Après la Chambre des représentants, une loi classant le Polisario comme organisation terroriste introduite au Sénat américain

Le sénateur Ted Cruz, en arrière plan, avec le président américain Donald Trump.

Le sénateur Ted Cruz, en arrière plan, avec le président américain Donald Trump.. 2024 Getty Images

Après la Chambre des représentants, le Sénat américain s’empare à son tour de la question du classement du Front Polisario comme organisation terroriste. Le 13 mars 2026, les influents sénateurs Ted Cruz, Tom Cotton et Rick Scott ont présenté une proposition de loi visant à lancer le processus de désignation de la milice séparatiste. En cause, ses liens présumés avec le régime des mollahs à Téhéran, des organisations soutenues par l’Iran et les risques que cela fait peser sur la sécurité régionale.

Le 14/03/2026 à 00h50

Après la Chambre des représentants, c’est désormais au Sénat américain que la question d’un classement du Front Polisario comme organisation terroriste s’invite officiellement dans l’agenda législatif de Washington. Une nouvelle étape a été franchie le 13 mars 2026 avec l’introduction d’un projet de loi porté par trois sénateurs républicains, et non des moindres, dans un contexte de durcissement du discours américain à l’encontre du Polisario et de son principal protecteur, l’Algérie.

Les sénateurs Ted Cruz, Tom Cotton et Rick Scott ont ainsi présenté le Polisario Front Terrorist Designation Act of 2026, une initiative législative visant à classer le Front Polisario parmi les organisations terroristes. Le texte prévoit que le secrétaire d’État américain soit tenu de désigner officiellement le mouvement comme organisation terroriste si une coopération avec des groupes iraniens déjà inscrits sur les listes terroristes des États-Unis est confirmée. Cette législation s’inscrit dans un climat de préoccupations croissantes à Washington concernant l’influence des Gardiens de la révolution iranienne et des réseaux soutenus par Téhéran dans plusieurs zones stratégiques, notamment au Sahel.

Dans un communiqué accompagnant la présentation du texte, Ted Cruz, très proche du président américain Donald Trump, a accusé le Polisario d’entretenir des liens opérationnels avec des organisations terroristes soutenues par l’Iran. «Le régime iranien tente de transformer le Front Polisario en équivalent des Houthis en Afrique de l’Ouest et de l’utiliser pour affaiblir la sécurité nationale des États-Unis et de nos alliés. Le Front Polisario travaille avec des groupes terroristes iraniens, reçoit des drones du Corps des Gardiens de la révolution islamique (IRGC) et transporte des armes dans la région pour le compte du régime iranien», explique le sénateur républicain.

L’impact des sanctions

Ce projet de loi garantira que les sanctions antiterroristes les plus puissantes des États-Unis puissent être utilisées pour contrer ces menaces. Une fois la désignation obtenue, le front Polisario et ses dirigeants seront privés d’accès au système financier mondial, aux voyages internationaux et aux ressources dont ils dépendent pour mener leurs activités terroristes.

De son côté, Tom Cotton a tenu un discours tout aussi direct. «Le Front Polisario est une organisation terroriste qui soutient ouvertement l’Iran et le Hezbollah. Il est grand temps de désigner ces terroristes comme tels», a-t-il tranché. Rick Scott a pour sa part élargi la critique à d’autres puissances considérées comme adversaires de Washington. «Je suis fier de rejoindre le sénateur Cruz pour soutenir le Polisario Front Terrorist Designation Act afin de garantir que les États-Unis disposent des outils nécessaires pour enquêter pleinement sur ces terroristes et demander des comptes aux responsables de leurs actes. Les États-Unis ne négocient pas avec les terroristes. Ce projet de loi montre clairement que toute menace contre le peuple américain et notre mode de vie sera confrontée à une action décisive», a commenté le sénateur.

Concrètement, le Polisario Front Terrorist Designation Act of 2026 lancerait un processus officiel pouvant aboutir à la désignation du Polisario comme organisation terroriste étrangère (FTO) et terroriste mondial spécialement désigné (SDGT) si la coopération militaire ou terroriste avec des organisations affiliées à l’Iran était établie. Le texte exige notamment un rapport du secrétaire d’État détaillant d’éventuelles coopérations entre le Polisario et ces groupes dans plusieurs domaines sensibles, parmi lesquels la participation armée à des opérations militaires, les systèmes d’armes, y compris les armes individuelles, les véhicules aériens sans pilote (drones), y compris leurs composants commerciaux, les systèmes capables de détecter, suivre ou détruire des cibles aériennes et le soutien en renseignement militaire, incluant surveillance, ciblage, renseignement électromagnétique ou humain et analyses associées.

