Intitulée «Algérie: pourquoi la France doit acter une rupture radicale en 2027», la tribune signée par Xavier Driencourt et Daoud Imoulayen dans le JDD remet les pendules à l’heure et rafraichit surtout la mémoire de celles et ceux qui, en France, sont prompts à pardonner au régime d’Alger tous ses écarts au nom du «partenariat d’excellence». Une expression qui, aux yeux de l’ancien diplomate et du journaliste, n’est qu’une «formule creuse, chimiquement diplomatique, qui ne sert qu’à masquer les privilèges et avantages consentis unilatéralement à l’Algérie à une époque où effectivement Paris avait besoin de l’Algérie».
Dernière en date à adopter cette posture, Ségolène Royal, qui s’attire les foudres des deux auteurs. Ceux-ci déplorent sa visite à Alger, d’autant que la nouvelle présidente de l’association France-Algérie a endossé un rôle qui ne lui revient pas en se posant «en ministre chargée des affaires algériennes, mandatée ou non par les autorités, (qui) rencontre le président Tebboune et propose ni plus ni moins de céder aux demandes d’Alger, car telle est bien la méthode qu’elle propose au nom du “dialogue”».
Ségolène Royal incarne ainsi la position d’une France faible face à un pouvoir algérien jugé «hostile et manipulateur». Or pour Driencourt et Imoulayen, cela n’est plus supportable: «la France doit acter en 2027 une rupture radicale», lancent-ils. Mais avant de dérouler leur plan de route pour y parvenir, ceux-ci rappellent les bonnes raisons de le faire. Celles-ci sont à ce point nombreuses qu’elles alimentent la chronique de cette «dégradation spectaculaire» de la relation bilatérale avec Alger au cours des deux quinquennats d’Emmanuel Macron, qui s’achève sur «un effondrement total». La France «a perdu la main», elle a «surtout renoncé à réagir face au régime algérien», estime-t-on en déplorant que «tout se passe comme si Paris, impuissant, assistait de loin à une crise qui le concerne pourtant directement». D’ailleurs, cette posture n’a pas échappé à ces deux fins connaisseurs du régime algérien: «Alger sait que la France, faible et naïve, presque “en état de mort cérébrale”, ne réagit pas».
La détestation de la France, une politique d’État
Preuve affligeante de cette inaction du gouvernement français, le rapport aux VIP algériens qui, en dépit de la difficulté qu’ils ont pour venir à Paris (depuis la dénonciation de l’accord sur l’exemption de visas pour les détenteurs de passeports diplomatiques), «continuent à profiter de la dolce vita en France tant qu’ils y possèdent appartements, cafés et commerces qui leur procurent les euros qu’ils échangent ensuite sur le marché parallèle d’Alger», épinglent le journaliste algérien ainsi que l’auteur de «L’énigme algérienne. Chroniques d’une ambassade à Alger» (2022) et «France-Algérie: le double aveuglement» (2025) aux Éditions de l’Observatoire.
Les faits, obstinés, sont là pour rappeler le dur constat de l’impuissance de la France: des laissez-passer consulaires qu’Alger refuse de délivrer à ses ressortissants en situation irrégulière en France, à la manipulation par le régime d’influenceurs algériens afin de propager des discours de haine à l’encontre de la France qui les accueille pourtant, en passant par la délivrance de passeports aux sans-papiers par les consulats d’Algérie en France… Xavier Driencourt et Daoud Imoulayen alignent les méfaits commis par le pouvoir algérien à l’encontre de la France, bien décidés à en finir avec la politique de la langue de bois et de l’aveuglement.
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Pendant ce temps-là, en Algérie, le ressentiment à l’encontre de la France fait office de politique d’État et ne cesse de prendre de l’ampleur, faisant feu de tout bois pour devenir plus vivace. «Le pouvoir s’est souvenu, après 63 années d’indépendance, que le français était la langue du colonisateur», ironise le duo, en faisant référence à la disparition progressive de la langue française, remplacée par l’anglais, alors même que «9.000 étudiants algériens qui viennent en plus grand nombre en France ne repartent pas en Algérie à l’issue de leurs études en raison des dispositions favorables de l’accord franco-algérien de 1968».
Enfin, preuve ultime que la France ne trouvera jamais grâce aux yeux du régime militaro-politique, quoi qu’elle fasse, sa sanction par l’Algérie après sa reconnaissance de la marocanité du Sahara, dans la foulée d’autres États européens et du Royaume-Uni. «Tout est pardonné aux autres; la France, elle, est déclarée coupable et doit payer», concluent-ils. Cette culpabilité, la France la porte comme une croix. Cela explique certainement pourquoi le vote, le 24 décembre en Algérie, de la loi criminalisant la colonisation française n’a suscité aucune réaction en France, «à l’exception de regrets exprimés par M. Barrot», concluent les auteurs de la tribune.
