Post-inondations: comment les exploitations du Gharb et du Loukkos tentent de rebondir

Un champ submergé par les eaux de crue dans la région de Sidi Slimane, le 13 février.. AFP or licensors

Les crues qui ont touché les plaines du Gharb et du Loukkos ont perturbé une partie du calendrier agricole. Pas moins de 100.000 hectares ont été submergés. Maraîchage de printemps, cultures intercalaires ou fourragères... Plusieurs pistes sont désormais envisagées pour amortir le choc économique subi par les producteurs.

Le 14/03/2026 à 14h00

Dans le Gharb et le Loukkos, où 100.000 hectares ont été submergés, la décrue n’a pas marqué la fin des difficultés. Les parcelles devaient être inspectées, les cultures évaluées et les décisions prises rapidement. Aujourd’hui, certaines exploitations peuvent maintenir leurs productions, d’autres doivent revoir entièrement leur calendrier. Dans plusieurs zones, l’excès d’eau a perturbé les cultures en place et retardé les opérations agricoles. Les producteurs cherchent désormais à tirer parti de la période qui s’ouvre entre le printemps et l’automne.

Certaines exploitations se tournent vers des cultures de rattrapage, semées après la perte d’une culture principale. Elles peuvent prendre la forme de cultures maraîchères de printemps, de fourrages ou de légumineuses, l’objectif étant de générer un revenu avant la prochaine campagne agricole, comme nous l’explique Kamal Aberkani, professeur à la Faculté pluridisciplinaire de Nador et expert en ingénierie agronomique.

Rien que dans le Loukkos, les estimations font état d’une superficie agricole touchée d’environ 20.000 hectares. Les dégâts concernent plusieurs types de cultures réparties dans les périmètres irrigués et les exploitations environnantes. Environ 3.500 hectares de céréales ont été affectés par les crues. Les cultures fourragères enregistrent également près de 3.500 hectares endommagés.

Les cultures industrielles figurent aussi parmi les productions touchées. Environ 2.000 hectares de betterave à sucre ont subi des dégâts dans plusieurs exploitations. La canne à sucre représente près de 1.300 hectares affectés par les inondations. 350 hectares de cultures maraîchères ont été touchés par l’excès d’eau. Les vergers fruitiers enregistrent près de 850 hectares impactés.

Les pertes concernent également les terres en jachère. Environ 3.800 hectares de surfaces agricoles non cultivées ont été submergés lors des crues. Les inondations ont aussi touché l’élevage. Des pertes ont été enregistrées dans certains cheptels. Les apiculteurs ont également été affectés avec plus de 2.500 ruches endommagées.

(S.Kadry/Le360)

Face à l’ampleur des dégâts, un programme de relance agricole a été préparé pour les zones touchées. Ce dispositif vise principalement les cultures de printemps capables d’être implantées rapidement. On prévoit environ 2.500 hectares de cultures oléagineuses dans ce programme. Les cultures fourragères devraient couvrir près de 3.500 hectares supplémentaires. Les légumineuses pourraient représenter environ 4.500 hectares dans les prochains mois.

Les cultures maraîchères figurent également parmi les productions envisagées. Environ 600 hectares pourraient être consacrés à ces cultures dans les zones concernées.

Dans les exploitations agricoles, la stratégie de relance dépend largement du type de culture concerné. Certaines productions offrent davantage de flexibilité dans leur calendrier. D’autres cultures reposent sur des cycles longs qui limitent les possibilités de remplacement. L’état des sols après les crues pèse aussi dans ces choix. Les exploitants doivent donc analyser chaque parcelle avant d’engager de nouvelles plantations.

Des stratégies différentes selon les cultures

Selon Kamal Aberkani, professeur à la Faculté pluridisciplinaire de Nador et expert en ingénierie agronomique, la mise en place de cultures de rattrapage doit être étudiée au cas par cas. Plusieurs paramètres techniques entrent en jeu. L’état des cultures existantes constitue le premier élément d’analyse. Les conditions du sol et la disponibilité de l’eau restent également déterminantes.

Dans la plaine du Gharb, les vergers d’agrumes représentent une part importante de l’activité agricole. Ces plantations offrent parfois une certaine souplesse après un épisode climatique. Les agriculteurs peuvent introduire des cultures intercalaires entre les rangées d’arbres. Le melon ou la pastèque figurent parmi les cultures envisagées. Ces productions peuvent être implantées lorsque les conditions agronomiques le permettent, souligne notre interlocuteur.

