Frappes pakistanaises sur Kaboul: au moins quatre morts dans la capitale afghane

Des membres des forces de sécurité talibanes montent la garde près du poste frontière de Torkham, entre l'Afghanistan et le Pakistan, dans la province de Nangarhar. ©Aimal Zahir, AFP

Le Pakistan a mené de nouveaux bombardements sur Kaboul et dans plusieurs régions d’Afghanistan, faisant au moins quatre morts dans la capitale afghane, ont annoncé vendredi les autorités talibanes. Islamabad a confirmé avoir mené des frappes nocturnes.

Le 13/03/2026 à 08h28

«Continuant son agression, le régime militaire pakistanais a bombardé une nouvelle fois Kaboul, Kandahar (ville du sud)» ainsi que les régions frontalières de «Paktia et Paktika et d’autres», a déclaré sur X le porte-parole du gouvernement taliban, Zabihullah Mujahid.

Selon lui, ces frappes ont «détruit des maisons civiles par endroits» et causé la mort de «femmes et enfants».

Du côté pakistanais, une source de sécurité a confirmé à l’AFP que des frappes avaient été menées durant la nuit en Afghanistan, y compris dans la capitale. Elles visaient «des cibles du TTP», le mouvement des talibans pakistanais, a précisé cette source sous couvert d’anonymat.

À Kaboul, le bombardement a touché des habitations dans l’est de la ville. Selon la police afghane, quatre personnes ont été tuées et quinze autres blessées.

«Dans la zone de Guzar, dans le 21e district de Kaboul, des maisons civiles ont été visées dans un bombardement du régime pakistanais qui a fait quatre morts et quinze blessés», a indiqué sur X le porte-parole de la police de Kaboul, Khalid Zadran. Il a précisé que des femmes et des enfants figurent parmi les victimes.

Sur place, une équipe de l’AFP a constaté l’ampleur des dégâts. Une maison a été complètement détruite et une dizaine d’autres gravement endommagées. Les toits et plusieurs murs se sont effondrés sous l’effet du bombardement. Un important dispositif policier a été déployé dans le quartier, tandis que des habitants, visiblement choqués, se rassemblaient dans les rues.

Multiplication des affrontements

Dans la ville de Kandahar, dans le sud du pays, où vit reclus le chef suprême des talibans afghans, Hibatullah Akhundzada, les frappes pakistanaises ont également touché des installations économiques.

Selon le gouvernement afghan, le dépôt pétrolier de la compagnie aérienne Kam Air, situé près de l’aéroport, a été bombardé.

«Cette compagnie fournit du carburant aux avions civils et à ceux de l’ONU», a précisé Zabihullah Mujahid.

Dans la province orientale de Nangarhar, des avions pakistanais ont également survolé le territoire afghan. La défense antiaérienne afghane aurait riposté, selon un porte-parole local de l’armée.

Depuis plusieurs mois, Islamabad accuse les autorités talibanes d’héberger sur leur territoire des militants du Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP), responsables de nombreuses attaques meurtrières au Pakistan. Les autorités afghanes rejettent toutefois ces accusations.

Le Pakistan accuse également Kaboul de laisser opérer sur son sol des combattants du groupe État islamique au Khorasan (EI-K).

Les tensions entre les deux pays se sont fortement aggravées ces derniers mois. En octobre 2025, des combats frontaliers avaient déjà fait des dizaines de morts et entraîné la fermeture quasi totale de la frontière terrestre entre les deux pays.

Après plusieurs médiations diplomatiques, les affrontements avaient diminué, mais la situation s’est de nouveau détériorée fin février.

Le 26 février, l’Afghanistan a lancé une offensive frontalière en réponse à des frappes aériennes pakistanaises visant, selon Islamabad, des combattants du TTP.

Le Pakistan a alors déclaré la «guerre ouverte» aux autorités talibanes et mené plusieurs bombardements, notamment sur Kaboul le 27 février ainsi que sur Kandahar. Islamabad affirme toutefois ne pas viser de civils.

Depuis, les affrontements se multiplient le long de la frontière. Entre mardi et jeudi, sept civils, dont des enfants, ont été tués dans l’est et le sud-est de l’Afghanistan par des tirs attribués au Pakistan, selon les autorités afghanes et des sources médicales.

Le centre de transit de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), qui accueille des Afghans expulsés du Pakistan, a également été touché.

Selon l’organisation, le site a été «significativement endommagé au point frontière de Torkham en Afghanistan».

Islamabad rejette cependant les accusations visant son armée. «Le Pakistan a mené des opérations ciblées en s’assurant par principe qu’aucun civil ne soit blessé dans ces opérations», a affirmé jeudi le porte-parole du ministère pakistanais des Affaires étrangères, Tahir Hussain Andrabi, lors d’un point de presse à Islamabad.

Le Pakistan accuse également les forces afghanes d’avoir mené plusieurs attaques ces derniers jours.

Selon un bilan établi par la mission des Nations unies en Afghanistan (Unama) au 5 mars, au moins 56 civils afghans, dont 24 enfants, ont été tués depuis l’intensification des affrontements entre les forces afghanes et l’armée pakistanaise le 26 février.

Les combats ont également provoqué un important déplacement de population. D’après le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), au moins 115.000 personnes ont été contraintes de fuir leur domicile en Afghanistan en raison des affrontements frontaliers.

Par Le360 (avec AFP)
Le 13/03/2026 à 08h28