Invetissements massifs et nouvelles ambitions: la CDG redéfinit ses priorités

Khalid Safir, directeur général de la CDG, à Rabat le 12 juillet 2024. (Y.Mannan/Le360).

Khalid Safir, directeur général de la CDG, à Rabat le 12 juillet 2024. (Y.Mannan/Le360).

Revue de presseAprès avoir réorganisé ses activités financières, immobilières et touristiques, la Caisse de dépôt et de gestion (CDG) mobilise ses moyens pour soutenir les grands chantiers de l’État. Khalid Safir, directeur général, détaille le plan CAP2030, qui prévoit des investissements massifs et une réorientation vers les secteurs stratégiques pour l’économie et le développement durable. Cet article est une revue de presse tirée de Jeune Afrique.

Le 17/02/2026 à 20h26

La Caisse de dépôt et de gestion (CDG), qui totalise un bilan de 382 milliards de dirhams, se réinvente pour accompagner les grands chantiers de l’État marocain. Après avoir désengagé des actifs hôteliers jugés non stratégiques et réorganisé ses branches financières et immobilières, l’institution vise désormais à soutenir la souveraineté alimentaire et numérique du pays. Avec une enveloppe de 16 milliards de dirhams prévue sur les trois prochaines années, la CDG ambitionne, à l’horizon 2030, de mobiliser «quelque 100 milliards de dirhams [9,2 milliards d’euros] pour financer l’économie du pays», affirme Khalid Safir, son directeur général, dans un entretien accordé à Jeune Afrique.

Directeur général depuis 2022, Khalid Safir, 58 ans, polytechnicien passé par la Trésorerie générale, le ministère de l’Économie et des Finances et plusieurs postes de gouvernance locale, détaille la nouvelle stratégie du groupe. Selon lui, la CDG a toujours cherché à «innover et se mettre au diapason de l’économie nationale», depuis ses débuts dans l’immobilier et le tourisme en 1960 jusqu’à son accompagnement de la politique d’accélération industrielle dans les années 2000. «Chaque plan fait le bilan du précédent et fixe un nouveau cap. Le plan CAP2030 prolonge le plan 2017-2022 et se donne pour objectif de faire converger les moyens actuels du groupe tout en s’ouvrant sur de nouveaux métiers», explique-t-il. Il ajoute que la CDG s’oriente désormais vers des secteurs liés aux souverainetés économiques nationales, incluant la souveraineté numérique et alimentaire ainsi que le développement durable.

La restructuration des activités de développement territorial, achevée en 2025, a permis de centraliser les compétences autour de quatre lignes de métiers: zones industrielles, immobilier locatif, aménagement urbain et services-conseil, lit-on dans Jeune Afrique. Des projets emblématiques, comme les nouvelles villes de Zenata, Casa Anfa ou les quartiers Nassim et Hay Riad, sont désormais accompagnés par cette organisation. Une nouvelle entité, INEE (Innovative Energy & Efficiency), a été créée pour soutenir les territoires et administrations dans l’efficacité énergétique. «Le rôle de la CDG consiste à couvrir les maillons faibles d’une chaîne», précise Safir.

Dans le secteur touristique, l’accent est mis sur les établissements de prestige et les resorts, notamment à Saïdia et dans le nord du pays, tandis que les actifs jugés non stratégiques sont cédés. Le repositionnement financier concerne les filiales CIH, Finéa et Jaida, cette dernière étant désormais orientée vers l’économie sociale et solidaire.

Pour mettre en œuvre la politique de souveraineté économique, la CDG a créé CDG Incept, qui se concentre sur la souveraineté numérique et alimentaire. «En ce qui concerne la sécurité alimentaire, l’eau étant un des éléments indispensables à la chaîne, nous investissons dans le dessalement. Nous étudions également la filière de la semence, les engrais étant déjà couverts par l’OCP. Nous ne sommes pas là pour tout faire mais pour répondre à des besoins spécifiques», précise Safir.

Les résultats financiers du groupe en 2024 ont été porteurs, avec un produit net bancaire en hausse de 33% et un bénéfice supérieur de 2 milliards de dirhams par rapport à 2023. Safir explique que «certains aspects relèvent de facteurs conjoncturels», mais que les véritables leviers de création de valeur se trouvent dans le financement de l’économie réelle, notamment via les projets d’infrastructure offrant des rendements durables et prévisibles.

L’investissement de 16 milliards de dirhams prévu sur trois ans sera dédié aux souverainetés numériques et alimentaires, incluant data centers, clouds souverains et dessalement. «Nous avons préparé les capacités que nous allons dédier à ces secteurs en attendant d’identifier les projets. Après cette phase préparatoire, nous passerons à la mise en œuvre dès 2026», indique Safir.

Tout en soutenant les politiques publiques, la CDG doit préserver ses équilibres financiers. Safir précise que l’institution, très régulée, gère «quasiment 350 milliards de dirhams de ressources» dans un cadre prudentiel strict, incluant fonds de pension, dépôts des professions juridiques et consignations. L’allocation stratégique des actifs vise à concilier sécurité et valorisation des ressources.

L’année 2025 a également été marquée par des réajustements dans le secteur financier, avec des opérations de cession ciblées et une réallocation d’actifs, visant à renforcer les fonds propres et à dégager des marges de manœuvre. Selon Safir, «à l’issue de ces transformations, nous serons en mesure de tirer pleinement parti des nouvelles organisations dès 2026, avec des équipes davantage focalisées sur leurs cœurs de métier, mieux structurées et dotées de compétences plus spécialisées».

Sur la question de l’emploi, alors que le taux de chômage reste supérieur à 13%, Safir insiste sur le rôle limité de la CDG dans la création directe d’emplois et souligne l’importance de l’implication des territoires et des PME. «Ce sont ces conditions, à la fois réglementaires et de financement, qui permettront à des PME dépourvues de garanties d’accéder à des financements. Il faut passer à une autre échelle pour toucher le maximum de PME, c’est pourquoi j’insiste sur l’implication des régions», conclut-il.

Par La Rédaction
Le 17/02/2026 à 20h26