Dix ans après sa faillite, la Samir continue de susciter l’intérêt des investisseurs. La raffinerie a récemment reçu une offre de reprise particulièrement élevée, évaluée à 3,5 milliards de dollars, la plus importante soumise au tribunal de commerce de Casablanca depuis le début des appels à concurrence en 2017. «Cette proposition émane de MJM Investments, une société émiratie, mais elle a été déclarée irrecevable le 27 février par le tribunal, au motif que le dossier n’était pas complet», indique le magazine Jeune Afrique. Dix jours plus tôt, une session avait déjà été reportée en raison de l’absence de documents traduits en arabe.
Au-delà de ces motifs formels, des sources proches du dossier estiment que l’offre elle-même a été jugée insuffisamment sérieuse. MJM Investments, créée en 2017 et basée à Dubaï, est principalement active dans l’immobilier aux Émirats arabes unis et en Turquie, avec un portefeuille revendiqué de 25 millions de dollars. La société n’a aucun lien connu avec le secteur énergétique.
Le montant proposé par MJM Investments a également soulevé des interrogations. Selon un expert du secteur énergétique cité par Jeune Afrique, l’offre dépasse largement la valeur réelle des actifs de la Samir, estimés à 21,5 milliards de dirhams, soit moins de 2 milliards de dollars. Les actifs comprenaient l’outil industriel de Mohammedia et de Sidi Kacem, des participations dans une dizaine de sociétés, des biens immobiliers répartis dans plusieurs villes et un stock de pétrole évalué à 800 millions de dirhams en 2016. Depuis cette date, certains de ces actifs ont perdu de leur valeur ou ont été cédés, ce qui rend l’offre de MJM Investments disproportionnée par rapport au patrimoine réel de la raffinerie.
«La Samir, dotée d’une capacité de raffinage de 10 millions de tonnes et d’une capacité de stockage de 2 millions de tonnes, a été la cible de plusieurs tentatives de reprise depuis sa faillite provoquée par Mohammed Al-Amoudi», rappelle Jeune Afrique. Ces offres ont souvent été jugées peu sérieuses. En 2016, le cabinet italien Studio Mazzanti and Partners avait proposé 31 milliards de dirhams pour le rachat, sans présenter les garanties nécessaires, notamment une caution bancaire marocaine. D’autres propositions, comme celle d’Anglo Energy DMCC à 3,15 milliards de dollars, ont également échoué pour manque de garanties, tout comme l’offre de Chow Tai Fook Energy Company Limited, un conglomérat hongkongais actif dans l’immobilier, l’hôtellerie, les casinos et la joaillerie, présentée par Clermont Energy Partners à hauteur de 2,4 milliards d’euros en 2017.
Comme ses prédécesseurs, MJM Investments a conditionné son offre à l’accès complet aux installations industrielles et à la réalisation d’un audit technique. La Samir reste donc au centre de l’attention, mais les obstacles juridiques et les doutes sur la crédibilité des candidats continuent de retarder toute reprise concrète.







