Les frappes israélo-américaines en Iran depuis le 28 février, suivies d’opérations israéliennes au Liban, continuent d’alimenter les multiples foyers de tension ravivés par les attaques du 7 octobre 2023 et leurs prolongements. L’ensemble de ces dynamiques produit des déplacements massifs de population.
Au Liban, l’escalade du 2 mars 2026 — marquée par des tirs du Hezbollah, suivis de frappes israéliennes et d’ordres d’évacuation — a entraîné d’importants mouvements depuis le sud du pays, la Bekaa et la banlieue sud de Beyrouth. Au 16 mars, le HCR (Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés) recensait près d’un million de personnes déplacées enregistrées sur la plateforme gouvernementale libanaise. L’agence a également observé des mouvements transfrontaliers vers la Syrie, dont environ 100.000 Syriens retournés dans leur pays. La cartographie UNHCR CORE (The UN Refugee Agency Comprehensive Overview of the Response to Emergencies), fondée sur les données des autorités libanaises, atteste d’une aggravation continue: 822.600 déplacés internes au 12 mars, 831.900 au 14 mars et 912.500 au 17 mars 2026. À la même date, 106.700 Syriens et 12.900 Libanais avaient franchi la frontière vers la Syrie.
S’agissant de l’Iran, les données demeurent plus fragmentaires, mais le cadre de la crise est clairement établi. Les frappes conjointes israéliennes et américaines du 28 février 2026, suivies de représailles iraniennes, ont ouvert une nouvelle phase d’escalade. Les informations disponibles font état de déplacements significatifs, principalement internes. Une note de l’OMS du 11 mars évoque plus de 100.000 personnes relocalisées à l’intérieur du pays. Les cartes UNHCR CORE des 12 et 14 mars, basées sur des données officielles iraniennes, avancent des estimations comprises entre 600.000 et un million de ménages déplacés.
Quel cadre juridique pour les déplacements de population?
Il convient de distinguer les différentes branches du droit international en jeu. Le droit international humanitaire, notamment dans les territoires palestiniens occupés, encadre strictement les déplacements de population. L’article 49 de la quatrième Convention de Genève de 1949 interdit les transferts forcés, sauf impératifs de sécurité. La Cour internationale de justice, dans son avis du 19 juillet 2024, a rappelé la portée de cette interdiction. Plus largement, le fait d’ordonner le déplacement de populations civiles, en dehors de telles exceptions, constitue un crime de guerre au sens du Statut de Rome.
«Des instruments comme le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (1966) ou la Convention contre la torture (1984) imposent aux États de protéger toute personne présente sur leur territoire, indépendamment de sa nationalité, et de ne pas l’exposer à des traitements inhumains.»
— Mustapha Sehimi
En dehors de ces situations, ce sont les règles générales du droit international des droits de l’homme qui s’appliquent, qu’il s’agisse de déplacements internes ou internationaux. Des instruments comme le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (1966) ou la Convention contre la torture (1984) imposent aux États de protéger toute personne présente sur leur territoire, indépendamment de sa nationalité, et de ne pas l’exposer à des traitements inhumains. Le principe de non-refoulement, au cœur de ce dispositif, interdit ainsi le renvoi d’une personne vers un pays où elle risquerait de subir de tels traitements. Il constitue l’une des garanties les plus fondamentales pour les personnes déplacées.
Le Pacte mondial sur les réfugiés (2018), dans le prolongement de la Déclaration de New York (2016), insiste par ailleurs sur la nécessité d’une coopération renforcée entre États. Ces textes mettent en avant le principe de «responsabilité partagée» dans la gestion des déplacements massifs et prévoient des mécanismes de coordination, notamment via des plateformes d’appui en lien avec le HCR.
Les personnes déplacées peuvent-elles bénéficier du statut de réfugié?
Le droit international des réfugiés peut s’appliquer, mais sous conditions. La personne doit se trouver hors de son pays d’origine pour solliciter une protection. Par ailleurs, ni le droit de l’Union européenne ni la Convention européenne des droits de l’homme n’imposent aux États de délivrer des visas humanitaires pour quitter une zone de conflit.
Pour obtenir le statut de réfugié, il faut démontrer une crainte fondée de persécution pour des motifs précis (origine, religion, opinions politiques, appartenance à un groupe social). Le seul fait de fuir un conflit armé est, en principe, insuffisant. Toutefois, lorsque ce conflit engendre des persécutions ciblées ou systématiques, la protection peut être accordée, comme le souligne régulièrement le HCR.
À défaut, le droit de l’Union européenne prévoit l’octroi d’une protection subsidiaire aux civils fuyant des conflits d’une intensité particulière. Cette protection pourrait ainsi concerner des ressortissants iraniens ou libanais, comme c’est déjà le cas pour des populations gazaouies. En revanche, contrairement à la situation ukrainienne en 2022, aucun mécanisme de protection temporaire n’a, à ce stade, été activé par les États européens face aux déplacements liés à la crise au Moyen-Orient.





