La nouvelle trouvaille du régime algérien: le médicament «d’origine sioniste» qui tue au bout de cinq jours

Image d'illustration.

En Algérie, une directive officielle mettant en garde contre un médicament prétendument «sioniste» a alimenté une polémique sur l’instrumentalisation politique des questions sanitaires. (Photo d'illustration)

Comment tenter de sortir la tête haute de son isolement politique sur la scène internationale et de faire oublier une série de cuisants échecs diplomatiques à sa population? La réponse du régime algérien est toujours la même: désigner un ennemi commun et se victimiser. Une formule magique rendue possible par un médicament qui tue… la nouvelle trouvaille des autorités algériennes pour donner libre cours à leur antisémitisme et diffuser au sein de la population une profonde paranoïa.

Le 11/03/2026 à 13h42

La haine de l’autre et la peur irrationnelle… deux ingrédients redoutables qui, couplés au sein d’une même formule, peuvent s’avérer encore plus dangereux. C’est précisément cette formule que le régime algérien a décidé d’appliquer dans un contexte international marqué par la chute de ses principaux alliés, de la Syrie de Bachar al-Assad, au Hezbollah libanais en passant par le Venezuela de Nicolas Maduro et la chute annoncée du régime iranien des mollahs qui se joue actuellement.

L’Algérie, qui a eu bien du mal à condamner les bombardements des pays arabes par l’armée des Gardiens de la Révolution, a pourtant été contrainte à le faire sans se désolidariser de facto du régime des mollahs et sans nommer à aucun moment l’Iran. Une sacrée contorsion pour le régime d’Alger, qui tout en condamnant les attaques menées à l’encontre des pays du Golfe s’interdit de nommer leur auteur. Cette position contrainte fait mal au régime qui ne soutient pas ouvertement l’Iran contre Israël et les États-Unis. En Algérie où l’antisémitisme gangrène tant les mentalités que les institutions, la pilule est dure à avaler. Ainsi, pour tenter de faire bonne figure, c’est par le biais du ministère de la Santé qu’on a trouvé la parade.

Le 3 mars, une directive de la direction de la santé a ainsi été diffusée au Conseil régional de l’ordre des pharmaciens de la wilaya de Sétif, au bureau régional du Syndicat des pharmaciens d’officines (Snapo), et à toutes les structures sanitaires relevant de la wilaya, afin de mettre en garde contre un «médicament falsifié», distribué à travers le pays. Et la directive du ministère de la Santé de préciser que ce produit contrefait et commercialisé sous la marque Escodyne est «d’origine sioniste nuisible à la santé», comprenez par-là made in Israël, et qu’il serait introduit en Algérie via la Jordanie et la Syrie, deux pays frontaliers de «l’entité sioniste». Ce faux médicament constituerait «un danger pour la santé publique», mais pire encore, «pourrait entrainer la mort dans un délai de cinq jours». Et de préciser que «la plupart des personnes l’utilisent comme analgésique pour les maux de tête, sans prendre en compte ses effets secondaires».

Datée du 3 mars, la  directive de la direction de la santé en Algérie met en garde contre un faux médicament "d'origine sioniste" qui nuit à la santé et pourrait tuer au bout de cinq jours.

Un scénario cousu de fil blanc qui poursuit un but bien précis, faire sombrer la population dans la paranoïa et entretenir par la même occasion la haine des juifs. Car il ne faut pas s’y tromper, à travers l’utilisation systématique du terme «sioniste», se profile non pas l’antisionisme comme on voudrait le faire croire mais bien un antisémitisme latent. Et pour continuer à installer cette haine des juifs dans l’inconscient collectif, on n’est pas à une incohérence près. Relayée en masse par tous les médias du pays, sans aucune vérification (cela va de soi), l’annonce emploie le conditionnel pour évoquer un risque de mort si toutefois les effets secondaires dudit médicament ne sont pas pris en compte…

Des gens seraient-ils morts après avoir consommé ce présumé médicament, ou plutôt sa contrefaçon? Visiblement non, puisqu’aucun cas n’est signalé dans la directive, aucun chiffre avancé nulle part, et que, encore une fois, l’emploi du conditionnel désengage l’auteur de cette information de toute responsabilité. Mais peu importe, car le véritable enjeu de ce document qui place dans le même paragraphe les termes «sioniste», «nuisible à la santé» et «entrainer la mort», est d’assimiler les juifs à des meurtriers, des ennemis de l’Algérie, et d’attiser la paranoïa face à une menace invisible, quitte à se coller soi-même une cible qui n’existe pas sur le front et ainsi, se classer parmi les victimes auxquelles on tente de faire du mal. Un discours bien rôdé par le régime algérien qui a fait de la victimisation face à un ennemi imaginaire son principal argument pour se maintenir au pouvoir. Jusqu’à quand?

Par Zineb Ibnouzahir
Le 11/03/2026 à 13h42