Venezuela: 17 nouveaux détenus politiques libérés, mais des centaines restent derrière les barreaux

Le dirigeant d'opposition Omar Torres à sa sortie de la prison de la zone 7 à Caracas. AFP or licensors

Au moins 17 détenus politiques ont été libérés samedi d’une prison de Caracas, plus de deux semaines après l’entrée en vigueur d’une loi d’amnistie adoptée dans un contexte politique bouleversé, après la capture par les États-Unis du président Nicolás Maduro au début de l’année.

Le 08/03/2026 à 08h29

Depuis la mise en place de cette loi, plusieurs centaines de personnes ont déjà été relâchées, mais de nombreuses organisations de défense des droits humains dénoncent un processus lent et incomplet. Selon elles, des centaines de détenus restent toujours emprisonnés pour des raisons politiques dans le pays.

Une libération inattendue à Caracas

Les prisonniers relâchés samedi étaient détenus dans une prison de la police de Caracas connue sous le nom de Zona 7. Parmi eux figure le dirigeant d’opposition Omar Torres, qui a raconté la manière inattendue dont leur libération a été annoncée.

Un gardien serait simplement venu leur donner l’ordre de se préparer à quitter les lieux. «Habillez-vous, vous partez tous», leur aurait-il lancé, selon le récit livré par l’opposant après sa sortie de prison.

Pour Omar Torres, cette libération marque la fin d’une période de détention difficile, mais il s’est montré prudent dans ses déclarations, préférant insister sur le soulagement d’avoir retrouvé la liberté. «Je suis très content, très heureux, je pense que ce n’est pas le moment de blâmer qui que ce soit, je suis heureux d’être libre», a-t-il déclaré.

La liste des personnes libérées comprend également l’ancien député Fernando Orozco ainsi que son fils, Brayan Orozco, tous deux détenus pour des raisons liées à l’opposition politique.

Une amnistie au cœur d’un tournant politique

La loi d’amnistie a été adoptée par les autorités vénézuéliennes dans un contexte de transition politique sans précédent. Après la capture de Nicolás Maduro lors d’une opération militaire américaine en janvier 2026, le pouvoir a été repris par une nouvelle direction qui a annoncé une série de mesures destinées à réduire les tensions internes.

La libération de détenus politiques a été présentée comme l’une de ces mesures. L’objectif officiel est de favoriser une détente politique et de répondre aux critiques internationales concernant l’usage massif de la détention contre les opposants.

Selon les autorités vénézuéliennes, plusieurs milliers de personnes ont déjà bénéficié de cette politique d’amnistie ou d’assouplissement judiciaire. Mais ces chiffres sont contestés par les organisations de défense des droits humains, qui affirment que le nombre réel de prisonniers politiques libérés reste bien inférieur aux annonces officielles.

Des libertés encore limitées

Contrairement à certains détenus libérés dans d’autres prisons, les prisonniers de la Zona 7 n’ont pas obtenu une liberté totale. Les poursuites judiciaires engagées contre eux n’ont pas été complètement abandonnées.

Ils ont été remis en liberté sous certaines restrictions et devront continuer à se présenter devant les tribunaux afin de régulariser leur situation. Dans plusieurs cas similaires observés ces dernières semaines, les personnes libérées sont soumises à des obligations judiciaires ou à des restrictions, comme l’interdiction de quitter le pays ou l’obligation de comparaître régulièrement devant un juge.

Cette situation alimente les critiques de l’opposition, qui accuse les autorités de pratiquer une politique de libérations partielles, sans accorder une véritable amnistie judiciaire.

Des centaines de prisonniers toujours détenus

Selon l’organisation non gouvernementale Foro Penal, qui documente les arrestations politiques au Venezuela, environ 500 personnes restent encore détenues pour des motifs politiques dans le pays.

L’ONG affirme que 621 prisonniers ont été libérés depuis le début de l’année, dont une centaine grâce à la nouvelle loi d’amnistie.

Le gouvernement vénézuélien, de son côté, avance des chiffres beaucoup plus élevés et affirme que 7.365 personnes ont été remises en liberté depuis le début du processus.

Cet écart considérable entre les estimations officielles et celles des organisations indépendantes illustre les tensions persistantes autour de la question des prisonniers politiques dans le pays.

Malgré les libérations récentes, les organisations de défense des droits humains continuent d’appeler les autorités vénézuéliennes à procéder à une libération totale et inconditionnelle de tous les détenus politiques, estimant que les mesures actuelles restent insuffisantes pour répondre aux exigences internationales en matière de droits fondamentaux.

Par Le360 (avec AFP)
Le 08/03/2026 à 08h29