Il est au centre de l’affaire Banco Master, un scandale qui ébranle les autorités du plus grand pays d’Amérique latine en pleine année électorale.
Sa banque, qui donne son nom à l’affaire, s’est révélée insolvable et a été liquidée. Mais au-delà de la fraude présumée, ce sont surtout les liaisons suspectes avec les milieux politiques et judiciaires qui accaparent l’attention.
Des juges de la Cour suprême, un gouverneur et d’autres autorités sont éclaboussés.
L’opinion publique brésilienne, particulièrement sensible aux scandales impliquant ses dirigeants, reste marquée par la grande enquête anticorruption «Lavage-Express», menée de 2014 à 2021.
Magnat déchu
Daniel Vorcaro, banquier au train de vie bling-bling, offrait à ses clients des investissements plus rentables que ceux de ses concurrents.
Mais la Banque centrale brésilienne a détecté dès 2024 que Banco Master, dont il était propriétaire, ne disposait pas des fonds nécessaires pour honorer ses obligations.
M. Vorcaro, 42 ans, a été arrêté en novembre 2025 pour des soupçons de fraude concernant des transactions entre son établissement et BRB, la banque publique de Brasilia.
Le lendemain, la Banque centrale a liquidé Banco Master, qui a accumulé plus de six milliards d’euros de dettes auprès de 800.000 investisseurs. Ces derniers n’ont toutefois pas perdu d’argent, leurs dépôts étant protégés par un système de garantie.
D’autres arrestations ont eu lieu. M. Vorcaro est, lui, placé sous liberté surveillée.
Juges dans l’embarras
Les regards se sont rapidement tournés vers de possibles liens avec des membres des autorités, à quelques mois des élections générales d’octobre.
Un juge de la Cour suprême, José Dias Toffoli, a d’abord placé le dossier sous secret judiciaire, avant de le lever récemment. La presse brésilienne a révélé que ce magistrat avait partagé un jet privé avec l’avocat d’un cadre de Banco Master arrêté dans cette affaire, afin d’assister à la finale de la Copa Libertadores fin novembre, au Pérou.
Autre révélation: le beau-frère et bras droit de Daniel Vorcaro, également visé par l’enquête, a acheté en 2021 des parts d’un complexe hôtelier aux frères du juge Dias Toffoli.
Un autre magistrat de la Cour suprême se retrouve aussi bousculé par le scandale: Alexandre de Moraes, figure centrale du procès ayant condamné l’ex-président d’extrême droite Jair Bolsonaro à 27 ans de prison pour tentative de coup d’État.
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Selon les médias locaux, il a rencontré le directeur de la Banque centrale pour évoquer l’affaire Banco Master, alors même que cet établissement avait auparavant recours au cabinet d’avocats de son épouse pour plusieurs millions d’euros.
Le juge Moraes a reconnu avoir rencontré le banquier central, mais a nié avoir «abordé tout sujet» lié à Banco Master.
Lula et les autres
En 2024, Daniel Vorcaro a été reçu par le président Luiz Inácio Lula da Silva, alors que les difficultés de liquidités de Banco Master étaient déjà connues.
«Je lui ai dit: “Il n’y aura pas de prise de position politique pour ou contre Banco Master, mais une enquête technique de la Banque centrale”», a déclaré le chef de l’État jeudi dans un entretien au site d’information UOL.
Candidat à sa réélection, il a promis que l’enquête irait jusqu’au bout et que les responsables devraient «payer».
Le camp présidentiel n’a pas manqué de rappeler que le beau-frère de Daniel Vorcaro, un pasteur évangélique, avait été le plus important donateur de la campagne électorale de Jair Bolsonaro en 2022.
Lors d’un interrogatoire policier, M. Vorcaro a glissé avoir «des amis à tous les niveaux de pouvoir». Il a notamment évoqué une réunion avec le gouverneur de Brasilia, Ibaneis Rocha, pour discuter des transactions entre sa banque et BRB.
Alors que les opposants d’Ibaneis Rocha réclament sa destitution, plusieurs responsables politiques ont demandé — sans succès pour l’instant — l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire.
Pour le politologue Marco Antonio Carvalho Teixeira, de la Fondation Getulio Vargas, il n’y a guère de doute: «Si nous voyons le camp Bolsonaro, le centre et une partie du PT se mobiliser pour faire retomber le scandale, c’est qu’ils connaissent son impact potentiel», explique-t-il à l’AFP.








