La flambée des coûts du transport maritime, provoquée par les tensions militaires impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran, se répercute désormais directement sur les échanges commerciaux du Maroc. «Depuis la fin du mois de février 2026, la dégradation de la situation sécuritaire dans plusieurs corridors stratégiques du commerce mondial a conduit les grandes compagnies maritimes à appliquer en urgence de nouvelles surtaxes, renchérissant sensiblement les coûts logistiques pour les exportateurs et importateurs marocains», écrit le quotidien Les Inspirations Eco du 13 mars. Dans le même temps, la reconfiguration des routes maritimes internationales place le port de Tanger Med dans une position stratégique susceptible de générer de nouvelles opportunités de trafic.
Les principaux armateurs mondiaux ont en effet ajusté leurs politiques tarifaires afin de compenser la hausse brutale du prix du carburant maritime et les risques opérationnels liés à l’instabilité régionale. Mediterranean Shipping Company (MSC), premier transporteur maritime mondial avec une flotte dépassant les sept millions d’équivalents vingt pieds (EVP), a ainsi instauré dès le 7 mars une «Emergency Fuel Surcharge» appliquée aux exportations au départ de plusieurs pays méditerranéens, dont le Maroc. Cette surtaxe a été rapidement révisée à la hausse dans une communication publiée le 9 mars. Pour un conteneur sec de 20 pieds expédié du Maroc vers l’Afrique de l’Est, le supplément atteint désormais 135 dollars par EVP, contre 60 dollars initialement annoncés, soit une augmentation de plus de 120%. Les conteneurs frigorifiques, particulièrement utilisés par les filières exportatrices marocaines comme l’agro-industrie ou les produits de la mer, sont encore plus touchés, avec une surcharge portée à 200 dollars par EVP.
Parallèlement, lit-on dans Les Inspirations Eco, le groupe français CMA CGM a annoncé la mise en place d’une surtaxe carburant généralisée pour l’ensemble des longues distances au départ de la Méditerranée. Les exportations marocaines vers les marchés asiatiques, américains ou vers l’Afrique australe sont désormais soumises à un supplément de 150 dollars par conteneur sec, tandis que les flux de retour vers la Méditerranée sont taxés à hauteur de 75 dollars. L’entrée en vigueur de cette mesure, prévue le 16 mars, intervient dans un contexte où de nombreux secteurs industriels marocains, notamment le textile et l’automobile, dépendent fortement de chaînes d’approvisionnement internationales sensibles aux variations de coûts logistiques.
De son côté, le groupe danois Maersk a intégré le Maroc dans l’application d’une «Peak Season Surcharge» concernant les lignes reliant l’Europe au Mexique. À partir du 1er avril 2026, les exportations marocaines à destination de ce marché devront supporter un supplément de 250 dollars pour un conteneur de 20 pieds et de 500 dollars pour un conteneur de 40 pieds. L’accumulation de ces différentes surtaxes produit un effet cumulatif significatif. Dans certains cas, l’expédition d’un seul conteneur sec vers l’Afrique de l’Est peut désormais supporter plus de 380 dollars de coûts additionnels, une hausse qui peut représenter environ 15% du coût logistique total d’une opération d’exportation.
Cette pression tarifaire intervient alors même que les perturbations géopolitiques transforment progressivement les routes maritimes mondiales, souligne Les Inspirations Eco. Le blocage partiel du détroit d’Ormuz et la suspension par plusieurs armateurs de nouvelles réservations vers certains ports du Golfe ont entraîné un redéploiement du trafic vers des itinéraires alternatifs, notamment la route contournant l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance. Ce détournement massif des flux maritimes pourrait bénéficier indirectement au Maroc, et plus particulièrement au complexe portuaire de Tanger Med, devenu au fil des dernières années l’un des principaux hubs de transbordement en Méditerranée.
Selon certaines estimations du secteur, ce repositionnement des routes commerciales pourrait générer un volume supplémentaire d’environ 900 000 EVP par trimestre sur les liaisons reliant l’Asie à l’Europe et à l’Afrique. Dans ce scénario, Tanger Med pourrait capter une part non négligeable du trafic redirigé, renforçant son rôle d’interface logistique entre l’Atlantique et la Méditerranée.
«Toutefois, cette perspective s’accompagne également de risques opérationnels», précise Les Inspirations Eco. L’augmentation rapide des volumes pourrait accentuer les phénomènes de congestion portuaire dans plusieurs infrastructures régionales, ce qui entraînerait l’application de nouvelles surtaxes logistiques. Certaines compagnies ont déjà instauré des «Port Congestion Surcharge» sur des ports africains confrontés à des engorgements temporaires. Si des plateformes majeures pour le transbordement vers l’Afrique subsaharienne, comme Dakar, Abidjan ou Lagos, venaient à connaître des ralentissements similaires, les coûts additionnels pourraient se répercuter sur l’ensemble de la chaîne logistique régionale.
Dans ce contexte incertain, la présence locale des grands armateurs constitue un levier important pour les opérateurs marocains. Les représentations commerciales de groupes comme MSC, Maersk ou CMA CGM permettent aux chargeurs et transitaires d’accéder plus rapidement aux mécanismes de négociation tarifaire et d’adapter leurs schémas logistiques. L’optimisation des itinéraires, la mutualisation des conteneurs frigorifiques ou l’ajustement des calendriers d’expédition font désormais partie des stratégies utilisées pour limiter l’impact des hausses tarifaires.
Pour les entreprises exportatrices, la situation impose une adaptation rapide. Dans certains secteurs comme l’agroalimentaire, la hausse des coûts de transport réduit directement les marges et nécessite une renégociation des contrats commerciaux avec les acheteurs internationaux. D’autres industries, notamment les phosphates, le textile ou les composants automobiles, envisagent déjà des routes alternatives passant par l’Atlantique afin de contourner certaines zones les plus exposées aux surcharges.









