Le conflit qui s’est intensifié au Moyen-Orient depuis le week-end dernier ravive le spectre d’un troisième choc pétrolier, après ceux de 1973 et 1979. Dès les premières frappes, les marchés ont réagi avec nervosité: en une seule séance, les cours du brut ont bondi de plus de 8%, propulsant le baril aux alentours de 80 dollars en début de semaine, contre 60 dollars à peine quelques jours plus tôt. Les analystes redoutent désormais un seuil symbolique de 100 dollars si l’escalade militaire se prolonge.
Au cœur des inquiétudes figure le détroit d’Ormuz, couloir maritime stratégique par lequel transite près de 20% du pétrole consommé dans le monde en 2024-2025, soit environ 20 millions de barils de brut et de produits dérivés chaque jour. Toute perturbation durable dans cette zone névralgique bouleverserait l’équilibre déjà fragile des marchés énergétiques. Les tensions opposent notamment les États-Unis et Israël à l’Iran, faisant planer la menace d’un embrasement régional aux conséquences mondiales.
Les premières répercussions économiques sont déjà tangibles, écrit le quotidien Les Inspirations Éco. Plusieurs navires ont été déroutés, les primes d’assurance maritime ont fortement augmenté et les coûts du fret grimpent. Pour les pays dépendants des importations d’hydrocarbures, la facture s’annonce salée. Le Maroc, qui importe l’essentiel de ses besoins énergétiques, se trouve particulièrement exposé. Le budget de l’Etat voté pour 2026 reposait sur l’hypothèse d’un baril autour de 65 dollars. Or, l’écart actuel compromet ces projections budgétaires et menace les équilibres macroéconomiques du Royaume.
Le pays dispose certes d’un stock stratégique couvrant environ 60 jours d’approvisionnement, mais cette réserve ne saurait amortir un choc prolongé. Une hausse durable des cours pèserait directement sur les finances publiques et sur le pouvoir d’achat des ménages, déjà fragilisés par les séquelles de la crise sanitaire et les tensions inflationnistes des dernières années.
Cité par Les Inspirations Éco, l’économiste Mohamed Jadri estime que l’impact sera inévitable. En l’espace de 72 heures, souligne-t-il, le baril est passé de 60 à 78 dollars, illustrant la volatilité extrême des marchés. Selon lui, deux scénarios se dessinent. Le premier, optimiste, verrait le conflit contenu sur trois à quatre semaines. Dans ce cas, la flambée des prix du brut, des matières premières et du transport maritime resterait temporaire, avec un retour progressif à la normale dès avril, sans déclencher de spirale inflationniste majeure au Maroc.
Le second scénario, plus sombre, reposerait sur l’hypothèse d’une guerre ouverte et durable. Les conséquences seraient alors difficilement prévisibles. Le baril pourrait atteindre 130 voire 140 dollars, même en cas d’augmentation de la production par les pays membres de l’OPEP. Un tel niveau rappellerait les pics observés en avril 2022 après le déclenchement de la guerre en Ukraine, lorsque les cours avaient dépassé les 120 dollars. Dans cette configuration, une hausse des prix du gasoil et de l’essence sur le marché national deviendrait quasi inévitable dès la seconde moitié du mois de mars.
Au-delà de l’énergie, c’est l’ensemble de la chaîne des coûts qui serait affecté, a-t-on pu lire dans Les Inspirations Éco. Les primes d’assurance pour les navires transitant par le golfe Persique auraient déjà progressé de 50%, tandis que plusieurs bâtiments restent immobilisés. En cas de blocage total du détroit d’Ormuz, les routes commerciales devraient contourner l’Afrique par le sud, allongeant considérablement les délais de livraison et renchérissant les tarifs du fret. Cette hausse des coûts logistiques se répercuterait sur les prix à la consommation à l’échelle mondiale, alimentant une inflation importée dont le Maroc subit traditionnellement les effets.
Selon Mohamed Jadri, le taux d’inflation pourrait ainsi remonter vers 5% ou 6% dans les mois à venir si la crise perdure. Un tel niveau pèserait lourdement sur le pouvoir d’achat des ménages et raviverait les tensions sociales.
Le secteur touristique n’est pas épargné. Même si les principaux marchés émetteurs européens restent éloignés du théâtre des opérations, un risque d’amalgame géographique pourrait freiner certaines réservations. Par ailleurs, la fermeture répétée des grands hubs du Moyen-Orient (Dubaï, Doha et Abu Dhabi), et l’annulation de milliers de vols perturbent le trafic aérien international. Des dizaines de milliers de passagers se retrouvent bloqués, affectant les compagnies opérant vers et depuis le Maroc. Dans ce contexte incertain, les prochaines semaines seront décisives. Pris par cette flambée des prix des hydrocarbures, et par les tensions logistiques et les risques inflationnistes qui en découlent, l’économie marocaine, comme de nombreuses autres, se retrouve suspendue à l’évolution d’un conflit dont l’issue reste imprévisible.