La récolte des agrumes peut se prolonger jusqu’au début du printemps. Certaines variétés sont récoltées jusqu’aux mois de mars ou d’avril. Lorsque les arbres n’ont pas subi de dégâts importants, la production peut se poursuivre normalement. «Les cultures intercalaires viennent alors compléter l’activité agricole. Elles offrent un revenu supplémentaire dans une période incertaine», fait observer l’expert en ingénierie agronomique.

Quid de la betterave à sucre? «Pour la betterave à sucre, si la culture est endommagée, la récolte est généralement perdue», signale Kamal Aberkani. Les agriculteurs disposent toutefois d’une marge de manœuvre dans leur calendrier agricole. «Les agriculteurs entrent généralement en production à partir du mois d’octobre», rappelle-t-il. La période qui s’étend de mars à octobre peut être utilisée pour d’autres cultures. Cette fenêtre permet d’envisager des productions de substitution.

Plusieurs cultures maraîchères peuvent être implantées dans ces parcelles. Le melon, la pastèque ou les courgettes figurent encore parmi les options possibles. Les pommes de terre ou les oignons peuvent également être cultivés dans certaines exploitations. «Ces cultures présentent des cycles relativement courts. Elles peuvent générer un revenu avant la prochaine campagne sucrière», note le professeur à la Faculté pluridisciplinaire de Nador.

Qu’en est-il des fruits rouges?

Dans la région du Loukkos, les fruits rouges occupent une place importante dans l’économie agricole. Les fraises, les framboises et les myrtilles sont largement présentes dans les exploitations. «Ces cultures nécessitent des investissements importants et des installations spécifiques. Leur remplacement immédiat reste souvent difficile après un sinistre. Les producteurs doivent parfois attendre plusieurs saisons pour retrouver une production normale», relève notre interlocuteur.

«La fraise est une culture plurannuelle», fait observer Kamal Aberkani. Elle peut rester productive pendant deux ou trois ans sur les mêmes parcelles. Lorsque les plantations sont endommagées, la replantation demande du temps. Les exploitants peuvent toutefois envisager certaines adaptations. Le choix de variétés plus tardives peut parfois être envisagé.

La situation est plus complexe pour la myrtille et la framboise. Ces cultures reposent sur des arbustes qui nécessitent du temps pour entrer en production. «Il faut parfois attendre un ou deux ans avant d’obtenir une production», explique l’agronome. La replantation représente donc un investissement à moyen terme. Les exploitants doivent évaluer les risques avant de relancer ces plantations.

L’état des sols reste déterminant

Le redémarrage des cultures dépend fortement de l’état des sols après les inondations. Les plaines du Loukkos et du Gharb présentent des caractéristiques pédologiques différentes. Certaines zones possèdent des sols sableux qui se drainent rapidement. D’autres secteurs présentent des sols plus argileux qui retiennent l’eau plus longtemps. Ces différences influencent la reprise des travaux agricoles.

Dans les zones sableuses, l’eau s’évacue rapidement après les pluies. Ailleurs, les sols plus argileux retiennent l’humidité. Avant d’implanter de nouvelles cultures, les producteurs doivent analyser le profil du sol. Les agronomes recommandent souvent d’observer la structure du sol jusqu’à 40 à 60 centimètres. Cette analyse permet d’identifier les zones encore saturées d’eau et d’éviter certains risques agronomiques. L’objectif consiste à limiter les maladies et les problèmes racinaires.

Les choix de replantation dépendent aussi du marché. Certaines cultures résistent bien aux conditions climatiques, mais restent peu rentables si les prix chutent. «Il faut se demander si la culture pourra être vendue facilement», précise Kamal Aberkani. Les exploitants doivent également vérifier si les prix permettront de couvrir les coûts de production. Le choix des variétés peut aussi influencer la rentabilité. Certaines variétés permettent de décaler la récolte dans le calendrier. Cette stratégie peut améliorer les conditions de commercialisation.

La rotation des cultures constitue également un paramètre important. Une culture de remplacement ne doit pas compromettre celle prévue pour la saison suivante. «Les producteurs doivent donc intégrer ces contraintes dans leur stratégie agricole afin de préserver la fertilité des sols et la productivité future des parcelles», conclut notre interlocuteur.

Par Hajar Kharroubi
Le 14/03/2026 à 14h00