Location des bacs de stockage de la Samir: ce que dit la ministre, ce que révèlent les faits

À ce jour, une seule entreprise disposerait d’un accès effectif aux bacs de stockage de la raffinerie Samir à Mohammedia.

La question de l’exploitation des capacités de stockage de la Samir refait surface. En cause, des déclarations de la ministre de la Transition énergétique, Leila Benali, prononcées le 31 mars 2026, à l’occasion de sa première sortie médiatique depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient.

Le 03/04/2026 à 15h07

«La presse n’en parle pas beaucoup… Le ministère est parvenu ces trois dernières années à utiliser les capacités de stockage de la Samir. C’était parmi les mécanismes activés pour permettre aux opérateurs de stocker leurs produits énergétiques», a affirmé la ministre, allant jusqu’à se présenter comme «la première» à avoir autorisé la location des bacs de stockage aux opérateurs.

Interrogée sur l’impact de cette utilisation sur les réserves stratégiques, exprimées en jours de consommation, la responsable gouvernementale est restée évasive. Elle s’est limitée à indiquer que son département «a commencé à intégrer la capacité de stockage de la Samir dans ses données depuis 2023», précisant que «plusieurs entreprises» recourent à ces infrastructures, sans toutefois en préciser le nombre, l’identité ni les volumes concernés.

Une décision judiciaire remontant à 2020

Ces déclarations peinent toutefois à convaincre au regard des faits établis. Dès mai 2020, en pleine pandémie de Covid-19, marquée par un effondrement historique des cours du pétrole et une saturation des capacités de stockage à l’échelle mondiale, la justice marocaine avait autorisé la location des réservoirs de la Samir, à l’arrêt depuis 2015.

À l’époque, l’État, via l’Agence judiciaire du Royaume, avait obtenu du tribunal de commerce de Casablanca le feu vert pour exploiter temporairement ces infrastructures. L’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM), dirigé par Amina Benkhadra, avait été mandaté pour piloter les opérations de location, de fourniture et de stockage des produits pétroliers dans ce cadre.

Malgré cette base juridique claire, la mise en œuvre de cette décision a accusé un retard prolongé, suscitant de nombreuses interrogations. Interrogée à ce sujet par le passé, notamment lors d’une émission diffusée sur 2M fin juin 2022, Leila Benali avait renvoyé ses explications à «un temps opportun», sans plus de précisions.

Au-delà du manque de transparence régulièrement pointé dans ce dossier, les récentes déclarations de la ministre sont aujourd’hui frontalement contestées par des acteurs du secteur. Contrairement à l’affirmation selon laquelle «plusieurs entreprises» utiliseraient les capacités de stockage de la Samir, les éléments disponibles indiquent une réalité bien plus restreinte.

Comme nous le rapportions dans un précédent article, à ce jour, une seule entreprise disposerait d’un accès effectif aux bacs de stockage: BGI Petroleum (Benbrahim Group Investment), opérant sous la marque Yoom. Cette société exploiterait environ 80.000 m³, essentiellement pour l’approvisionnement de son réseau de stations-service en gasoil.

Ce volume reste marginal au regard des capacités totales de la Samir, estimées entre 1,8 et 2 millions de m³. Il représenterait à peine 4% du potentiel global.

Dans un communiqué publié le 31 mars, au lendemain de la sortie médiatique de la ministre, Houcine El Yamani, secrétaire général du Syndicat national du pétrole et du gaz et président du Front national pour la sauvegarde de la Samir, a vivement contesté les propos de Leila Benali.

«En réalité, un seul réservoir a été loué pour être exploité de manière effective et exclusive par un nouvel opérateur sur le marché des carburants. La capacité de ce réservoir est de 80.000 mètres cubes sur un total de 2 millions de mètres cubes, soit 4% de la capacité de stockage de la société Samir», souligne-t-il.

Dès lors, s’interroge-t-il, peut-on parler d’une véritable exploitation des capacités de la raffinerie, que ce soit en matière de stockage ou de raffinage, et de ses retombées potentielles sur la sécurité énergétique, les prix ou encore les équilibres du marché?

Au-delà du stockage, ces échanges ravivent le débat sur l’avenir du raffinage au Maroc. Sur ce point, Leila Benali reste constante dans sa position, déjà exprimée en 2022.

Sans s’y opposer frontalement, elle a invité à relativiser l’importance du raffinage, citant l’exemple de l’Inde: «Un pays qui dispose d’importantes capacités de raffinage mais ne produit pas de pétrole, et qui rencontre aujourd’hui des difficultés d’approvisionnement». Avant de rappeler que même avec une raffinerie, l’accès à un pétrole brut adapté reste indispensable.

Par Wadie El Mouden
Le 03/04/2026 à 15h07