Une nouvelle phase d’investissement sous impulsion opérationnelle reste la nouvelle dynamique entre la France et le Maroc qui a été réaffirmée à la Chambre française de commerce et d’industrie du Maroc (CFCIM) où l’événement, organisé le vendredi 3 avril a confirmé une orientation claire: transformer la solidité des échanges en une dynamique d’investissement plus structurée et plus profonde. Nicolas Forissier, ministre français du Commerce extérieur et de l’Attractivité de France a ainsi rappelé que «le volume d’échanges atteint 15 milliards d’euros en 2025, soit un doublement en dix ans», tout en posant un diagnostic sans ambiguïté: «Nous pouvons aller plus loin».
Une telle progression traduit une relation déjà bien établie, mais encore en phase de montée en qualité. L’enjeu ne se limite plus au volume des échanges, mais à leur capacité à soutenir une intégration industrielle, technologique et logistique plus poussée. La transformation du Maroc, qualifié par le ministre de pays «très modernisé» et structuré, crée un terrain propice à cette évolution.
Ce repositionnement repose sur une montée en puissance des investissements croisés. Nicolas Forissier a insisté sur la nécessité d’engager «des investissements croisés beaucoup plus massifs», dans un contexte où les entreprises françaises disposent déjà d’un ancrage significatif. «Les entreprises françaises emploient au moins 150.000 personnes au Maroc et continuent de faire le choix du Maroc», a-t-il précisé, avant d’ajouter: «Il faut qu’elles fassent plus».
Une telle orientation traduit un basculement vers une logique d’implantation durable, dépassant les logiques d’exportation classiques. Le Maroc apparaît, dans ce cadre, comme une base industrielle et logistique articulée à la fois au marché européen et aux dynamiques africaines. La proximité géographique, combinée à une stratégie industrielle affirmée, renforce cette attractivité.
La CFCIM, pivot opérationnel du partenariat économique
La capacité à concrétiser cette ambition repose largement sur l’efficacité des dispositifs d’accompagnement. À ce titre, la CFCIM s’impose comme un acteur central, selon les termes de son président Sébastien Le Bonté, qui la définit comme «au carrefour de l’économie entre la France et le Maroc».
La structure fédère «3.500 entreprises adhérentes», couvrant un spectre large allant d’entreprises à capitaux français à des acteurs marocains. Elle intervient sur l’ensemble de la chaîne de valeur de l’investissement, «de l’entrepreneur jusqu’à son implantation», en lien étroit avec la Team France Export.
Une telle organisation traduit une évolution des politiques de soutien à l’internationalisation, désormais orientées vers l’accompagnement opérationnel et la mise en relation qualifiée plutôt que vers des approches institutionnelles classiques.
L’efficacité de ce modèle se mesure à des résultats tangibles. Sébastien Le Bonté a ainsi indiqué que «170 entreprises françaises» ont récemment été accompagnées au Maroc, à travers des dispositifs individualisés incluant des mises en relation ciblées et des rendez-vous qualifiés.
Ce volume d’accompagnement reflète une demande soutenue pour le marché marocain, mais également la capacité des structures d’appui à transformer cette demande en projets concrets. Le président de la CFCIM insiste d’ailleurs sur la nature de l’institution, «à la fois un lieu, un réseau, un outil et un accélérateur», soulignant une approche intégrée de l’accompagnement économique.
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La présence territoriale renforce cette logique, avec «douze délégations» couvrant le Royaume, complétées par une extension récente vers le Sud. Une telle implantation permet d’aligner les projets d’investissement avec les dynamiques régionales, dans un contexte de décentralisation économique progressive.
Au-delà des dispositifs existants, de nouvelles initiatives visent à renforcer la structuration des flux économiques. La Maison de l’exportateur et de l’investisseur français au Maroc s’inscrit dans cette dynamique. Selon Sébastien Le Bonté, elle a vocation à «stimuler les échanges, faciliter les implantations et créer davantage de valeur entre nos deux pays».
Ce projet traduit une volonté d’approfondir l’intégration des relations économiques bilatérales, en améliorant l’accès à l’information, aux partenaires et aux opportunités d’investissement. Il s’inscrit également dans un contexte de concurrence internationale accrue pour l’attraction des capitaux et des projets industriels.
Des secteurs stratégiques au cœur de la prochaine phase
La dynamique d’investissement identifiée repose sur plusieurs secteurs clés. Les infrastructures occupent une place centrale, notamment dans la perspective de la Coupe du monde 2030, qui génère des besoins significatifs en transport, en connectivité et en équipements urbains.
Le prolongement de la ligne à grande vitesse vers Marrakech, les projets de mobilité urbaine et les infrastructures associées constituent autant de leviers pour l’implication des entreprises françaises. Nicolas Forissier a insisté sur l’ampleur de ces projets, évoquant «un investissement considérable sous toutes ses formes».
Le secteur énergétique apparaît également structurant. «Il n’y a pas de souveraineté économique sans souveraineté énergétique», a rappelé le ministre, en évoquant les coopérations autour des énergies renouvelables, de l’hydrogène et des interconnexions.
L’agroalimentaire complète ce tableau, avec une complémentarité croissante entre les deux économies. Le ministre a d’ailleurs relevé une «balance commerciale plutôt en faveur du Maroc» sur ces segments, traduisant une évolution des rapports de compétitivité.
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Une dimension transversale notamment le capital humain, Nicolas Forissier a insisté sur ce point, estimant que le partenariat repose sur «un modèle d’intérêts croisés entre investissement, commerce et capital humain».
Les dispositifs de formation, les mobilités étudiantes et les programmes d’intégration professionnelle constituent des leviers déterminants pour la pérennité des investissements. La présence d’un écosystème éducatif et technologique partagé entre les deux pays renforce cette interdépendance.
Sébastien Le Bonté a, de son côté, mis en avant le rôle des PME, ETI et TPME, «au cœur du développement des échanges», soulignant que la fluidité de la relation économique dépend largement de leur capacité à s’insérer dans ces dynamiques transnationales.
La convergence entre volonté politique, dispositifs opérationnels et opportunités sectorielles dessine une trajectoire de consolidation du partenariat économique entre le Maroc et la France. L’enjeu réside désormais dans la capacité à transformer cette dynamique en projets durables et en investissements productifs.




