Maroc-Sénégal: un axe stratégique atlantique pour une prospérité partagée

Les drapeaux du Royaume du Maroc et de la République du Sénégal.

Revue de presseZakaria Fahim, analyste économique et président de Hub Africa, explique comment le Maroc et le Sénégal peuvent transformer leur partenariat en un corridor industriel et logistique intégré, fondé sur la co-industrialisation, la souveraineté alimentaire et l’énergie verte, pour bâtir ensemble une Afrique de l’Ouest prospère. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien L’Economiste.

Le 26/01/2026 à 20h42

Au-delà du terrain, une autre compétition, plus structurante encore, se joue aujourd’hui: celle de l’intégration économique maroco-sénégalaise. À la 15ᵉ session de la Grande Commission mixte, «l’heure n’est plus aux discours, mais à la consolidation d’un axe stratégique atlantique». Le Maroc et le Sénégal entretiennent depuis des décennies une relation qui dépasse le simple commerce. «Le Royaume s’est imposé comme premier investisseur africain au Sénégal», explique Zakaria Fahim, analyste économique et président de Hub Africa, dans une contribution publiée par le quotidien L’Economiste du 27 janvier.

Cet engagement structure un écosystème dominé par la banque, les télécoms, le BTP et l’immobilier. Les groupes marocains y financent, construisent et accompagnent la croissance, pendant que Dakar s’affirme comme une porte d’entrée naturelle vers l’Afrique de l’Ouest. En 2024, les échanges bilatéraux ont dépassé 370 millions de dollars, avec une logique encore asymétrique: le Maroc exporte davantage de produits manufacturés, le Sénégal des ressources halieutiques et agricoles. Ce déséquilibre n’est pas une faiblesse, mais «un appel à aller plus loin dans la co-industrialisation», écrit le quotidien.

Trois obstacles persistent selon Fahim: «d’abord, une logistique terrestre encore coûteuse, malgré le rôle vital du passage d’El Guerguerat. Ensuite, une asymétrie commerciale qui doit être corrigée par plus d’unités de transformation locales au Sénégal. Enfin, des normes et certifications qui manquent de reconnaissance mutuelle et ralentissent inutilement les échanges. Ces freins ne sont pas structurels. Ils sont politiques et techniques. Donc solubles».

La Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) entre enfin dans sa phase opérationnelle, relève l’expert dans L’Economiste. Pour le duo Maroc-Sénégal, elle ouvre la voie à «des chaînes de valeur intégrées : produire au Maroc, transformer au Sénégal, exporter sous label africain vers le reste du continent et au-delà». C’est là que se joue «la montée en gamme», lit-on dans l’Economiste.

La souveraineté alimentaire étant le premier combat économique africain, le Maroc, à travers son expertise phosphatière, et le Sénégal, avec son potentiel gazier et agricole, peuvent bâtir un partenariat industriel de long terme . Blending local, hubs logistiques à Dakhla, fertilisation adaptée aux sols sénégalais: les rendements peuvent augmenter de 30 à 50%, tout en réduisant la facture pour l’agriculteur.

«On parle souvent du Maroc comme d’un hub. C’est exact, mais incomplet», précise Fahim. Le Royaume est aujourd’hui un hub logistique (Tanger Med-Dakhla Atlantique), un hub aérien autour de Casablanca, un hub financier avec Casablanca Finance City, et un hub de savoir-faire en formation, finance et ingénierie. L’étape suivante est claire: «bâtir avec le Sénégal un hub miroir. Casablanca comme cerveau financier, Dakhla-Dakar comme moteur industriel. Un corridor atlantique intégré, au service de l’Afrique de l’Ouest».

«La CAN 2025 a montré que nos infrastructures tiennent la distance. L’économie doit suivre le rythme des supporters: mobilité des talents, fluidité des visas d’affaires, normes partagées, investissements croisés», souligne L’Economiste. «Le Maroc n’investit pas au Sénégal, il investit avec le Sénégal. Ensemble, les deux pays peuvent faire de l’Atlantique africain non plus une frontière, mais un espace de prospérité partagée. C’est une ambition réaliste, à condition de passer, dès maintenant, à l’action», précise Fahim.

Le port Dakhla Atlantique, en phase avancée de réalisation, est pensé comme un accélérateur logistique majeur, capable de réduire drastiquement les délais entre Casablanca et Dakar. L’ouverture économique des provinces du Sud rebat les cartes : Dakhla et Laâyoune ne sont plus des périphéries, mais des plateformes avancées vers l’Afrique subsaharienne. Autour du port peuvent émerger des zones industrielles partagées, orientées vers l’agro-industrie, la pêche transformée et la logistique du froid. L’économie bleue et l’énergie verte complètent ce tableau. «Le Sénégal, nouveau producteur de gaz, et le Maroc, leader africain des énergies renouvelables, ont tout intérêt à bâtir « une souveraineté énergétique régionale fondée sur la complémentarité», conclut Fahim.

Par Le360
Le 26/01/2026 à 20h42