Akhannouch ou la fin de la course à un second mandat de chef de gouvernement

Aziz Akhannouch, président du RNI et chef du gouvernement.

Revue de presseEn annonçant son retrait de la présidence du Rassemblement national des indépendants, Aziz Akhannouch provoque un séisme discret mais profond dans le paysage politique marocain. Derrière une décision présentée comme organisationnelle, se dessine l’hypothèse désormais crédible d’une sortie programmée du chef du gouvernement à l’issue de la législature en cours. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Al Ahdath Al Maghribia.

Le 12/01/2026 à 19h11

La décision d’Aziz Akhannouch de se retirer de la présidence du Rassemblement national des indépendants a provoqué un effet de surprise dans la classe politique marocaine, tant par sa soudaineté que par ses implications profondes. Annoncée quelques heures seulement après une demande adressée au Conseil national du parti pour prolonger de deux ans le mandat des structures internes, cette volte-face marque un tournant majeur dans la trajectoire politique du chef du gouvernement, écrit le quotidien Al Ahdath Al Maghribia dans son édition du mardi 13 janvier.

Le timing de l’annonce est en lui-même révélateur. Entre la réunion du Conseil national, samedi, et celle, qualifiée d’urgente, du bureau politique le dimanche, le centre de gravité de la direction du RNI s’est brusquement déplacé. Selon plusieurs sources internes citées par Al Ahdath Al Maghribia, l’hypothèse d’un retrait d’Akhannouch n’était pas sérieusement envisagée avant qu’elle ne s’impose comme le sujet central de la réunion du bureau politique. Trois décisions structurantes ont alors été actées simultanément: le départ d’Akhannouch de la présidence du parti, la convocation d’un congrès extraordinaire le 7 février 2026 à El Jadida, et l’ouverture des candidatures à la succession pour une période de 10 jours, ramenée à deux semaines.

Officiellement, ce congrès extraordinaire s’inscrit dans le cadre de la prolongation des instances du parti. Mais dans les faits, sa nature a profondément changé. Initialement pensé comme un rendez-vous technique destiné à prolonger les mandats des structures afin d’assurer la gestion des prochaines élections législatives et communales, il devient désormais un congrès de succession. Sa mission principale sera de désigner un nouveau président tout en maintenant l’ensemble des autres organes du parti en place, une configuration inhabituelle qui interroge sur la cohérence de la transition engagée, a-t-on lu.

Ce choix est d’autant plus surprenant qu’Aziz Akhannouch a décidé de se retirer avant même l’échéance normale de son second mandat à la tête du RNI, prévue pour le mois de mars. La proximité de cette date pose une question centrale, s’interroge Al Ahdath Al Maghribia: pourquoi ne pas avoir attendu un congrès ordinaire, dont la tenue n’était séparée que de quelques jours du congrès extraordinaire annoncé? Pour le quotidien, ce choix traduit la volonté d’éviter un débat interne plus large et plus politisé, au profit d’une transition strictement encadrée.

Le bureau politique du RNI a, dans son communiqué, pris acte de la décision d’Akhannouch de ne pas briguer un nouveau mandat à la tête du parti, tout en réaffirmant son soutien plein et entier à son maintien à la tête du gouvernement jusqu’à la fin de la législature. Le parti s’engage ainsi à continuer de soutenir l’action gouvernementale à travers ses groupes parlementaires et ses structures, afin de permettre à l’Exécutif d’honorer ses engagements et de poursuivre la mise en œuvre de ses programmes. Mais au-delà de cette affirmation de continuité gouvernementale, le retrait d’Akhannouch de la présidence du RNI a une portée politique bien plus large. En refusant toute modification des statuts limitant la présidence du parti à deux mandats, le chef du gouvernement ferme lui-même la porte à une reconduction à la tête de la formation qui l’a porté au pouvoir.

Or, dans le système politique marocain, la direction du parti majoritaire constitue un levier déterminant pour conduire une campagne législative et prétendre à la présidence du gouvernement. De ce point de vue, la décision d’Akhannouch est interprétée par plusieurs cadres du RNI comme un retrait anticipé de la course aux prochaines élections législatives, et donc comme une renonciation implicite à briguer un second mandat à la tête du gouvernement. Le maintien de son soutien politique jusqu’à la fin de la législature apparaît alors comme une gestion de fin de cycle, plutôt que comme une préparation à une nouvelle phase de conquête électorale, souligne Al Ahdath Al Maghribia.

Cette situation place le RNI face à un défi stratégique majeur. Le parti doit désormais produire une nouvelle figure capable d’assumer à la fois la direction interne, la préparation des prochaines échéances électorales et la crédibilité nationale nécessaire pour prétendre à la conduite du gouvernement. L’absence de candidatures fortes ou consensuelles à la succession d’Akhannouch pourrait fragiliser la cohésion du parti et brouiller son positionnement politique à l’approche des élections.

Plus largement, l’annonce d’Akhannouch ouvre une période d’incertitudes dans le champ politique. En se retirant de la scène partisane tout en restant chef du gouvernement, il crée une situation transitoire inédite, où le pouvoir exécutif et le leadership partisan sont appelés à être dissociés. Cette dissociation pourrait redessiner les rapports de force au sein de la majorité comme de l’opposition, et relancer la compétition pour l’après-2026. Qu’il s’agisse d’une sortie maîtrisée visant à préserver son bilan ou d’un retrait stratégique imposé par des contraintes internes, la décision d’Aziz Akhannouch marque indéniablement la fin d’un cycle politique. Elle ouvre une séquence où le RNI, et plus largement la majorité gouvernementale, devront se réinventer sans la figure qui a structuré leur ascension au pouvoir.

Par La Rédaction
Le 12/01/2026 à 19h11