Pourquoi les réserves de change ont bondi de 18% en 2025

Des billets de différentes devises. (Photo d'illustration). DR

Record à la Banque centrale. En 2025, les réserves de change du Maroc ont grimpé à 443,27 milliards de dirhams (+18%). Portée par l’envolée des recettes touristiques et la reprise des investissements directs étrangers IDE, cette performance renforce la position extérieure du Royaume, tandis que les exportations et les transferts des MRE continuent d’alimenter, plus modestement, l’afflux de devises.

Le 05/02/2026 à 15h12

Les réserves de change du Maroc ont atteint un niveau historique en 2025, culminant à 443,27 milliards de dirhams (MMDH), en hausse de 18% sur un an, selon les données de Bank Al-Maghrib. Ce montant, équivalent à plus de 48 milliards de dollars, traduit un renforcement significatif de la position extérieure du Royaume et consolide ses marges de manœuvre macroéconomiques.

Cette progression remarquable s’explique en premier lieu par la forte dynamique des recettes touristiques, mais aussi par la reprise soutenue des investissements directs étrangers (IDE). À ces facteurs majeurs s’ajoutent la contribution des exportations de biens et les transferts des Marocains résidant à l’étranger (MRE), dont la progression, bien que plus modérée, demeure significative.

À fin 2025, les recettes voyages ont ainsi enregistré un bond de 20,6%, atteignant 138,1 MMDH, contre 114,47 MMDH une année auparavant, selon les derniers indicateurs mensuels de l’Office des changes.

Cette performance est directement liée à l’augmentation du nombre de touristes ayant visité le Royaume. En 2025, le Maroc a accueilli un record de 19,8 millions de visiteurs, en hausse de 14% sur un an, d’après les données de la Direction des études et des prévisions financières (DEPF).

Une dynamique touristique durable

Comparées à la période d’avant-crise, ces performances confirment un raffermissement durable de l’activité touristique. Par rapport à fin 2019, les arrivées touristiques ont progressé de 53%, attestant d’un dépassement structurel des niveaux prépandémiques.

La forte dynamique observée en 2025 s’inscrit dans le prolongement des résultats déjà enregistrés en 2024. Cette année-là, les recettes touristiques avaient atteint un niveau record de 112 MMDH, en hausse de 43% par rapport à 2019 et de 7% par rapport à 2023.

La croissance des arrivées en 2025 a été essentiellement tirée par les principaux marchés émetteurs européens. Les flux touristiques en provenance de la France ont progressé de 11%, ceux d’Espagne de 12% et du Royaume-Uni de 18%.

Les arrivées en provenance de la Belgique ont augmenté de 10%, tandis que le marché italien s’est distingué par une progression notable de 21%. Les Pays-Bas et l’Allemagne ont également enregistré des hausses respectives de 15% et 11%, confirmant la solidité de la demande européenne.

Parallèlement à la hausse des arrivées, les nuitées touristiques ont également évolué favorablement. À fin novembre 2025, les établissements d’hébergement classés ont totalisé 39,8 millions de nuitées, en progression de 9% à l’échelle nationale. Cette évolution est portée aussi bien par les nuitées des non-résidents, en hausse de 11%, que par celles des résidents, qui ont progressé de 4%.

Les perspectives demeurent favorables pour les prochaines années. Selon les projections de Bank Al-Maghrib, les recettes voyages devraient poursuivre leur trajectoire haussière pour atteindre près de 155 MMDH à l’horizon 2027.

En parallèle, les recettes issues des investissements directs étrangers ont également fortement contribué à l’amélioration des avoirs extérieurs. À fin décembre 2025, elles ont bondi de 28% pour atteindre 56,05 milliards de dirhams, contre 43,8 milliards un an plus tôt.

Cette performance prolonge la reprise amorcée en 2024, année au cours de laquelle les IDE avaient déjà progressé de 24,7%, dépassant 43 MMDH.

Selon les données de l’Office des changes portant sur les neuf premiers mois de 2025, les flux d’IDE restent dominés par les partenaires économiques traditionnels, même si des mouvements notables sont observés dans le classement des principaux investisseurs.

La France conserve sa position de premier investisseur étranger au Maroc, avec des flux atteignant 13,62 MMDH, confirmant son rôle historique dans le financement de l’économie nationale.

Les Émirats arabes unis (EAU) se hissent à la deuxième place avec 5,49 MMDH, consolidant leur statut de partenaire stratégique du Royaume au cours des dernières années. Les Pays-Bas enregistrent une performance remarquable, accédant au troisième rang avec 3,17 MMDH.

L’Espagne et l’Allemagne suivent avec respectivement 3,06 MMDH et 2,72 MMDH de dirhams, occupant les quatrième et cinquième positions et illustrant l’ancrage européen des flux d’investissement.

La Grande-Bretagne se classe sixième avec 2,19 MMDH, devant les États-Unis (1,87 MMDH), qui affichent un certain recul par rapport aux exercices précédents. L’Italie et la Chine complètent le classement avec respectivement 1,44 MMDH et 1,23 MMDH, tandis que la Suisse intègre le top 10 avec 969 millions de dirhams, illustrant la diversification géographique des sources d’IDE.

Exportations et transferts des MRE

Les exportations de biens ont également contribué à l’amélioration des réserves de change, malgré une croissance plus modérée de 2,8%, soit une hausse de 12,73 MMDH, pour atteindre 469,07 MMDH.

Cette progression est portée notamment par les phosphates et dérivés (+14,6%) et le secteur aéronautique (+10%), ainsi que par l’agriculture et la sylviculture (+3,6%). En revanche, les secteurs de l’automobile (-2%), du textile et cuir (-4,5%) et de l’électronique (-8,8%) ont enregistré des replis.

Selon les projections de Bank Al-Maghrib, les exportations devraient rebondir de 8,4% en 2026 et de 7,9% en 2027, portées notamment par la reprise attendue des exportations automobiles. Après une contraction en 2025, celles-ci progresseraient à un rythme annuel d’environ 17% pour atteindre 208 MMDH en 2027.

Les transferts des Marocains résidant à l’étranger demeurent également un pilier important des recettes en devises. En 2025, ils ont progressé de 2,6%, soit +3,04 MMDH, pour s’établir à 122,02 MMDH.

Dans ce contexte, le déficit du compte courant est resté contenu à 1,8% du PIB en 2025 et devrait demeurer en deçà de 2% au cours des deux années suivantes, selon les projections de Bank Al-Maghrib.

Cette trajectoire favorable devrait soutenir la poursuite du raffermissement des réserves de change. Selon la Banque centrale, les avoirs officiels de réserve continueraient de s’améliorer graduellement pour atteindre 448 MMDH à fin 2027.

Ce niveau assurerait une couverture d’environ cinq mois et demi d’importations de biens et services, renforçant la résilience extérieure de l’économie marocaine et consolidant la stabilité macroéconomique à moyen terme.

Par Lahcen Oudoud
Le 05/02/2026 à 15h12