Rapport 2025 de l’OMTPME: un tissu entrepreneurial dynamique, mais encore fragile pour les petites entreprises

Amal Idrissi, directrice exécutive de l’Observatoire Marocain de la TPME (OMTPME).

L’Observatoire Marocain de la TPME (OMTPME) vient de publier son rapport annuel 2025, qui confirme la résilience du tissu entrepreneurial national, porté par une dynamique de création d’entreprises et de croissance du chiffre d’affaires. Mais derrière ces indicateurs positifs, le document met en lumière de fortes disparités géographiques, la prédominance des grandes entreprises dans la richesse créée et des fragilités persistantes des TPE, des jeunes structures et de l’entrepreneuriat féminin, notamment en matière d’accès au financement.

Le 07/01/2026 à 13h45

L’Observatoire Marocain de la TPME (OMTPME) a présenté, mercredi 7 janvier 2026 à Casablanca, la sixième édition de son rapport annuel 2025, lors d’une conférence de presse animée par Amal Idrissi, directrice exécutive de l’Observatoire.

Le document dresse un état des lieux détaillé du tissu des entreprises personnes morales (PM) au Maroc en 2024, marqué par une dynamique de création et de croissance du chiffre d’affaires, mais aussi par des fragilités persistantes, notamment pour les très petites entreprises (TPE) et les jeunes structures.

En 2024, le nombre total d’entreprises personnes morales s’est établi à 380.230 unités, en hausse de 1,3% par rapport à 2023. Cette progression confirme la résilience globale du tissu entrepreneurial national, largement porté par les petites structures. En effet, 94% des entreprises affichent un chiffre d’affaires inférieur à 10 millions de dirhams, contre seulement 5,5% pour les PME et 0,5% pour les grandes entreprises.

La concentration géographique demeure un trait structurel marquant. L’axe Tanger-El Jadida regroupe à lui seul près de 65% des entreprises personnes morales actives (EPMA), confirmant son rôle moteur dans l’économie nationale. Cette polarisation territoriale pose toutefois la question d’un développement plus équilibré entre les régions.

Sur le plan sectoriel, le commerce reste l’activité dominante dans huit régions, avec une part nationale de 28,3%. La construction arrive en deuxième position à l’échelle nationale (23%), suivie des activités spécialisées, scientifiques et techniques (9,4%). L’industrie manufacturière, malgré son rôle stratégique, ne représente que 6,4% de l’effectif total des entreprises.

La forme juridique la plus répandue demeure la SARL, qui concentre près de 52% des entreprises. Toutefois, la SARL à associé unique (SARL-AU) continue de gagner en attractivité, avec une progression de 6,4% entre 2023 et 2024, traduisant une préférence croissante pour des structures entrepreneuriales plus souples.

Les créations d’entreprises, personnes morales et physiques confondues, ont atteint près de 96.000 unités en 2024, dont 68.000 PM, en hausse globale de 2%. Cette dynamique est exclusivement portée par les personnes morales, dont les créations progressent de 5,5%, tandis que les personnes physiques reculent de 5,7%.

Les nouvelles entreprises sont massivement de petite taille: 99,5% des créations concernent des structures réalisant moins de 10 millions de dirhams de chiffre d’affaires, dont la quasi-totalité ne dépasse pas 1 million de dirhams. Si les PME demeurent marginales dans les créations (0,55%), elles affichent néanmoins une croissance notable de 30,6%, signal positif en matière de montée en gamme du tissu entrepreneurial.

La région de Casablanca-Settat domine largement les créations avec 36,8%, suivie de Marrakech-Safi (13,1%) et de Rabat-Salé-Kénitra (13%). Le commerce et la construction constituent les secteurs les plus dynamiques, concentrant respectivement 27,8% et 22,2% des créations, tandis que la santé, l’enseignement et l’industrie manufacturière enregistrent un recul.

En parallèle, les dissolutions d’entreprises personnes morales ont augmenté de 6,3% en 2024, pour atteindre 11.596 unités. Plus de la moitié des entreprises dissoutes ont moins de cinq ans d’existence, soulignant la vulnérabilité des jeunes structures. Le commerce (30,5%) et la construction (18,3%) sont les plus concernés, avec une progression particulièrement marquée dans les «autres activités de services».

