OPCVM : vers une montée graduelle de 25 milliards de dirhams à horizon 2028

Le marché marocain des OPCVM se modernise en introduisant les premiers fonds indiciels cotés (ETF).

Fort de 785 milliards de dirhams d’actifs sous gestion à fin 2025, soit près de 51% du PIB, le marché marocain de la gestion collective aborde une nouvelle phase d’expansion. Porté par la promulgation de la loi 03-25, qui ouvre la voie aux premiers fonds indiciels cotés (ETF), le secteur table sur une progression additionnelle de l’ordre de 25 milliards de dirhams à l’horizon 2028. Un virage réglementaire qui aligne désormais le cadre juridique national sur les standards internationaux qui redessine les perspectives de profondeur du marché des capitaux.

Le 26/02/2026 à 14h18

La réforme de l’introduction des ETF au Maroc marque un tournant stratégique pour la Place casablancaise qui a introduit un instrument internationalement standardisé afin d’élargir la base d’investisseurs, qui va sans nul doute améliorer la liquidité boursière et renforcer l’efficience des prix, dans un contexte où la profondeur du marché demeure limitée au regard des standards internationaux.

La loi n°03-25 relative aux organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM) consacre, pour la première fois, l’existence des fonds indiciels cotés au Maroc. Le texte prévoit explicitement l’introduction d’ETF négociés en continu en Bourse, adossés à un indice de référence, avec publication d’une valeur liquidative indicative et obligation de désignation d’un teneur de marché.

Cette évolution réglementaire est analysée en détail dans la note «Flash Strategy – Les ETFs, vecteur de diversification de l’épargne collective» publiée par BMCE Capital Global Research. Le document souligne que l’introduction des ETF vise à «diversifier l’offre, attirer de nouveaux profils d’investisseurs et structurer davantage le marché marocain».

Au-delà de l’innovation produit, la réforme s’inscrit dans un mouvement plus large de modernisation du marché des capitaux engagé par l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) et le ministère de l’Économie et des Finances, visant à améliorer la gouvernance, la transparence et l’attractivité de la place financière. Les ETF ne s’implantent pas dans un vide institutionnel. Le secteur marocain des OPCVM affiche une croissance soutenue depuis trois décennies.

Selon les données de l’AMMC, rappelées dans la note précitée , les actifs sous gestion des OPCVM ont atteint 785 milliards de dirhams à fin décembre 2025, contre 100 milliards de dirhams en 2006. Rapporté au PIB, le taux de pénétration avoisine 51%, un niveau significatif à l’échelle régionale, mais encore éloigné des économies matures où ce ratio dépasse souvent 100%. Les OPCVM jouent par ailleurs un rôle central dans le financement de l’économie.

En 2025, leur contribution au financement obligataire atteint 88% pour les télécommunications, 80% pour l’eau et l’électricité, 69% pour le transport aérien, 47% pour les ports et 28% pour les infrastructures autoroutières et ferroviaires, selon les données AMMC reprises dans le rapport .

Une réponse à la faible profondeur du marché actions

La Bourse de Casablanca demeure caractérisée par une concentration élevée des volumes sur un nombre restreint de grandes capitalisations. L’introduction d’un ETF répliquant un indice tel que le MASI 20 pourrait mécaniquement renforcer les flux vers les titres composant le panier, à condition que les encours atteignent une masse critique.

L’expérience internationale montre que les ETF améliorent la qualité d’exécution, compressent les spreads et renforcent la liquidité secondaire lorsque le mécanisme de création/rachat fonctionne efficacement.

Un autre élément structurel joue en faveur du produit, notamment la montée en puissance des investisseurs particuliers. Si ceux-ci ne représentent encore que 8,2% des encours des OPCVM, leur part dans le volume drainé sur le marché actions est passée d’environ 10% en 2023 à près de 30% en 2025, selon les données citées dans le rapport. Cette dynamique traduit un regain d’intérêt pour la Bourse, susceptible de soutenir l’adoption d’instruments plus simples et transparents.

Selon les données d’ETFGI LLP ( cabinet de recherche et de conseil indépendant, basé à Londres), reprises dans la note, les encours mondiaux des ETF ont atteint 19.850 milliards de dollars à fin 2025, en hausse de 33,7% en 2024. Les États-Unis concentrent à eux seuls 13.460 milliards de dollars d’actifs, soit 68% du total mondial. L’Europe affiche environ 3.110 milliards de dollars d’encours.

Par Mouhamet Ndiongue
Le 26/02/2026 à 14h18