Le renchérissement du coût de la vie pèse lourdement sur l’ensemble des activités économiques, et le secteur du transport de personnes n’échappe pas à cette tendance. Les chauffeurs de grands comme de petits taxis subissent de plein fouet l’envolée des prix du gasoil et l’alourdissement continu de leurs charges d’exploitation quotidiennes. Malgré cette pression financière grandissante, une augmentation des tarifs reste pour l’instant écartée par les professionnels. «Ces derniers redoutent d’imposer un effort supplémentaire à des usagers déjà fortement éprouvés par l’inflation et la baisse de leur pouvoir d’achat», indique le quotidien Les Inspirations Eco du 12 octobre.
Pour les représentants syndicaux, la question tarifaire est intimement liée à la situation financière des ménages marocains. Une répercussion immédiate du surcoût du carburant sur le prix des courses risquerait non seulement d’alourdir une facture déjà saturée, mais aussi de pousser de nombreux clients à réduire drastiquement leurs déplacements. Bien qu’une hausse théorique d’environ un dirham et demi soit parfois évoquée pour le transport urbain afin d’absorber une partie des pertes, cette option demeure rejetée. Les professionnels estiment qu’une telle décision se traduirait inévitablement par une baisse du nombre de courses et, par conséquent, par une réduction nette de leurs recettes journalières.
Cependant, ce statu quo tarifaire ne signifie nullement que les chauffeurs disposent des marges nécessaires pour absorber durablement de pareils chocs. Selon les estimations syndicales, la hausse du prix du carburant génère entre cent et cent cinquante dirhams de charges supplémentaires par jour et par véhicule, un montant difficilement soutenable. Les aides financières accordées par l’État sont jugées largement insuffisantes par la profession, qui réclame un soutien mensuel plus conséquent, avoisinant les trois mille dirhams. Les syndicats insistent également sur la nécessité de verser cette subvention directement au chauffeur qui exploite effectivement le véhicule, plutôt qu’au propriétaire ou au détenteur de l’agrément, tout en déplorant l’irrégularité des versements et les retards dans le cadre de ce dispositif.
Face à l’urgence de la situation, des solutions plus structurelles commencent à s’imposer dans le débat public. Certains acteurs majeurs du secteur plaident pour la mise en place d’un gasoil professionnel à tarif préférentiel, applicable à la quantité de carburant réellement consommée pour l’activité. Les technologies actuelles permettraient de contrôler précisément le kilométrage et d’éviter les détournements, offrant ainsi une alternative pérenne aux aides exceptionnelles. «D’autres voix rappellent l’importance de relancer des infrastructures stratégiques comme la raffinerie de la Samir pour assurer la sécurité énergétique du pays et stabiliser durablement les prix des produits pétroliers à l’échelle nationale», souligne Les Inspirations Eco.
Au-delà de la crise conjoncturelle du carburant, ces difficultés remettent en lumière les dysfonctionnements profonds qui gangrènent l’organisation du métier depuis de longues années. La question de l’intermédiation reste particulièrement épineuse, de nombreux propriétaires cumulant les agréments et les louant à des chauffeurs à des conditions qui alourdissent considérablement leurs charges. Face à cette situation, où le propriétaire, le détenteur de l’agrément et le conducteur peuvent être trois personnes distinctes, les syndicats exigent la création d’un véritable statut du chauffeur. Ils réclament aussi un encadrement plus rigoureux de la location des autorisations afin d’assainir durablement l’écosystème du transport urbain et interurbain.
Si le ministère de l’Intérieur a émis, depuis plusieurs années, des circulaires destinées à professionnaliser et à restructurer la profession, leur application concrète reste inégale selon les régions. Les syndicats regrettent que ces orientations ne soient pas mises en œuvre de manière homogène par l’ensemble des wilayas, préfectures et provinces du Royaume. Pris en étau entre la nécessité absolue de préserver les revenus de travailleurs précarisés et la volonté de ne pas asphyxier une clientèle fragilisée, les professionnels retiennent leur souffle dans l’attente d’un signal clair des autorités avant d’envisager d’éventuels mouvements de contestation.