Pour Ted Cruz, l’introduction de ce texte constitue aussi la concrétisation d’un engagement pris quelques semaines plus tôt. Le 3 février 2026, lors d’auditions du Sénat consacrées à la sécurité en Afrique du Nord et au Sahel, le sénateur texan avait déjà évoqué la possibilité d’une initiative législative visant le Polisario. Ces auditions, organisées au sein de la sous-commission sénatoriale chargée du Proche-Orient et de la lutte contre le terrorisme, avaient mis en lumière des inquiétudes croissantes à Washington concernant les réseaux armés opérant dans la région et leurs connexions internationales. Les échanges entre parlementaires et responsables du Département d’État avaient notamment souligné la nécessité de combler ce que certains élus considèrent comme des failles persistantes dans la stratégie antiterroriste régionale, face à l’émergence d’alliances jugées préoccupantes entre groupes armés et puissances étrangères.

«Houthisation» du Polisario

Au cours de cette audition, Ted Cruz avait livré l’une des interventions les plus remarquées. «Les activités terroristes au Sahel sont également le fait du Polisario, ce qui constitue une lacune importante dans notre stratégie antiterroriste», avait-il relevé. Le sénateur avait également accusé l’Iran de chercher à instrumentaliser le mouvement séparatiste pour étendre son influence dans la région. «L’Iran tente de transformer le Polisario en une sorte de Houthis de l’Afrique de l’Ouest, une force proxy capable de mener une guerre pour menacer la stabilité régionale et faire pression sur les partenaires des États-Unis», ajoutait Ted Cruz.

Selon lui, cette coopération aurait déjà des implications opérationnelles. «Chaque fois que l’Iran souhaite exercer une influence, le Polisario collabore avec des groupes terroristes iraniens». Cruz avait notamment évoqué l’accès présumé du mouvement à des drones fournis par le Corps des gardiens de la révolution islamique ainsi que le transfert d’armes vers des groupes jihadistes opérant dans le Sahel. À l’issue de l’audition, il avait annoncé la préparation d’un texte législatif. «Je pense que le Polisario devrait être désigné comme un groupe terroriste, et j’ai préparé un projet de loi à cet effet, s’il ne change pas de comportement». Aujourd’hui, c’est fait.

Cette initiative sénatoriale intervient alors qu’une dynamique similaire se développe à la Chambre des représentants autour d’une proposition de loi visant également à examiner l’inscription du Polisario sur la liste américaine des organisations terroristes étrangères. La proposition avait été déposée initialement le 24 juin 2025 par les représentants Joe Wilson et Jimmy Panetta. Désormais, elle est portée par pas moins de dix députés.

Le 9 mars 2026, la représentante républicaine Claudia Tenney a annoncé son ralliement au texte, devenant la dixième parlementaire à soutenir cette initiative. Cette adhésion est intervenue moins d’une semaine après celle du représentant Don Bacon, annoncée le 3 mars 2026. Le noyau initial du texte comprenait six parlementaires : Joe Wilson, Jimmy Panetta, Mario Diaz-Balart, Jefferson Shreve, Randy Fine et Lance Gooden. À ces soutiens se sont ajoutés depuis février : Pat Harrigan, Zachary Nunn, Don Bacon et Claudia Tenney. La progression rapide du nombre de cosignataires illustre la consolidation progressive d’un front parlementaire bipartisan autour de cette question au Capitole.

L’introduction du projet de loi au Sénat, parallèlement à la mobilisation croissante à la Chambre des représentants, témoigne d’une évolution du climat politique américain sur les questions de sécurité en Afrique du Nord et au Sahel ainsi qu’à l’égard du Polisario. Certains élus américains plaident à présent pour une approche plus ferme à l’égard des acteurs soupçonnés d’entretenir des liens avec des puissances adverses ou des organisations terroristes. Dans ce contexte, le débat sur la possible désignation du Front Polisario comme organisation terroriste pourrait devenir l’un des dossiers sensibles de la politique étrangère américaine à l’avenir.

Par Tarik Qattab
Le 14/03/2026 à 00h50