Le dirham pourrait-il, à terme, circuler sous une forme entièrement numérique, en complément des billets et des pièces? C’est l’une des pistes explorées par Bank Al-Maghrib (BAM) à travers ses travaux sur la Monnaie digitale de banque centrale (MDBC). L’objectif est d’évaluer dans quelle mesure un dirham digital pourrait moderniser les paiements au Maroc, élargir l’accès aux services financiers et réduire la dépendance aux espèces.
Il ne s’agit pas, à ce stade, d’annoncer le lancement imminent d’une nouvelle monnaie, mais d’examiner les conditions de sa mise en œuvre éventuelle. Le document souligne que la circulation fiduciaire est passée de 70 milliards de dirhams en 2001 à plus de 500 milliards en 2025, témoignant de l’ancrage du cash dans les habitudes de paiement.
Une monnaie numérique en complément du cash
Contrairement aux cryptomonnaies, dont la valeur peut fortement fluctuer, le dirham digital serait une forme numérique de la monnaie officielle, émise ou garantie par la Banque centrale selon les modalités retenues. Il ne serait pas destiné à remplacer les espèces, mais à proposer un moyen de paiement complémentaire, combinant les avantages du numérique avec ceux du cash: simplicité, sécurité et accessibilité.
Plusieurs banques centrales ont déjà expérimenté ou lancé leur propre monnaie numérique, notamment aux Bahamas, en Jamaïque et au Nigeria. Leurs expériences montrent toutefois que la disponibilité d’une solution technologique ne suffit pas à garantir son adoption. La confiance du public, la facilité d’utilisation et l’acceptation par les commerçants restent déterminantes.
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L’un des principaux avantages attendus concerne l’inclusion financière. Selon les données citées dans le document, le taux de détention de comptes bancaires par les particuliers résidents s’établissait à 62% en 2025. Les femmes restent moins bancarisées que les hommes, tandis que les jeunes de 15 à 24 ans ne représentent qu’environ 10% des détenteurs de comptes bancaires.
En proposant des paiements à moindre coût et des fonctionnalités permettant d’effectuer certaines transactions hors ligne, le dirham digital pourrait faciliter l’accès aux services financiers, notamment dans les zones rurales éloignées des agences bancaires ou insuffisamment couvertes par Internet.
Le projet pourrait également contribuer à la dématérialisation des transactions dans l’économie informelle. Celle-ci représenterait près de 30% du PIB, selon les estimations citées par les auteurs. L’enquête du Haut-commissariat au plan sur les unités de production informelles recensait plus de deux millions d’unités en 2023. Parmi leurs responsables, seuls 2% disposaient d’un compte bancaire dédié à leur activité.
Un moyen de paiement numérique accessible, dont les caractéristiques se rapprocheraient de celles du cash, pourrait faciliter leur intégration progressive dans les circuits formels. Cette évolution resterait toutefois tributaire d’autres mesures, notamment la simplification administrative et l’amélioration de l’accès au financement.
Des transferts d’argent potentiellement moins coûteux
Le dirham digital pourrait aussi ouvrir des perspectives en matière de transferts transfrontaliers, notamment pour les Marocains résidant à l’étranger (MRE). Ces flux ont représenté en moyenne l’équivalent de 8% du PIB au cours des dernières années, selon le document.
À terme, l’interconnexion des monnaies numériques de différentes banques centrales pourrait réduire les délais et les frais de transfert en limitant le nombre d’intermédiaires. Les auteurs citent le projet mBridge, conduit sous l’égide de la Banque des règlements internationaux avec plusieurs banques centrales, dont celles de Chine, de Thaïlande et des Émirats arabes unis. Selon les résultats mentionnés dans le document, ce projet pilote a permis de réduire les coûts de certaines transactions jusqu’à 50%, avec des règlements parfois exécutés en quelques secondes.
La concrétisation de tels gains au Maroc dépendrait néanmoins de la compatibilité des infrastructures, des cadres juridiques et des accords conclus avec les partenaires étrangers.
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La réussite du projet suppose des infrastructures numériques performantes, accessibles sur l’ensemble du territoire et capables d’assurer la continuité des paiements. Malgré les progrès de la digitalisation, les disparités de couverture Internet et le coût des équipements demeurent des obstacles, particulièrement dans les zones rurales.
La cybersécurité et la protection des données personnelles constituent également des conditions essentielles. Le dispositif devrait garantir la sécurité des transactions, prévenir les fraudes et concilier confidentialité des paiements et respect des obligations légales.
Un projet de long terme
Pour les auteurs du document, l’éventuelle introduction d’une monnaie digitale au Maroc doit suivre une démarche progressive, prudente et concertée. Son succès dépendra autant de la maturité technologique et du cadre réglementaire que de son utilité concrète pour les citoyens et les entreprises.
Le dirham digital s’inscrit ainsi dans une réflexion de long terme sur la modernisation des paiements, l’inclusion financière et la souveraineté numérique. Dans un pays où le cash conserve une place prépondérante, le défi sera de proposer une alternative numérique simple, sûre et largement acceptée, sans chercher à remplacer brutalement les habitudes existantes.




