Ramadan et pouvoir d’achat: une consommation responsable pour contenir les prix

Un marché. DR

Revue de presseÀ l’approche du mois de Ramadan, période de forte pression sur la consommation, Bouazza Kherrati, président de la Fédération des associations de protection des consommateurs analyse l’état du marché, l’efficacité des mesures publiques et le rôle déterminant du comportement des acheteurs dans la stabilité des prix. Cet article est une revue de presse tirée de Finances News Hebdo.

Le 01/02/2026 à 19h23

Comme chaque année, le mois de Ramadan s’annonce comme un test grandeur nature pour le pouvoir d’achat des ménages. Entre craintes de pénuries, flambées ponctuelles des prix et débats sur l’efficacité des mécanismes de contrôle, la question de l’équilibre du marché revient au premier plan. Dans un entretien au magazine Finances News Hebdo, Bouazza Kherrati, président de la Fédération des associations de protection des consommateurs, explique l’enjeu ne se limite pas à l’offre ou aux décisions gouvernementales, mais repose aussi sur une consommation plus responsable.

Selon Bouazza Kherrati, le marché aborde ce mois sacré dans une situation globalement maîtrisée, même si certaines tensions persistent sur des produits ciblés et appellent à une plus grande responsabilité de l’ensemble des acteurs, y compris les consommateurs, et l’approvisionnement ne pose pas de problème majeur. «Le marché est bien approvisionné en produits de toutes sortes, particulièrement ceux à forte demande», a-t-il assuré. À l’exception notable des sardines, dont les prix ont franchi la barre des 40 dirhams le kilo, la majorité des denrées affiche une relative stabilité. Une légère hausse est toutefois observée sur les légumes, conséquence directe des intempéries. «Les conditions climatiques perturbent l’accès aux exploitations et aux récoltes, ce qui augmente les salaires de la main-d’œuvre et se répercute sur le prix à la consommation», a-t-il aussi expliqué à Finances News Hebdo.

À ces facteurs s’ajoute le rôle des intermédiaires informels, communément appelés les «Chennaka», que Bouazza Kherrati accuse de tirer les prix vers le haut. Mais il n’exonère pas pour autant les acheteurs. «Même les consommateurs ont une part de responsabilité. La forte demande qu’ils exercent sur certains produits a pour conséquence d’augmenter les prix», a-t-il souligné, appelant à des comportements d’achat plus rationnels.

Sur le dossier sensible des viandes rouges, le constat est plus nuancé. Les mesures de soutien décidées par le gouvernement n’ont pas entraîné de baisse des prix, mais elles ont permis d’enrayer leur envolée. «Elles n’ont pas baissé les prix des viandes rouges, mais elles les ont toutefois stabilisés», a affirmé Bouazza Kherrati, précisant que leurs effets structurels ne pourront se faire sentir qu’à moyen terme. «Il faut compter deux ou trois ans pour que ces mesures donnent leurs fruits, car elles sont liées au cycle de production et visent d’abord à soutenir le secteur de l’élevage», a-t-il ajouté.

Concernant la prolifération des intermédiaires, le président de la Fédération estime que le problème dépasse le simple cadre réglementaire. «Les intermédiaires vont perdurer tant que l’informel existe», a-t-il affirmé, puisque de son avis, la solution passe par un effort soutenu de structuration des circuits de distribution, mais aussi par un changement culturel. «Il faut inciter les consommateurs à s’approvisionner dans les circuits organisés, où la salubrité, la sécurité alimentaire et la protection économique sont garanties», a-t-il aussi expliqué, rappelant que «le consommateur est la clef pour la baisse des prix». En vertu de la loi 81/07, celui-ci dispose d’une liberté de choix qui, si elle est exercée de manière responsable, peut contribuer à contenir la flambée des prix.

La question des exportations agricoles suscite également des inquiétudes récurrentes à l’approche du Ramadan. Bouazza Kherrati s’est voulu, là encor, rassurant: «l’export ne concerne pas les produits de première nécessité. Il touche essentiellement les fruits rouges», a-t-il précisé. La tomate, très consommée au cours de ce mois, obéit selon lui à une logique de péréquation entre marché local et export, car «l’export permet de tirer le marché vers le haut et constitue un élément incitatif pour approvisionner le marché local».

Le président de la Fédération des associations de protection des consommateurs a président de la Fédération des associations de protection des consommateurs a néanmoins recommandé aux consommateurs d’adapter leurs habitudes, suggérant par exemple le recours au concentré de tomate pour limiter la pression sur le produit frais et éviter des hausses excessives. Dans tous les cas, «les autorités doivent renforcer les mesures de contrôle pour lutter contre les hausses exorbitantes», a-t-il insisté.

A propos des progrès accomplis dans la protection des consommateurs, Bouazza Kherrati plaide pour une mise à niveau du cadre juridique. Sollicitée par le ministère de l’Industrie et du Commerce, la Fédération a formulé plusieurs propositions de réforme. «Le texte a eu un parcours législatif atypique, rédigé en 2000 et promulgué seulement en 2011», a-t-il rappelé, indiquant que le discours royal du 20 août 2008 a été déterminant à son adoption. Malgré les amendements, la loi reste selon lui en décalage avec les évolutions actuelles. «Le commerce en ligne évolue rapidement et le cadre juridique doit s’adapter constamment», a affirmé Bouazza Kherrati, mettant en avant le projet de code numérique marocain proposé dès 2013 en partenariat avec le département de tutelle. Un dispositif qu’il juge «d’une grande utilité» pour accompagner les mutations des marchés impliqués et de faire progresser la protection des consommateurs.

Par La Rédaction
Le 01/02/2026 à 19h23