Ces relais du pouvoir algérien qui agissent dans l’ombre
Mais la liste des exactions commises à l’encontre de la France est encore longue et les deux signataires de cette tribune s’emploient aussi à faire la lumière sur les relais du pouvoir d’Alger en France qui agissent dans l’ombre. Car à l’aube de la prochaine élection française en 2027, face à l’hypothèse d’une arrivée au pouvoir du Rassemblement national, «Alger entend se doter d’un véritable levier d’influence, voire d’un contrepouvoir sur le sol français», envisagent-ils.
Première épinglée, la Mosquée de Paris, ainsi que le recteur qui la préside qui «constituent le parfait relais de l’action d’Alger». Et les auteurs de déplorer que malgré l’enquête menée par le journal L’Opinion au début de l’année 2025, mettant au jour et dénonçant les trafics de la mosquée, «le gouvernement n’a visiblement pris aucune mesure pour mettre fin à ces malversations financières».
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Autre relais pour le régime algérien qui «observe avec une attention soutenue les péripéties de la vie politique française»: sa diaspora. Et pour cause, celle-ci se voit attribuer un rôle à jouer dans les rapports de force à venir. Considérée par le pouvoir comme «un véritable levier d’influence, voire d’un contrepouvoir sur le sol français», cette diaspora composée de centaines de milliers de citoyens français qui entretiennent, d’une manière ou d’une autre, un lien étroit avec l’Algérie, est d’autant plus intéressante qu’elle compte dans ses rangs des élus locaux et des parlementaires. Et pour mieux les rallier à sa cause, le gouvernement d’Abdelmadjid Tebboune multiplie les promesses, de la facilitation de l’entrée sur le territoire national lors des périodes de forte affluence, aux gestes symboliques à destination de la diaspora… De belles paroles qui tranchent violemment avec la répression réservée aux voix de l’opposition qui osent s’exprimer contre le régime, et sont contraintes au silence depuis le Hirak, en 2019.
Les mesures radicales qui s’imposent
Alors que l’élection présidentielle de 2027 se jouera très certainement sur deux sujets cruciaux pour la France, à savoir l’Europe et l’immigration, analysent Driencourt et Imoulayen, ce deuxième sujet impactera encore davantage les relations franco-algériennes. L’heure est donc au «reset», à une «remise à plat» de cette relation bilatérale. Pour sortir de cette position de faiblesse, il s’agit d’en «finir avec le discours tenu par nos dirigeants selon lequel “la France a besoin de l’Algérie“ sur les plans économique, gazier ou sécuritaire», car non, contredisent les deux hommes, «la France n’a pas besoin, ou n’a plus besoin de l’Algérie», l’inverse n’étant pas vrai. Dans un deuxième temps, il s’agit de «revoir, analyser tous les aspects de notre relation: économique, consulaire, migratoire surtout», avec la mise à mort du soi-disant «partenariat d’exception».
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Une fois ces deux choses établies, place aux mesures concrètes. «Cibler les VIP algériens qui achètent appartements et commerces à Paris (alors même que le dinar algérien est inconvertible) et n’hésitent pas à y installer leurs enfants», amorcent les deux auteurs qui suggèrent ainsi d’aller encore plus loin que la suppression des visas diplomatiques. Puis, «lier le nombre de visas délivrés aux OQTF exécutés par une formule selon laquelle par exemple, cinq OQTF exécutées donnent droit à la délivrance d’autant de visas», ajoutent-ils. Et au passage, pourquoi ne pas réfléchir à un système de caution à mettre en place à l’image de celui instauré par Washington, questionne-t-on.
Sans surprise, la principale mesure à prendre n’est autre que la fin de l’accord de 1968 sur la circulation et l’installation des Algériens en France et autant dire que le prochain gouvernement français est très attendu sur la question. D’autant que selon l’ancien ambassadeur à Alger et le réfugié politique, il devra aussi s’atteler à «mettre fin à l’accord de sécurité sociale du 1er octobre 1980 qui traduit, dans le domaine social, les avantages de l’accord de 1968», et enfin, en priorité de sa feuille de route, «reprendre le contrôle de la Mosquée de Paris que l’Algérie considère à tort comme lui appartenant».
C’est donc à une sorte de «révolution» dans la relation franco-algérienne qu’appellent Xavier Driencourt et Daoud Imoulayen. Sans cela «la duplicité, la mauvaise foi et le caractère dangereux du pouvoir algérien» déjà établis continueront de prospérer de plus belle dans les années à venir. Pour ce faire, il convient de «tourner la page» avec l’Algérie, car si cela se fera sans doute avec regret pour beaucoup de Français, envisage-t-on, l’Algérie, elle, l’a déjà fait.








