Frappes américaines d’ampleur contre l’État islamique en Syrie, sur fond de recomposition stratégique

Les États-Unis frappent des cibles de l'État islamique en Syrie. (Photo: VCG)

Les États-Unis ont affirmé samedi avoir mené des frappes «à grande échelle» contre le groupe jihadiste État islamique (EI) en Syrie, dans le cadre de leur réponse à une attaque ayant tué deux militaires américains et un traducteur en décembre dans ce pays.

Le 11/01/2026 à 06h29

Dans un communiqué diffusé sur X, le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a expliqué avoir mené, «en collaboration avec des forces partenaires, des frappes à grande échelle contre plusieurs cibles de l’EI à travers la Syrie».

Les États-Unis ont déjà ciblé le groupe jihadiste depuis l’attaque meurtrière du 13 décembre dans la région de Palmyre. Fin décembre, ils avaient annoncé avoir frappé des «bastions» du groupe jihadiste État islamique (EI), avec le soutien de la Jordanie.

L’attaque contre les Américains a été menée par un membre du groupe jihadiste, selon l’armée américaine.

C’est la première fois qu’une telle attaque est rapportée en Syrie depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024.

Pendant la guerre en Syrie, déclenchée en 2011 par des manifestations pro-démocratie, l’EI avait contrôlé de vastes territoires, dont la région de Palmyre, avant d’être défait par la coalition internationale en 2019.

Malgré sa défaite, ses combattants repliés dans le vaste désert syrien continuent épisodiquement de mener des attaques.

Avec le retour au pouvoir de Donald Trump, sceptique quant à la présence de soldats américains à l’étranger, s’est posée la question du maintien de cette présence militaire.

Ces frappes interviennent dans un contexte syrien profondément bouleversé depuis la fin du régime Assad. La transition politique amorcée à Damas reste fragile et incomplète, laissant de larges zones du territoire hors d’un contrôle sécuritaire effectif. Dans le centre et l’est du pays, notamment dans les étendues désertiques, l’État islamique conserve des capacités de nuisance limitées mais persistantes, fondées sur la mobilité, la clandestinité et des attaques ciblées.

Pour les États-Unis, l’objectif est d’empêcher toute résurgence territoriale du groupe jihadiste, même embryonnaire. Washington redoute qu’un relâchement de la pression militaire ne permette à l’EI de reconstituer des réseaux logistiques et opérationnels, comme cela avait été le cas après les premières phases de son recul. La région de Palmyre, symbolique et stratégique, reste à cet égard un point de vigilance majeur.

La mort de deux soldats américains et d’un traducteur a agi comme un électrochoc au sein de l’appareil militaire américain. Elle a renforcé la conviction, au Pentagone, que la menace jihadiste en Syrie n’est pas éradiquée, mais simplement contenue. Les frappes annoncées visent ainsi des caches, des cellules dormantes et des infrastructures légères, dans une logique de harcèlement et de dissuasion plutôt que de reconquête territoriale.

Sur le plan politique, ces opérations ravivent le débat sur l’avenir de la présence américaine en Syrie. Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche relance une ligne sceptique vis-à-vis des engagements militaires à l’étranger, déjà affichée lors de son premier mandat. Entre volonté de réduire les effectifs déployés et nécessité de prévenir un chaos sécuritaire, l’administration américaine avance sur une ligne de crête.

En frappant «à grande échelle» sans annoncer de redéploiement massif, les États-Unis cherchent à maintenir un équilibre précaire: montrer qu’ils restent capables d’agir rapidement et puissamment, tout en évitant de s’enliser dans un conflit syrien qui demeure instable, fragmenté et imprévisible.

Au-delà de la seule dimension militaire, ces frappes posent une question plus large: celle de la place de la Syrie dans l’architecture sécuritaire régionale à venir. Le pays, fragmenté par treize années de guerre, demeure un espace de projection pour des acteurs multiples, étatiques et non étatiques, dont les agendas se croisent sans jamais se rejoindre pleinement. Dans ce paysage éclaté, chaque intervention extérieure, même ciblée, contribue à redessiner des lignes d’influence encore mouvantes.

Pour Washington, l’enjeu syrien dépasse désormais la lutte antiterroriste stricto sensu. Il touche à la crédibilité de sa parole stratégique dans un Moyen-Orient où les équilibres se déplacent rapidement, sous l’effet des recompositions diplomatiques, du retour en force des puissances régionales et du désengagement relatif de certaines capitales occidentales. La Syrie est devenue un baromètre: non plus celui d’une guerre totale, mais celui de la capacité des grandes puissances à gérer l’instabilité chronique sans s’y engloutir.

Dans ce contexte, l’État islamique agit moins comme une force conquérante que comme un révélateur. Sa persistance souligne les limites des victoires militaires sans reconstruction politique durable. Tant que les fractures locales, sociales et territoriales resteront béantes, la Syrie demeurera un terrain propice aux résurgences, aux violences sporadiques et aux interventions ponctuelles.

Par Le360 (avec AFP)
Le 11/01/2026 à 06h29