Guerre au Moyen-Orient: «Un impact modéré à ce stade», le gouvernement écarte toute rallonge budgétaire

Le 16 mars 2026, les prix des carburants ont augmenté au Maroc dans un contexte de tensions géopolitiques au Moyen-Orient perturbant le marché mondial du pétrole.. AFP or licensors

La guerre au Moyen-Orient, qui dure depuis près de trois semaines, commence à produire ses premiers effets économiques, sans pour autant provoquer de choc majeur au Maroc. «Un impact modéré à ce stade», assure une source gouvernementale, alors que l’exécutif privilégie des mesures ciblées, comme le soutien aux transporteurs, tout en écartant pour l’heure toute rallonge budgétaire.

Le 19/03/2026 à 14h13

Face à la flambée des prix des carburants au Maroc, avec un gasoil désormais autour de 13 dirhams le litre, le gouvernement a décidé, sans surprise, de relancer le mécanisme d’aide directe au profit des professionnels du transport. Objectif: amortir le choc sur les coûts de transport, préserver le pouvoir d’achat et limiter les répercussions inflationnistes liées aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient.

Si le dispositif est acté, son coût global reste, à ce stade, inconnu. Les inscriptions des professionnels doivent démarrer ce vendredi 20 mars. L’exécutif s’appuie toutefois sur une expérience récente: entre mars 2022 et février 2024, un programme similaire avait été déployé, avec des subventions comprises entre 2.200 et 6.200 dirhams selon les catégories (taxis, autocars, autobus et véhicules utilitaires). Au total, près de 7 milliards de dirhams avaient été mobilisés, répartis sur 14 vagues, soit un coût moyen de 500 à 600 millions de dirhams par tranche.

Pas de rallonge budgétaire à ce stade

Cette nouvelle dépense, non prévue dans la loi de finances 2026, intervient dans un contexte de hausse attendue de la facture énergétique, tirée notamment par l’augmentation des prix du pétrole, du gaz (butane et GNL), du charbon et du fuel. De quoi relancer les interrogations sur un éventuel recours à une rallonge budgétaire voire à une loi de finances rectificative.

Pour l’heure, le gouvernement écarte ce scénario. «La guerre dure depuis 20 jours. Tout dépendra de sa durée, mais a priori, son impact devrait rester modéré sur le Maroc», indique une source gouvernementale contactée par Le360, excluant, à ce stade, toute rallonge budgétaire, contrairement à 2022 lors de la crise russo-ukrainienne.

À l’époque, l’exécutif avait dû mobiliser des crédits supplémentaires à deux reprises via décrets, pour un montant global de 28 milliards de dirhams (16 milliards en juin, puis 12 milliards en octobre).

Ce relatif optimisme est partagé par Bank Al-Maghrib. «L’impact de la guerre resterait relativement contenu dans le scénario d’un conflit de courte durée, mais pourrait s’avérer plus marqué dans le cas contraire», a déclaré le wali, Abdellatif Jouahri, lors de son point de presse mardi à Rabat.

En retenant l’hypothèse d’un baril de pétrole à 80 dollars en moyenne, la facture énergétique du Maroc devrait s’établir à 125 milliards de dirhams, sans compromettre les équilibres budgétaires, assure-t-il.

Dans ce scénario, le déficit budgétaire, hors recettes de privatisation, poursuivrait sa trajectoire de consolidation, passant de 3,6% en 2025 à 3,5% en 2026, puis 3,4% en 2027.

Résilience et marges de manœuvre

«Cela fait 15 ans que le Maroc fait face à des crises. Le pays a toujours démontré une forte capacité de résilience, même si chaque crise a ses spécificités», a souligné Jouahri.

Le wali de BAM insiste sur l’équilibre entre soutien économique et discipline budgétaire: «L’État met en place des mesures de riposte, notamment des aides directes, tout en veillant à préserver les équilibres macroéconomiques, qui relèvent de la souveraineté nationale, surtout dans un contexte international marqué par le repli des États sur eux-mêmes.»

Même dans un scénario de hausse plus marquée des cours pétroliers, les autorités se veulent confiantes. «Si les prix du pétrole atteignent même 120 dollars, le Maroc dispose de marges de sécurité, notamment la ligne de crédit modulable (LCM) avec le FMI, mobilisable immédiatement et sans conditionnalité ex-ante», précise Jouahri.

Il rappelle que cet instrument avait déjà été activé en 2020, pour un montant équivalent à près de 30 milliards de dirhams. «Aujourd’hui, avec des réserves de change couvrant plus de six mois d’importations, son activation n’est pas nécessaire. Mais elle reste une option en cas de choc plus sévère», conclut-il.

Par Wadie El Mouden
Le 19/03/2026 à 14h13