Venezuela: l’Assemblée ouvre la voie à une loi d’amnistie générale après 27 ans de totalitarisme

De nombreuses familles réclament encore la libération de prisonniers politiques détenus au Venezuela. Maxwell Briceno/REUTERS

Le Venezuela a franchi jeudi un premier pas vers l’adoption d’une loi d’amnistie générale d’ampleur historique, couvrant les 27 années de pouvoir chaviste, un peu plus d’un mois après la capture de Nicolás Maduro lors d’une opération américaine.

Le 06/02/2026 à 07h00

«Un événement très important s’est produit pour le Venezuela: l’adoption à l’unanimité par toutes les forces politiques présentes à l’Assemblée en première lecture de la loi d’amnistie, qui est une loi pour la paix et la réconciliation nationale», a estimé en soirée la présidente par intérim Delcy Rodríguez, qui l’avait promise vendredi sous pression américaine.

La loi «peut être le début d’une étape historique. Nous pouvons faire en sorte que le Venezuela entre dans une spirale de reconnaissance mutuelle, de respect, de tolérance, d’accords et où, au final, nous puissions trouver la paix», s’était plus tôt enthousiasmé le député d’opposition Tomás Guanipa lors des débats.

Le texte approuvé en première lecture jeudi sera à nouveau débattu mardi à l’Assemblée nationale en vue de son adoption définitive. La loi doit permettre la libération de tous les prisonniers politiques ainsi que l’abandon des poursuites engagées à leur encontre.

Elle couvre notamment les crimes de «terrorisme», de «trahison» ou d’«incitation à la haine», des chefs d’accusation fréquemment utilisés pour emprisonner des opposants.

Cette «Loi d’amnistie pour la coexistence démocratique» doit également lever les inéligibilités frappant de nombreux responsables de l’opposition. Elle pourrait, en principe, bénéficier à la cheffe de l’opposition et prix Nobel de la paix María Corina Machado, empêchée de se présenter à l’élection présidentielle de 2024.

«Pardon»

L’amnistie ne s’appliquera toutefois pas aux «violations graves» des droits humains commises au cours des 27 années de gouvernement d’inspiration socialiste depuis l’arrivée au pouvoir de Hugo Chávez en 1999.

La présidente par intérim, qui travaille avec le président américain Donald Trump sur l’accès au pétrole vénézuélien, est sous pression pour mettre fin à un système de répression ayant conduit à l’incarcération de milliers d’opposants et de détracteurs du régime.

Le projet souligne «l’importance de ne pas imposer la vengeance, la revanche ni la haine, mais d’ouvrir une voie vers la réconciliation».

Sont explicitement exclus de l’amnistie les crimes et délits tels que «les violations graves des droits de l’homme, les crimes contre l’humanité, les crimes de guerre, l’homicide intentionnel, la corruption et le trafic de stupéfiants».

«Nous demandons pardon et nous devons aussi pardonner», a déclaré Jorge Rodríguez, président de l’Assemblée nationale et frère de Delcy Rodríguez, brandissant une photographie de Hugo Chávez tenant un crucifix. «Nous demandons pardon parce que, je le dis clairement, je n’aime pas qu’il y ait des prisonniers».

Nicolás Maduro Guerra, surnommé «Nicolasito», fils de l’ancien président déchu et actuellement détenu à New York dans l’attente de son procès pour narcotrafic, s’est dit lors des débats «d’accord» avec l’idée que «le Venezuela ne supportera pas une vengeance de plus».

«Le Venezuela doit se mettre sur la bonne voie, avec l’amour en premier, avec la réconciliation et avec la paix consolidée, vers l’avenir glorieux de développement que le destin a préparé pour cette terre magnifique qu’est le Venezuela», a-t-il affirmé.

Devant le Palais de justice, Ángel Godoi, 52 ans, prisonnier politique libéré le 14 janvier, réclame une liberté pleine et entière. «Dans mon cas, je dois me présenter tous les 30 jours aux autorités, et j’ai en outre l’interdiction de quitter le pays. On nous a fait comprendre, en étant libérés, qu’il ne fallait pas non plus faire de déclarations», explique-t-il.

«Outre la liberté des détenus politiques, nous avons besoin de libertés politiques, de libertés citoyennes, de tout ce qui touche à la vie de chacun dans le pays, dans le respect des circonstances fixées par la Constitution», ajoute-t-il.

Depuis début janvier, quelque 350 prisonniers politiques ont été libérés, selon l’ONG Foro Penal, mais près de 700 restent incarcérés et des dizaines de familles continuent de camper devant les prisons dans l’attente de la libération de leurs proches.

Alfredo Romero, directeur de Foro Penal, met en garde contre les dérives possibles: «Il ne faut pas qu’un processus de réconciliation, appelons-le de transition, devienne un processus de persécution contre ceux qui détenaient le pouvoir auparavant». Et de conclure: «La justice doit prévaloir.»

Par Le360 (avec AFP)
Le 06/02/2026 à 07h00