Oxford Handbook of the Moroccan Economy: un ouvrage de référence décrypte les transformations du pays et les défis à venir

Un visuel représentant certains secteurs économiques. (Photo d'illustration).

Policy Center for the New South dévoile Oxford Handbook of the Moroccan Economy, un ouvrage de référence qui propose une lecture approfondie et nuancée de la transformation économique du Maroc depuis 1960. À travers une analyse rigoureuse mêlant performances macroéconomiques, mutations structurelles et défis persistants, ce manuel met en lumière les avancées du Royaume tout en soulignant les limites d’un modèle appelé à se réinventer autour de la productivité, de l’innovation et de la montée en gamme.

Le 09/04/2026 à 17h21

Policy Center for the New South lève le voile sur Oxford Handbook of the Moroccan Economy, un ouvrage qu’il qualifie de référence pour comprendre la transformation économique du Maroc. La présentation a lieu les 9 et 10 avril 2026, lors de cette conférence organisée au siège situé sur le Campus de l’Université Mohammed VI (UM6P) à Rabat, avec des focus sur les dffiérents chapitres de l’ouvrage.

The Oxford Handbook of the Moroccan Economy, publié par les presses de l’Université d’Oxford, sous la direction de Karim El Aynaoui et Arkebe Oqubay, réunit 53 contributeurs et propose, à travers 34 chapitres, une analyse historique et de long terme de l’évolution de l’économie marocaine de 1960 à 2025.

Conçu comme un manuel de référence, il propose une base analytique structurée sur les faits stylisés, les tendances de long terme, les transformations sectorielles et les grands enjeux de politique publique qui façonnent la trajectoire économique du Maroc, indique Karim El Aynaoui, lors la conférence de lancement du livre.

Le manuel, mis à disposition en accès libre sur le site du Policy Center for the New South ainsi que sur celui d’Oxford University Press, vise ainsi, note-t-il, à renouveler le stock de connaissances disponibles sur l’économie marocaine et à en proposer une synthèse structurée, rigoureuse et accessible aux chercheurs, étudiants, décideurs publics et praticiens.

Il relève que le Maroc s’est profondément transformé au cours des dernières décennies. Entre 1971 et 2024, il a enregistré un taux de croissance annuel moyen du PIB de 4,13%, et une croissance annuelle moyenne du PIB par habitant de 2,33%. Sur cette même période, l’espérance de vie est passée de 47 ans en 1960 à 73 ans en 2025, tandis que l’écart d’espérance de vie entre zones rurales et urbaines a été réduit de 14 ans à 5 ans.

Capacité d’adaptation face aux chocs

The Oxford Handbook of the Moroccan Economy montre cependant que la trajectoire du Maroc ne peut être appréhendée à travers les seuls agrégats macroéconomiques ou les seuls progrès sociaux mesurés sur un plan quantitatif, selon les meneurs de cet ouvrage.

Cette trajectoire doit également être analysée, soulignent-ils, à l’aune des dynamiques de transformation structurelle, des évolutions de la productivité, de la diversification du tissu productif, de la qualité de l’emploi, des capacités technologiques et des institutions qui encadrent l’activité économique.

Le manuel indique qu’entre 2000 et 2025, le Maroc a renforcé son insertion dans l’économie mondiale, développé de nouveaux pôles industriels et consolidé son tissu exportateur, notamment grâce à des accords commerciaux stratégiques avec l’Union européenne et les États-Unis, ainsi qu’à une diplomatie économique active en Afrique.

Il met en évidence que cette ouverture a notamment favorisé l’attraction continue d’investissements directs étrangers et l’intégration du pays dans certaines chaînes de valeur mondiales, en particulier dans l’automobile et l’aéronautique.

Il constate que la transformation marocaine s’est appuyée sur la combinaison d’un cadre macroéconomique relativement stable, d’investissements massifs dans les infrastructures, d’une amélioration de l’environnement réglementaire, de la montée en puissance graduelle d’agences de régulation autonomes, et d’une capacité croissante de coordination publique dans la conduite des politiques économiques.

Le Maroc a ainsi démontré, selon l’ouvrage, une capacité d’adaptation face à des chocs multiples, qu’il s’agisse de la crise financière de 2008, de la pandémie de Covid-19, de répondre aux demandes sociales, de la guerre en Ukraine, des sécheresses répétées ou du séisme d’Al Haouz.

Cependant, le manuel relève le caractère encore incomplet de cette transformation. «Si le Maroc a franchi une étape importante d’intégration internationale et de diversification productive, les gains de productivité demeurent insuffisants à l’échelle agrégée, la diffusion des effets d’entraînement vers l’ensemble du tissu économique reste partielle, et les retombées sur la dynamique de l’investissement privé domestique, l’innovation locale et la création d’emplois de qualité restent en deçà des attentes», est-il noté.

Oxford Handbook of the Moroccan Economy met à cet effet en évidence que le défi central pour l’économie marocaine n’est plus seulement celui de l’ouverture ou de la stabilisation macroéconomique, mais celui d’une nouvelle transformation, centrée sur la montée en gamme productive, le développement de spillovers domestiques plus intenses, le renforcement des capacités technologiques, l’investissement dans le capital humain et la recherche et une diffusion plus large du changement structurel au sein de l’économie.

Focus sur les grands enjeux économiques du Maroc

Dans ces différents chapitres, présentés lors de cette conférence, le manuel traite les grandes questions qui structurent aujourd’hui le débat économique sur le Maroc: transformation structurelle, productivité, industrialisation, politiques industrielles, recherche et innovation, développement du secteur privé, intégration dans les chaînes de valeur mondiales, marché du travail, informalité, pauvreté, inégalités, éducation, santé, transition énergétique et développement régional.

Il en ressort notamment que l’industrialisation ne peut être réduite à des mesures tarifaires ou à des incitations ponctuelles. Elle repose sur la capacité à construire des écosystèmes productifs cohérents, à assurer la prévisibilité du cadre macroéconomique, à développer des infrastructures performantes, à former la main-d’œuvre et à mettre en place les multiples conditions institutionnelles qui rendent possibles des investissements compétitifs à l’échelle mondiale.

L’ouvrage insiste également sur le fait que le développement n’est ni linéaire ni réductible à une recette unique, mais qu’il relève d’un processus complexe, cumulatif et souvent expérimental, qui suppose apprentissage, ajustement des politiques, capacité de correction et cohérence dans le temps. À cet égard, le cas marocain est analysé non comme un modèle à copier, mais comme une expérience de développement à étudier de manière rigoureuse, dans sa spécificité historique et institutionnelle.

Les meneurs de cet ouvrage soulignent qu’il se distingue ainsi par son approche: il ne s’agit ni d’un exercice de célébration, ni d’un plaidoyer normatif. Il propose, selon eux, une lecture équilibrée, critique et fondée sur des preuves, attentive à la fois aux avancées enregistrées, aux contraintes persistantes et aux arbitrages qui pèsent sur les trajectoires de développement.

«Destiné aux universitaires, chercheurs, décideurs publics, acteurs du secteur privé et étudiants, ce manuel constitue une référence pour comprendre l’économie marocaine dans sa profondeur historique, sa complexité sectorielle et ses enjeux contemporains. Il a vocation à nourrir l’enseignement, la recherche et le débat public à partir d’une base empirique solide, structurée et accessible», notent-ils.

Par Lahcen Oudoud
Le 09/04/2026 à 17h21