63,7% du CA réalisés par les grandes entreprises

Le chiffre d’affaires cumulé des EPMA s’est élevé à 2.628,1 milliards de dirhams en 2024, en hausse de 9,4%, après une croissance plus modérée en 2023. Cette performance masque toutefois une forte concentration: les entreprises réalisant moins de 10 millions de dirhams ne contribuent qu’à hauteur de 9,7% du chiffre d’affaires global, contre 63,7% pour les grandes entreprises.

Casablanca-Settat concentre à elle seule 59% du chiffre d’affaires national, loin devant Rabat-Salé-Kénitra (14,9%) et Tanger-Tétouan-Al Hoceima (10%). À noter toutefois la progression remarquable de Drâa-Tafilalet, qui enregistre la plus forte hausse régionale (+13,6%).

À l’export, le chiffre d’affaires des EPMA s’est redressé de 12,7% en 2024 pour atteindre 520,5 milliards de dirhams. Là encore, les grandes entreprises dominent très largement, avec près de 80% des exportations, tandis que la contribution des petites entreprises reste marginale (3,5%). L’industrie manufacturière s’impose comme le principal moteur des exportations, avec 56,5% du total et une croissance de 42,7%.

La valeur ajoutée générée par les EPMA a atteint 536,5 milliards de dirhams, en hausse de 16,6%, principalement tirée par les grandes entreprises qui renforcent leur prédominance (64,7%). Les petites entreprises voient, en revanche, leur part reculer à 9,2%, illustrant la difficulté à capter davantage de richesse créée.

En 2024, les emplois déclarés à la CNSS ont totalisé plus de 4,06 millions, en hausse de 2%. Les entreprises générant moins de 10 millions de dirhams concentrent 36,2% de l’emploi déclaré, confirmant leur rôle central dans l’absorption de la main-d’œuvre, devant les PME (34,4%) et les grandes entreprises (29,4%).

La majorité des entreprises déclarantes restent de très petite taille: 86,1% comptent moins de 10 salariés. Sur le plan sectoriel, les activités de services administratifs et de soutien, le commerce et l’industrie manufacturière constituent les principaux bassins d’emplois non agricoles.

La masse salariale a progressé de 8,6% pour atteindre 221,8 milliards de dirhams. Malgré les revalorisations successives du SMIG, la proportion des salariés percevant moins de 4.000 dirhams demeure élevée à 72,7%, traduisant des limites persistantes en matière de qualité de l’emploi, en particulier pour les femmes, dont plus de la moitié perçoivent un salaire inférieur au SMIG.

Accès au financement: des avancées insuffisantes

En 2024, 60.363 entreprises personnes morales sont dirigées par des femmes, soit 15,5% du total. L’entrepreneuriat féminin se concentre principalement dans les secteurs sociaux, notamment les autres activités de services, la santé et l’enseignement. Il est plus présent dans les jeunes entreprises, mais recule sensiblement dans les structures plus anciennes.

Sur le plan financier, les fonds propres constituent la principale source de financement des EPMA. Les petites entreprises restent fortement dépendantes des dettes des associés, tandis que l’accès au crédit bancaire demeure inégal. En 2024, les entreprises dirigées par des femmes n’ont capté que 10,8% de l’encours total de crédit, malgré leur poids croissant dans le tissu entrepreneurial.

Ainsi, le rapport de l’OMTPME met en évidence un tissu productif globalement dynamique, porté par la progression du chiffre d’affaires, de la valeur ajoutée et des créations d’entreprises. Toutefois, la hausse des dissolutions parmi les entreprises âgées de 2 à 5 ans, la concentration géographique et sectorielle, ainsi que les difficultés d’accès au financement pour les TPE et les femmes entrepreneures constituent autant de signaux d’alerte.

L’enjeu central réside désormais dans le renforcement de l’accompagnement des petites entreprises, afin d’améliorer leur pérennité, leur accès au financement, à l’innovation et aux chaînes de valeur, dans une logique de croissance plus inclusive et territorialement équilibrée. La nouvelle charte de la TPE apparaît, à cet égard, comme un levier structurant pour réduire les écarts persistants et consolider durablement le tissu entrepreneurial national, conclut Amal Idrissi.

Par Lahcen Oudoud
Le 07/01/2026 à 13h45