de faire émerger des coopérations concrètes et d’attirer de grands acteurs français au Maroc afin qu’ils puissent contribuer à des projets structurants, comme celui du port de Casablanca, en apportant leur expertise sur des métiers clés.
Avez-vous constaté une évolution du profil des entreprises ou des secteurs représentés au sein de la Chambre?
Plus qu’une évolution des entreprises ou des secteurs représentés, c’est surtout une évolution des profils d’entrepreneurs que j’ai pu constater. Cette transformation s’inscrit d’ailleurs dans une dynamique économique plus large: aujourd’hui, les entrepreneurs veulent aller vite, obtenir des résultats concrets et éviter toute perte de temps. Dans ce contexte, la Chambre a fait évoluer son rôle pour s’adapter à ces attentes, en se positionnant comme un véritable facilitateur. Grâce à son ancrage au Maroc, à sa présence dans les régions et à ses liens permanents avec les acteurs clés, elle est en mesure de décrypter rapidement les besoins, de faciliter les prises de rendez-vous et d’identifier efficacement les entreprises en recherche d’accompagnement.
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Plus tôt, vous abordiez les différentes phases de la coopération franco-marocaine, entre une première année un peu «frisquette» et le net réchauffement qui a suivi. Comment qualifieriez-vous l’état de la coopération économique entre la France et le Maroc au moment où vous quittez vos fonctions?
Au moment où je quitte mes fonctions, je qualifierais l’état de la coopération économique entre la France et le Maroc de très bon, voire d’excellent. Les conditions sont aujourd’hui particulièrement favorables, notamment grâce au travail remarquable mené par l’ambassadeur de France au Maroc, Christophe Lecourtier, et l’ensemble de ses équipes. Ce travail d’écoute et de compréhension a permis de faire passer les bons messages, de part et d’autre, afin que les enjeux soient bien compris, assimilés et surtout traduits en actions concrètes. À ce titre, l’ambassadeur a été un acteur central de cette dynamique. De notre côté, à la Chambre, nous avons essayé d’apporter notre pierre à l’édifice.
Dans ce contexte, quel rôle la Chambre a-t-elle joué dans le renforcement des partenariats industriels et des investissements bilatéraux?
Le rôle de la Chambre s’est inscrit dans une logique de co-construction et de collaboration entre la France et le Maroc. Aujourd’hui, la France est en mesure d’apporter une expertise sur des domaines qu’elle maîtrise déjà, en partageant son savoir-faire et ses retours d’expérience. Le secteur du sport en est un bon exemple: la France a organisé des événements majeurs comme la Coupe du monde de football de 1998, la Coupe du monde de rugby ou encore les Jeux olympiques, des manifestations d’envergure qui ont représenté de véritables défis, mais qui ont été menées avec succès. Cette expérience permet aujourd’hui à la France de proposer des expertises, des conseils et des compétences sur des métiers précis, afin de construire des coopérations durables et de se préparer ensemble à de grands rendez-vous à venir, notamment la Coupe du monde 2030 au Maroc. Dans ce contexte, la Chambre a joué un rôle d’accompagnement et de continuité, en guidant les entrepreneurs et les investisseurs dans la compréhension et le décodage des outils et des dispositifs existants au Maroc, afin de faciliter les partenariats industriels et les investissements bilatéraux.
Quelles sont, selon vous, les grandes opportunités à venir pour le partenariat économique entre la France et le Maroc?
Selon moi, le Maroc dispose aujourd’hui d’opportunités exceptionnelles pour les investisseurs, qu’ils soient locaux ou étrangers. Le pays offre de nombreux outils et dispositifs qu’il suffit de savoir décoder pour avancer rapidement: les chambres de commerce dans les régions, les CRI qui donnent accès à des financements intéressants pour les entrepreneurs, ou encore l’Agence Marocaine de Développement des Investissements et des Exportations (AMDIE) qui accompagne les projets. Le rôle de la Chambre a été, et restera, d’aider à comprendre et à utiliser ces dispositifs pour faciliter l’action et accélérer le développement. Parmi ces grandes opportunités, on retrouve l’hydrogène vert, l’économie bleue et les projets structurants, notamment dans l’infrastructure, le TGV, la voirie et les grands projets régionaux comme ceux de Guelmim. Les entreprises françaises sont déjà actrices sur ces sujets et participent à ces grands projets.
Quels sont vos projets ou priorités pour la suite?
Pour la suite, mes projets sont avant tout de continuer mon engagement dans l’entreprise familiale de travail temporaire que nous avons au Maroc depuis 22 ans. Je souhaite faire connaître davantage le travail temporaire, le valoriser et montrer qu’il peut être un vrai tremplin pour les jeunes: il leur permet de tester différents métiers, d’acquérir de l’expérience, de se former et, finalement, de décrocher un CDI avec une expertise solide. Par ailleurs, même si je ne suis plus présidente de la Chambre française de commerce, je continue à faire partie du bureau et à soutenir l’équipe de la présidence actuelle. Enfin, je veux renforcer mon engagement sociétal, notamment en faveur des femmes dans l’entrepreneuriat et les postes à responsabilité. En tant que première femme présidente de la Chambre, je souhaite encourager d’autres femmes à se lancer et agir sur le volet associatif pour favoriser leur montée en responsabilité.








