Au 31 décembre 2025, pas moins de 382 176 familles ont bénéficié du programme national Villes sans bidonvilles. C’est ce que vient d’annoncer lundi à Rabat le secrétaire d’État chargé de l’Habitat, Adib Benbrahim. «Ce nombre, qui témoigne de l’ampleur d’un chantier initié il y a plus de vingt ans, traduit surtout la volonté du gouvernement de repenser profondément la manière dont il aborde la question du logement informel», souligne le quotidien L’Économiste dans son édition du jeudi 15 janvier.
Plus qu’une question de chiffres, c’est la méthode qui marque une rupture. Aujourd’hui, soixante-deux villes et centres urbains sont officiellement déclarés sans bidonvilles. L’exécutif explique ce résultat par une inflexion stratégique au cours du mandat actuel: le passage d’une politique de relogement à une politique de recasement. Il ne s’agit plus simplement de déplacer les populations vivant dans des conditions précaires, mais de les intégrer durablement dans le tissu urbain, en veillant à leur accès aux services, à l’emploi et aux réseaux de sociabilité. Cette approche, plus globale, vise à transformer le logement en levier d’inclusion sociale, plutôt qu’en simple opération technique de démolition et de reconstruction.
«Cette dynamique s’inscrit dans le cadre du programme quinquennal 2024-2028», précise L’Économiste. Parmi les premières mesures figure la mise à jour des données concernant 120 000 ménages répartis dans toutes les villes marocaines. Une opération considérée par les autorités comme essentielle pour toute planification réaliste, alors que les villes connaissent des transformations rapides et complexes. Le gouvernement insiste également sur le rôle du secteur privé et des promoteurs immobiliers dans ce processus. L’objectif est de produire des logements à moins de 300 000 dirhams, avec une contribution financière des bénéficiaires pouvant descendre jusqu’à 100 000 dirhams dans certains cas, le reste étant pris en charge par des dispositifs publics de soutien.
Le calendrier est ambitieux. Selon Adib Benbrahim, le programme devrait s’achever entre fin 2027 et début 2028. Des mécanismes de suivi seront mis en place pour éviter la reconstitution de bidonvilles, reconnaissant ainsi que la seule suppression physique des habitats précaires ne garantit pas une solution durable. Si les chiffres et les échéances sont clairs, l’enjeu reste désormais de mesurer, sur le long terme, l’efficacité du recasement et sa capacité à transformer la politique de résorption de l’habitat insalubre en véritable politique d’intégration urbaine.
«L’intervention du secrétaire d’État ne s’est pas limitée au programme Villes sans bidonvilles. Elle a également dressé un panorama préoccupant du marché immobilier, où les prix et les loyers continuent de grimper», écrit L’Économiste. Selon lui, cette situation résulte avant tout d’un déséquilibre persistant entre une forte demande et une offre insuffisante, surtout dans les grandes agglomérations où se concentrent emplois et services. À cette pression structurelle s’ajoutent des facteurs aggravants : la spéculation immobilière, les acquisitions à des fins d’investissement locatif ou de revente, et l’essor de la location temporaire via des plateformes spécialisées, qui retire une partie du parc résidentiel du marché classique et fait grimper les loyers.
Face à cette tension, le gouvernement étudie une nouvelle formule de location résidentielle. L’idée est de proposer des loyers inférieurs d’environ 20% aux prix du marché, avec la possibilité de transformer une partie des loyers versés en acomptes pour l’achat futur du logement. Les premiers résultats de cette initiative devraient être présentés en mars, laissant entrevoir un possible soulagement pour les ménages les plus exposés à la flambée des loyers.






