Moins d’une semaine après le début du mois de jeûne, la question centrale n’est plus celle de la disponibilité des produits, mais bien celle de leur accessibilité réelle pour les ménages.
Le Ramadan 2026 intervient dans un contexte plus favorable que celui des années 2022-2023, marquées par des taux d’inflation supérieurs à 6%. En 2025, la moyenne annuelle est restée inférieure à 1%, traduisant une stabilisation des prix à l’échelle nationale.
La révision de l’impôt sur le revenu, la montée en puissance des aides sociales et le reflux de l’inflation ont contribué à une amélioration relative du pouvoir d’achat. Les récentes pluies ont, par ailleurs, ravivé un climat de confiance autour de la campagne agricole. Toutefois, cette embellie macroéconomique ne se répercute pas de manière uniforme sur le panier du Ramadan. Pour de nombreux ménages, en particulier les plus modestes, le budget alimentaire demeure sous pression.
Lire aussi : Le HCP anticipe 5% de croissance en 2026, portée par l’agriculture et la demande intérieure
Selon la note d’information relative à l’IPC (Indice des prix à la consommation) réalisé par le Haut-Commissariat au Plan (HCP) de janvier 2026, l’indice global est passé de 118,7 en décembre 2025 à 119,0 en janvier, soit +0,3% sur un mois .
Cette progression est entièrement imputable aux produits alimentaires soit plus 0,8%, alors que les produits non alimentaires reculent de 0,1%. En glissement annuel, l’indice général diminue de 0,8%, avec un recul de 2,1% des produits alimentaires. L’inflation sous-jacente est stable sur un mois et en baisse de 1,2% sur un an.
Ces chiffres ont été publiés avant le début du Ramadan. Ils constituent donc le socle statistique à partir duquel s’observe aujourd’hui l’évolution des prix.
Le détail des variations mensuelles éclaire la dynamique actuelle: entre décembre et janvier, les prix des poissons et fruits de mer ont progressé de 10,4%, ceux des légumes de 2,7%, des fruits de 0,7% et des viandes de 0,4%. Or, ce sont précisément ces produits qui dominent les achats des premiers jours du Ramadan. Ainsi, même en l’absence d’une inflation généralisée, une hausse ciblée sur ces catégories pèse directement sur le budget quotidien des ménages.
Lire aussi : HCP: le taux d’inflation ramené à 1,3% à fin juillet
À l’inverse, les huiles et graisses ont reculé de 3,1% et les carburants de 5,9%, limitant la progression de l’indice global mais sans compenser l’impact sur le panier alimentaire spécifique au mois sacré.
Le HCP relève par ailleurs une tendance à l’endettement accru des ménages, notamment pour financer la consommation. Ramadan concentre des dépenses importantes sur une période courte, ce qui peut conduire certains foyers à recourir à des avances ou à des crédits.
Les réseaux sociaux amplifient également certaines habitudes, favorisant des tables plus abondantes et des achats anticipés en grande quantité. Cette intensification de la demande peut contribuer à soutenir des hausses ponctuelles. Face à cette situation, les autorités ont assuré que l’approvisionnement des marchés est garanti. Une réunion de coordination s’est tenue au ministère de l’Intérieur afin de renforcer les contrôles, l’affichage des prix et la lutte contre les pratiques spéculatives.
Cependant, la problématique demeure celle des marges excessives, de la multiplication des intermédiaires et du manque de traçabilité dans certaines filières, qui peuvent amplifier les hausses en période de forte demande.
Lire aussi : À l’heure du Ftour: la recette du «kebab meghdour»
Les hausses mensuelles les plus marquées en janvier ont été enregistrées à Beni Mellal (+1,5%), Settat et Al Hoceima (+0,7%), Guelmim et Safi (+0,6%), Marrakech (+0,5%) et Casablanca (+0,3%). À l’inverse, Dakhla (-0,3%) et Tanger (-0,2%) ont connu des baisses, selon les données publiées par le HCP en janvier 2026.
Ces écarts rappellent que le pouvoir d’achat durant le Ramadan dépend aussi de la réalité locale des marchés.
Quelques jours après le début du Ramadan 2026, la situation économique apparaît globalement stabilisée à l’échelle nationale, mais demeure socialement contrastée. Les produits sont disponibles et l’inflation annuelle reste contenue. Toutefois, les hausses ciblées sur les produits frais rappellent que le pouvoir d’achat se mesure avant tout à l’aune du panier quotidien.








