Réunis mardi 27 janvier à Casablanca à l’occasion du Forum économique Maroc-Sénégal, responsables politiques et acteurs économiques des deux pays ont affiché leur ambition de faire du partenariat maroco-sénégalais un modèle africain de coopération. «Ce dernier est fondé non seulement sur l’investissement, mais aussi sur la coproduction, la complémentarité des chaînes de valeur et une vision partagée du développement du continent », indique le magazine Finances News.
Dès l’ouverture des travaux, le Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko, a rappelé la profondeur historique, spirituelle et humaine des liens entre Rabat et Dakar, qu’il considère arrivés à un tournant. Selon lui, le Sénégal et le Maroc doivent conquérir ensemble les marchés ouest-africains, maghrébins et internationaux, en créant des joint-ventures capables de mutualiser capital, savoir-faire et accès aux marchés. Le chef du gouvernement plaide pour un changement de paradigme. «Nous ne voulons pas seulement acheter, nous voulons produire ensemble, exporter ensemble et consommer ensemble», souligne-t-il.
Cette orientation s’inscrit dans la nouvelle donne économique sénégalaise, marquée par l’entrée prochaine du pays dans le cercle des producteurs de pétrole et de gaz, ce qui devrait garantir une énergie plus abondante et moins coûteuse, condition essentielle à l’industrialisation et à l’attractivité des investissements. Le message adressé au patronat marocain est clair: il s’agit désormais de s’engager dans des partenariats stratégiques de long terme plutôt que dans des implantations isolées.
Les investissements marocains au Sénégal dépassent aujourd’hui 560 millions de dollars, couvrant des secteurs structurants comme les banques, les assurances, le BTP, la pharmacie, l’agro-industrie ou l’immobilier. «Ces investissements s’inscrivent dans la stratégie africaine du Royaume, notamment à travers l’initiative de l’Afrique atlantique, qui vise à structurer des corridors économiques Sud-Sud reliant l’Afrique de l’Ouest, le Maghreb et, à terme, les marchés internationaux. Cette approche rejoint les grands projets d’intégration continentale, à commencer par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf)», écrit Finances News.
La CGEM a renforcé cette lecture stratégique en insistant sur le sens et les perspectives concrètes du Forum, rappelant la proximité exceptionnelle entre les deux pays et la maturité d’un partenariat déjà générateur de valeur et d’emplois, illustrée par plus de 4 milliards de dirhams d’exportations marocaines vers le Sénégal en 2024 et une progression notable des importations sénégalaises. Pour la CGEM, l’enjeu est désormais de passer à une nouvelle étape avec des projets communs à forte valeur ajoutée, tirant parti des complémentarités industrielles et énergétiques des deux économies. Le renforcement de la coopération énergétique, notamment via le Gazoduc Afrique Atlantique Nigeria-Maroc, est cité comme un levier structurant, ouvrant de nouvelles perspectives d’intégration régionale et de souveraineté économique.
Cette dynamique économique s’accompagne d’un cadre politique et institutionnel clair. Depuis l’arrivée du Premier ministre sénégalais à Rabat, une nouvelle étape du partenariat stratégique a été actée à l’occasion de la 15e session de la Grande Commission mixte de coopération Maroc-Sénégal. Les deux pays ont réaffirmé leur volonté de maintenir un dialogue régulier, de coordonner leurs positions sur les questions régionales et internationales et d’assurer un suivi rigoureux des engagements bilatéraux. Ils ont également souligné le rôle moteur des secteurs privés dans la consolidation des échanges et appelé à une mobilisation accrue des opérateurs économiques autour de projets conjoints à forte valeur ajoutée.







