«Tebboune est un voyou». Il est vrai que cette phrase a été prononcée de manière claire et limpide par un opposant algérien dans le cadre d’un documentaire d’investigation, «Complément d’enquête». Il est tout aussi vrai que cette phrase réquisitoire a eu sur un média publique français une amplification d’une intensité inédite.
Le régime algérien, déjà dans une colère noire contre Paris, est entré en transe. Sa lecture de la situation n’est pas loin de la réalité. Comme il s’agissait par définition d’un programme enregistré qui est passé par le filtre du montage et de la sélection, le fait de laisser l’opposant algérien Amir Boukhors, connu sous le nom d’Amir DZ, qualifier frontalement Tebboune de «voyou» et de donner une visibilité médiatique à ses pires accusations contre le régime algérien, qu’il diffusait déjà sur les réseaux avec un indéniable succès, est une forme d’adoption et presque une adhésion à ces propos. En tout cas, c’est la perception que cela suggère.
Ce documentaire, véritable réquisitoire contre le régime algérien, diffuse une conviction aujourd’hui largement popularisée dans l’opinion française: «Tebboune est un voyou». Était-ce, s’interroge-t-on aussi bien dans les milieux proches du régime que dans la galaxie des opposants algériens, le principal message qu’une grande télévision du service publique français voulait installer dans les esprits et adouber comme perception française du personnage du président de la république algérienne?
Cette interrogation est d’autant plus pertinente que parmi les personnes interrogées dans ce documentaire figure le toujours ambassadeur français en Algérie Stephane Romatet. Il est difficile d’imaginer qu’une telle personnalité avec ses missions sensibles et son rôle central puisse intervenir dans un programme réquisitoire contre le régime algérien sans l’accord du Quai d’Orsay et le feu vert de l’Élysée.
Au passage, l’ambassadeur français confirme officiellement que la vraie raison de la crise entre Paris et Alger se trouve dans la reconnaissance par Emmanuel Macron de la souveraineté du Maroc sur son Sahara. Ce que tout le monde savait déjà mais que le régime algérien refuse d’admettre officiellement sous peine de se tirer une balle dans le genou, puisqu’il s’agit officiellement de contester le choix souverain d’un pays et de pratiquer ouvertement un chantage pour le pousser à changer de vision diplomatique.
«Paris semble avoir acquis la conviction qu’il est vain de tenter quoi que ce soit avec un régime arcbouté sur la haine de son entourage et sa «voyoucratie». De son côté, Alger constate concrètement que, malgré les multiples tentatives de chantage et les diverses cartes de pression activées en France, Paris ne répondra à aucune exigence algérienne.»
— Mustapha Tossa
Le documentaire de France 2 sur le régime algérien est une démonstration par la preuve des activités de «la voyoucratie» attribuée au président Abdelmadjid Tebboune. Des tentatives d’enlèvement et de séquestration d’opposants commis par des agents au statut diplomatique, des participations à des entreprises à caractère terroriste, des pressions exercées sur des Franco-algériens travaillant au sein de l’administration française pour se livrer à des activités d’espionnage contre la France et ses intérêts, des tentatives de pressions et de chantage contre des élus de la République aux origines algériennes pour les embrigader dans un projets aux antipodes des intérêts français.
Ces révélations ont mis sens dessus-dessous une grande partie de la classe politique française qui commence à évoquer la problématique de la double allégeance et la possibilité d’interdire aux binationaux l’accès à des postes de responsabilité sensibles. La relation entre Paris et Alger, loin d’entrer dans une phase d’apaisement, semble prendre le chemin d’une congélation de longue durée. Sauf miracle ou changement d’équipe dirigeante à Alger, personne ne peut parier sur la moindre embellie entre les deux pays.
Le régime d’Alger avait pour stratégie de communication et de défense de mettre les ressorts de cette crise avec la France sur le dos de l’extrême droite nostalgique de l’Algérie Française, portés par les médias du milliardaire Vincent Bolloré, accusés de développer une phobie algérienne. Or France 2, télévision du service public, financée par le contribuable français, vient de jeter une lumière crue sur la dangerosité du régime algérien, les menaces qu’il représente pour la France à travers de grandes opérations de manipulations au sein de son importante diaspora.
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Cerise sur le gâteau, l’extravagante interview de Sabrina Sebaihi, députée écologie les verts franco-algérienne au parlement français. Déjà accusée dans la presse d’être un agent d’influence du régime algérien sur les bords de la Seine, Sabrina Sebaihi affirme sans rire et avec un aplomb soviétique, après ce document réquisitoire contre la dictature militaire algérienne que l’Algérie est «une démocratie», provoquant un énorme éclat de rire jaune des deux côtés de la Méditerranée.
Les leçons à tirer de cette entreprise médiatique de France 2 et des réactions toujours survoltées du régime algérien est que le retour à la normale n’est pas pour demain. Paris semble avoir acquis la conviction qu’il est vain de tenter quoi que ce soit avec un régime arcbouté sur la haine de son entourage et sa «voyoucratie». De son côté, Alger constate concrètement que, malgré les multiples tentatives de chantage et les diverses cartes de pression activées en France, Paris ne répondra à aucune exigence algérienne. Les relations entre les deux pays sont entrées en mode hibernation. Les deux pays se regardent avec une profonde méfiance en attendant des jours meilleurs et de nouvelles perspectives.





