Solaire: un changement d’échelle en vue

Des panneaux solaires sur le Lac du barrage de Tanger-Med

Revue de pressePorté par le solaire, l’hydrogène vert et des investissements colossaux dans les infrastructures électriques, le Maroc change d’échelle. Le Royaume ne se contente plus d’augmenter sa part d’énergies renouvelables: il ambitionne de devenir un hub régional de production et d’exportation d’énergie propre, tout en répondant à une demande intérieure en forte croissance. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien L’Economiste.

Le 02/03/2026 à 20h39

Le Maroc accélère la cadence et affiche ses ambitions énergétiques sans détour. Le Royaume déroule une stratégie nationale articulée autour de trois piliers clairs: le développement massif des énergies renouvelables, l’amélioration de l’efficacité énergétique et l’intégration régionale à travers la mise en place de véritables corridors énergétiques. L’objectif est de sécuriser l’approvisionnement, réduire la dépendance aux importations et positionner le pays comme un hub énergétique incontournable entre l’Europe et l’Afrique.

Aujourd’hui, la capacité électrique installée du pays atteint 12,2 GW, indique le quotidien L’Economiste dans son édition du mardi 3 mars. Sur ce total, 5,6 GW proviennent des énergies renouvelables, soit 46% de la puissance installée et 27% de la production nationale. Si ces chiffres traduisent une progression notable, la part du solaire reste encore modeste. L’électricité issue du solaire ne représente que 1 063 MW, soit 19% de la production renouvelable globale. Un paradoxe pour un pays bénéficiant d’un ensoleillement parmi les plus élevés au monde.

Mais cette photographie ne reflète qu’un instant. À l’horizon 2030, le Maroc vise officiellement 52% de capacité installée en énergies renouvelables (solaire, éolien, hydraulique, biomasse et hydrogène). «En réalité, les projections laissent entrevoir un dépassement significatif, avec un niveau qui pourrait atteindre près de 60%. La transition ne sera pas progressive, elle sera structurante», écrit L’Economiste du 3 mars.

À court terme, le solaire est appelé à jouer un rôle moteur. Le pays ambitionne d’ajouter 3 GW de capacité solaire d’ici 2028. La dynamique semble enclenchée. L’engouement pour les solutions photovoltaïques couplées à des batteries de stockage se confirme, porté par une technologie devenue plus accessible, plus simple à déployer et surtout plus compétitive. Le lancement du programme Solar Rooftop 500 à Casablanca illustre cette volonté d’élargir l’accès au solaire et d’encourager l’autoproduction.

Mais la véritable rupture pourrait venir de l’hydrogène vert. Le Maroc prépare une transformation en profondeur de son modèle énergétique, notamment pour décarboner les transports routier, aérien et maritime. Sept investisseurs ont déjà été sélectionnés pour lancer un premier pipeline de projets d’envergure. L’enveloppe annoncée est colossale: 37 milliards de dollars d’investissement, 37 000 emplois pendant la phase de construction et 10 000 en exploitation.

Ces projets mobiliseront 20 GW d’énergies renouvelables, dont 10 GW dédiés à l’alimentation d’électrolyseurs, lit-on dans L’Economiste. L’objectif affiché est de produire chaque année 8 millions de tonnes d’hydrogène vert et de ses dérivés (ammoniac, méthanol, carburants synthétiques). Dans ce dispositif, le solaire devrait assurer au moins 3 GW. C’est un repositionnement stratégique qui se dessine. Le Maroc ne veut pas seulement produire de l’électricité verte, il entend exporter des molécules vertes.

Cette montée en puissance impose toutefois une transformation profonde des infrastructures. Le réseau électrique doit suivre. Le schéma directeur du transport électrique prévoit 25 milliards de dirhams d’investissement pour acheminer l’énergie vers les centres de consommation. Il inclut notamment la troisième interconnexion avec l’Espagne, consolidant l’ancrage européen du système électrique marocain. S’y ajoute une ligne en courant continu reliant le Sud au Centre du pays, pour un coût estimé à 30 milliards de dirhams. Cette infrastructure stratégique permettra d’évacuer jusqu’à 3 GW supplémentaires issus des régions à fort potentiel solaire et éolien.

La pression est d’autant plus forte que la demande nationale d’électricité progresse à un rythme soutenu de 7,2% par an. Pour répondre à cette croissance, un vaste plan d’équipement a été élaboré par le ministère de la Transition énergétique et du Développement durable, l’ONEE et Masen. «Ce programme prévoit l’installation de 15,6 GW supplémentaires pour un investissement global de 120 milliards de dirhams», souligne L’Economiste.

La part des énergies renouvelables y est dominante: 12,4 GW, soit 80% du total, mobilisant 80 milliards de dirhams. Le solaire représente à lui seul 40% de ce plan, avec 33 milliards de dirhams d’investissement prévus. Le gaz, lui, ne jouera qu’un rôle d’appoint, destiné à assurer la flexibilité nécessaire à l’intégration massive des énergies vertes dans le mix électrique.

Sur le terrain, les projets se multiplient déjà. L’Agence marocaine pour l’énergie durable pilote actuellement des chantiers totalisant 2 443 MW de production électrique en développement, auxquels s’ajoutent 2 500 MW de capacités de stockage par batteries. Un signal fort: la transition ne se limite pas à produire plus d’énergie verte, elle vise aussi à la rendre pilotable et fiable.

Par La Rédaction
Le 02/03/2026 à 20h39