Reçu par la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) à Casablanca, mercredi 18 février 2026, le patron de la Direction générale des impôts (DGI), Younes Idrissi Kaitouni, a dressé un bilan détaillé de cinq années de réforme fiscale. Devant les représentants du patronat, il a défendu une transformation «structurée, consolidée et traduite en résultats tangibles», inscrite dans la dynamique de modernisation économique impulsée au niveau national.
Le directeur des impôts a estimé que «2026 s’affirme comme un moment de confirmation d’un cap», marquant la validation des choix opérés en matière de réforme fiscale et de gouvernance des finances publiques.
Cinq ans après l’adoption de la loi-cadre relative à la réforme fiscale, l’architecture du nouveau système est «globalement arrêtée» et ses principes «concrètement déclinés dans les textes et dans les pratiques», a affirmé Younes Idrissi Kaitouni.
Les chiffres avancés traduisent l’ampleur de la trajectoire engagée. Les recettes fiscales ont atteint 291 milliards de dirhams (MMDH), enregistrant une progression de 74% entre 2021 et 2025. Leur poids dans le PIB est passé de 20,3% à 24,6% sur la même période.
Pour le patron de la DGI, ces agrégats dépassent la simple performance budgétaire. Ils témoignent de «l’engagement de toute la collectivité, y compris le tissu entrepreneurial national», rappelant que l’entreprise marocaine ne se limite pas à la création de valeur, mais participe activement à l’édification des politiques publiques.
Dans le détail, l’Impôt sur les sociétés (IS) est passé de 47,7 à 100,3 MMDH entre 2021 et 2025, soit une hausse de 110%, traduisant à la fois la vitalité de l’activité économique et l’instauration d’un cadre fiscal plus lisible et sécurisé, explique-t-il.
La TVA, avec 71 MMDH de recettes (+58%), reflète la modernisation des mécanismes de collecte et de déduction, tandis que l’Impôt sur le revenu (IR), à 70 MMDH (+47%), incarne, selon lui, «la solidarité contributive».
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Au-delà des montants collectés, le responsable insiste sur l’usage des ressources mobilisées. «La finalité de la réforme fiscale ne se mesure pas uniquement à l’aune des montants collectés», a-t-il souligné, mettant en avant les marges dégagées pour financer les grandes politiques publiques.
Entre 2021 et 2025, les recettes fiscales ont permis d’accroître la part du budget général de l’État de plus de 90 MMDH (+74%), renforçant la capacité d’intervention publique.
Les revalorisations salariales issues du dialogue social ont mobilisé près de 40 MMDH, soit une hausse de 28%, traduisant un engagement en faveur du pouvoir d’achat et de la stabilité sociale.
Les collectivités territoriales ont, pour leur part, bénéficié d’un renforcement de plus de 10 MMDH (+67%), consolidant leurs moyens d’action.
L’appui à la trésorerie des entreprises a également été significativement accru, de plus de 11 MMDH (+85%), confirmant, selon la DGI, la volonté d’accompagner le tissu productif.
Les remboursements et restitutions fiscaux illustrent ce changement d’échelle: d’une moyenne annuelle de 7,3 MMDH auparavant, ils atteignent depuis 2022 une moyenne de 21 MMDH, culminant à 25 MMDH en 2025. Dans le même temps, le déficit budgétaire a été contenu à 3,5% du PIB en 2025, en dessous de la prévision initiale de 3,8%.
Une réforme sans hausse de pression fiscale
Face aux interrogations sur la soutenabilité de cette progression, Younès Idrissi Kaitouni a tenu à clarifier: «Cette progression des recettes ne procède nullement d’un alourdissement de la pression fiscale», mais d’un élargissement de l’assiette, du rétablissement de l’équité et d’une lutte renforcée contre la fraude et l’évasion.
Il a défendu une fiscalité conçue comme «un levier stratégique de transformation», capable d’installer la confiance, d’offrir un cadre prévisible aux entreprises et de renforcer la crédibilité financière de l’État.
S’agissant de l’IS, la refonte progressive du barème a instauré des taux différenciés et graduels de 20% et 35%, alignés sur les bonnes pratiques internationales et tenant compte de la capacité contributive des entreprises.
La retenue à la source sur les revenus des actions et parts sociales a été réduite de 15% à 10%, tandis que le taux normal de la cotisation minimale a été ramené de 0,50% à 0,25%, avec une réduction spécifique à 0,15% pour les ventes de produits de base.
Les régimes dérogatoires ont été rationalisés afin de réorienter les avantages fiscaux vers l’investissement productif, et des mécanismes de neutralité ou de report d’imposition ont été mis en place pour faciliter les fusions, scissions et apports d’actifs.
Une mesure transitoire, prolongée jusqu’en 2030, prévoit par ailleurs un abattement de 70% sur la plus-value nette issue de la cession d’éléments d’actif immobilisé. L’instauration de la retenue à la source a également transformé les comportements déclaratifs, la contribution des personnes physiques relevant du résultat net réel (RNR) ayant progressé de 80% entre 2023 et 2025.
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La réforme de la TVA, qualifiée de «chantier structurant» par le patron du fisc, poursuit une triple finalité: économique, sociale et équitable. L’alignement progressif des taux vise à réduire le butoir et à assurer la neutralité de la taxe pour les entreprises.
Certaines exonérations sur des produits de base ou de large consommation ont été introduites pour soutenir le pouvoir d’achat des ménages.
Le remboursement des crédits de TVA gagne en fluidité. La meilleure maîtrise des délais répond désormais à un enjeu stratégique pour les entreprises investisseuses.
La taxation des services numériques et des prestations transfrontalières a été instaurée afin de garantir une concurrence plus équitable entre opérateurs nationaux et internationaux. En parallèle, la retenue à la source en matière de TVA a généré plus de 6,7 MMDH en 2025.
Concernant l’IR, la réforme vise à soutenir le pouvoir d’achat, dynamiser l’emploi et renforcer l’attractivité du marché du travail. Le réaménagement du barème progressif et l’allègement ciblé de la fiscalité salariale et des retraites participent de cette logique.
Les régimes de la Contribution professionnelle unique (CPU) et de l’auto-entrepreneur ont été améliorés pour favoriser l’intégration du secteur informel et promouvoir une concurrence plus loyale.
Une administration en transformation
Pour le patron de la DGI, «la qualité d’un système fiscal ne s’appréhende pas uniquement à travers la pertinence de ses lois, mais se mesure à l’efficacité de son administration».
La vision stratégique 2024-2028 de la DGI ambitionne de bâtir une administration moderne, agile et orientée vers le service. Elle repose sur six leviers structurants: pilotage global de la transformation, registre national intégré des contribuables, profils de conformité, expérience usager globale, modes alternatifs de règlement des différends et développement du capital humain.
L’objectif est de fiabiliser les données, d’améliorer le ciblage des contrôles, de réduire les coûts de conformité et de renforcer la sécurité juridique.
La mise en place de mécanismes alternatifs de règlement des différends fiscaux vise à privilégier la résolution amiable et à maîtriser le risque contentieux.
Pensés comme une «chaîne de valeur» de la transformation, ces axes doivent, selon Younès Idrissi Kaitouni, consolider la confiance entre l’administration et les contribuables.






