Le marché obligataire transforme le financement des entreprises

Marché obligataire.. DR

Revue de presseEn moins d’un an, les entreprises et banques marocaines ont levé plus de 40 milliards de dirhams sur le marché obligataire, dopées par des placements privés rapides et flexibles. Cette dynamique inédite marque un tournant historique, avec la dette qui supplante largement le crédit bancaire traditionnel et l’equity dans le financement de l’économie. Cet article est une revue de presse tirée de Finances News Hebdo.

Le 15/01/2026 à 19h10

L’année 2025 marque un tournant inédit dans le financement des entreprises marocaines. En l’espace de quelques semaines seulement, plus de 6,6 milliards de dirhams ont été levés sur le marché obligataire par des sociétés et des banques, hors opérations de titrisation. Cette dynamique traduit un basculement profond vers des modes de financement désintermédiés, au moment où les acteurs économiques cherchent à diversifier leurs sources de capitaux, écrit le magazine Finances News Hebdo dans une analyse dédiée.

Des entreprises telles que Phosboucraa, Akdital, CIH Bank, RCI Finance Maroc, CMGP Group, Alliances ou encore les Eaux Minérales d’Oulmès ont eu recours au marché obligataire pour soutenir leur croissance organique ou financer des acquisitions. Selon les données consolidées de l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC), les émissions obligataires cumulées atteignent 40,3 milliards de dirhams à fin novembre 2025, contre 12,48 milliards sur la même période en 2024, soit une progression de plus de 220%.

Ce qui frappe particulièrement, c’est l’importance croissante des placements privés. Ces opérations représentent à elles seules 31,7 milliards de dirhams, soit plus des trois quarts du marché. Entre mai et fin octobre, l’AMMC a validé plus de vingt émissions réalisées exclusivement par placement privé, totalisant plus de 21 milliards de dirhams. Les secteurs concernés sont extrêmement diversifiés, allant des infrastructures publiques aux télécommunications, de la distribution à l’industrie, en passant par la finance, l’immobilier et la santé. Maroc Telecom, Autoroutes du Maroc, ONEE, ONDA, Label’Vie, Jet Contractors, Auto Nejma ou Akdital figurent parmi les acteurs qui ont utilisé ce canal pour lever des fonds.

Les établissements financiers eux-mêmes, comme CDG Capital, CIH Bank, Crédit Agricole du Maroc ou BCP, ont massivement recours à ce type d’émissions, souvent sous forme de dettes subordonnées ou perpétuelles, assimilables à de quasi-fonds propres. La principale raison de ce basculement réside dans le coût avantageux et la flexibilité qu’offre le marché obligataire, explique Finances News Hebdo. Les données de Bank Al-Maghrib montrent que, malgré la baisse du taux directeur, les taux bancaires sont restés relativement rigides en 2025. Le taux moyen global avoisine 4,85% au troisième trimestre, avec des crédits à l’équipement autour de 4,5%, des crédits immobiliers dépassant 5% et des crédits de trésorerie proches de 4,7%. En comparaison, les entreprises peuvent aujourd’hui se financer sur le marché obligataire à des coûts souvent compris entre 4% et 4,5%, avec des maturités plus longues, moins de garanties et une souplesse contractuelle beaucoup plus grande. L’exemple de la BCP illustre parfaitement cette tendance: fin décembre, la banque a émis une dette subordonnée perpétuelle à 4,31%, indexée sur le taux des Bons du Trésor à 52 semaines majoré de 200 points de base. Concrètement, une grande banque marocaine parvient à se financer à un coût inférieur à celui auquel elle prête à de nombreuses entreprises.

La rapidité d’exécution constitue un autre avantage décisif. Un placement privé peut être structuré et finalisé en quelques semaines, évitant les lourdeurs des comités de crédit et des multiples garanties requises par le financement bancaire traditionnel. Les maturités, les taux et les structures peuvent être personnalisés selon les besoins des projets, qu’il s’agisse de dettes subordonnées, convertibles ou perpétuelles. Pour les groupes engagés dans des programmes industriels lourds ou des opérations de croissance externe, cette réactivité devient stratégique. Akdital, CMGP, Phosboucraa ou Alliances ont ainsi pu sécuriser rapidement des ressources longues, tout en préservant leurs lignes de crédit bancaires.

Cette évolution est également portée par un intérêt croissant des investisseurs institutionnels, souligne Finances News Hebdo. Caisses de retraite, compagnies d’assurances, OPCVM obligataires et banques recherchent des actifs offrant un rendement supérieur aux Bons du Trésor, dans un contexte de détente monétaire et de normalisation de l’inflation. La dette privée répond parfaitement à cette demande, en offrant des primes de risque attractives, une durée de placement intéressante et, dans de nombreux cas, des signatures reconnues et bien notées, ce qui en fait un actif de portage privilégié.

Au total, à fin novembre 2025, les financements levés sur le marché marocain atteignent 106,6 milliards de dirhams. La dette obligataire pèse pour 40,3 milliards, les titres de créance négociables pour 61,7 milliards, tandis que l’equity reste marginal, à moins de 5 milliards. La dette concentre désormais plus de 95% des flux financiers. Même le crédit à l’équipement continue de progresser, avec une hausse de 3,9% pour un encours de 141,7 milliards de dirhams. L’année 2025 semble donc avoir consacré une nouvelle ère dans le financement des entreprises, où les marchés de capitaux jouent un rôle central et ouvrent de nouvelles perspectives pour l’économie marocaine.

Par La Rédaction
Le 15/01/2026 à 19h10