La pression monte d’un cran. Réunie en Conseil national extraordinaire, la Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc (CSPM) a officiellement durci sa position face aux recommandations du Conseil de la concurrence publiées le 16 mars. L’organisation estime en effet que ces propositions ne relèvent pas d’un simple diagnostic technique, mais traduisent une inflexion profonde du modèle de régulation du secteur.
Le rapport du Conseil de la concurrence s’inscrit dans une réforme plus large du système de distribution du médicament. Il propose une série de mesures visant à rendre le secteur «plus équitable, plus fluide et plus durable», dans un contexte marqué par la fragilité économique de l’ensemble de la chaîne, des industriels aux officines.
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Parmi les pistes avancées figurent la modernisation du cadre réglementaire, la révision du système de fixation des prix, ou encore l’introduction de modes de rémunération hybrides. Le Conseil évoque également une restructuration progressive du réseau officinal afin d’améliorer sa rentabilité, tout en appelant à préserver l’indépendance des pharmaciens
Une lecture radicalement opposée des pharmaciens
C’est précisément cette perspective de transformation qui cristallise les tensions. Pour la CSPM, les recommandations ouvrent la voie à «une privatisation déguisée d’un secteur sensible», en introduisant progressivement des logiques de capital dans un domaine étroitement lié à la santé publique.
L’organisation met en garde contre une mutation du rôle du pharmacien, qui pourrait devenir «un simple salarié, privé de son indépendance et de son pouvoir décisionnel». Elle alerte également sur le risque d’une domination accrue des logiques financières dans la chaîne de distribution du médicament.
De plus, les pharmaciens pointent des risques économiques significatifs. Ils redoutent l’émergence d’une concentration du marché et d’un «monopole déguisé», susceptible de fragiliser l’équilibre territorial et l’accès équitable aux médicaments. Les petites et moyennes officines apparaissent particulièrement exposées. La Confédération évoque un risque de faillites, de fermetures et de pertes d’emplois, dans un secteur déjà soumis à des contraintes de rentabilité.
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Autre point de vigilance: la transformation potentielle de l’officine pharmaceutique. Selon la CSPM, une telle évolution pourrait «déstabiliser en profondeur le système pharmaceutique», en faisant basculer l’officine d’un espace de soins vers un simple espace commercial, avec des répercussions directes sur la confiance des citoyens.
Enfin, la Confédération exprime un «rejet total et catégorique» de toute ouverture du capital des officines et annonce l’entrée dans un programme de mobilisation progressive. Un sit-in national est ainsi prévu le jeudi 9 avril devant le siège du Conseil de la concurrence à Rabat. L’organisation appelle à une mobilisation large de la profession, mais aussi à un soutien médiatique, en inscrivant cette action dans la défense de la sécurité médicamenteuse et du droit à un système de santé équitable. Elle va jusqu’à tenir le Conseil de la concurrence «pleinement responsable» des tensions professionnelles ou sociales susceptibles de découler du maintien de ces recommandations.








