Pour la deuxième année consécutive, Amal El Fallah Seghrouchni, ministre de la Transition numérique et de la Réforme de l’Administration, est au cœur de Gitex Africa, l’un des événements les plus importants de la tech africaine, qui se déroule du 7 au 9 avril à Marrakech.
Alors que le Maroc multiplie les annonces d’investissements dans des datacenters dédiés à l’intelligence artificielle, «la ministre se montre convaincue que le Royaume peut devenir un acteur majeur de ce secteur, en Afrique et au-delà», indique le magazine Jeune Afrique. En septembre 2025, elle a obtenu l’aval du Programme des Nations unies pour le développement pour créer le Hub digital pour le développement durable (D4SD), destiné à lever des fonds et à concevoir des infrastructures numériques partagées entre États arabes et africains. «C’est une autre manière de faire de la coopération multilatérale», explique la ministre, affirmant travailler avec les Américains, les Européens et les Chinois tout en préservant le pays de toute dépendance technologique.
Parallèlement à ces ambitions internationales, le développement de la stratégie marocaine pour l’IA progresse dans l’administration comme dans le secteur privé. À Marrakech, et dans un entretien accordé au magazine, Seghrouchni revient sur ces projets. Sur la coopération européenne, elle précise que le Maroc collabore étroitement avec l’Europe et a été pressenti pour héberger l’une des quinze usines d’intelligence artificielle prévues par le Plan d’action pour un continent européen de l’IA. Son ministère et la Commission européenne ont signé un accord qui vise à créer un cadre de coopération sur les données, les datacenters, les algorithmes... «Cet accord-cadre général est le prélude d’une série de conventions plus spécifiques dans le domaine de la recherche entre nos laboratoires, par exemple celui situé au sein de notre supercalculateur Toubkal, à Benguerir, et les laboratoires situés en Europe», explique la ministre.
Concernant les datacenters annoncés par Naver, Iozera ou Cassava Technologies, elle se montre prudente. «Je ne le sais pas précisément, mais ils avancent. Ces datacenters fourniront davantage de puissance de calcul. On compte augmenter les capacités du site de Toubkal. Les datacenters suivront. Tout cela prend du temps. Si la trajectoire est linéaire, ces projets verront tous le jour. Mais, parfois, des événements extérieurs, tels que ceux qui se passent actuellement au Moyen-Orient, entravent le bon déroulement de l’ensemble», précise la ministre.
Elle assure toutefois que le Maroc ne rencontre pas de difficultés énergétiques. «Lorsque nous avons signé un accord prévoyant la construction du datacenter Igoudar, à Dakhla, nous l’avons fait en partenariat avec le ministère de la Transition énergétique, parce que le Maroc est bien placé dans le secteur de l’éolien et dans le solaire. Nous voulions concevoir une infrastructure qui fonctionne entièrement avec de l’énergie renouvelable», rappelle la ministre. Deux investisseurs, le Fonds Mohammed VI pour l’investissement et la Caisse de dépôt et de gestion, participeront aux études techniques annoncées lors du Gitex Africa.
Quant à la souveraineté numérique, Seghrouchni insiste sur le contrôle de l’aval de la chaîne de valeur. Selon cetet dernière , il faut créer des partenariats susceptibles de développer l’ensemble de la chaîne de valeur sans toutefois en contrôler tous les maillons. «Nous sommes très conscients qu’en amont de la chaîne, nous n’avons pas les moyens de produire des GPU et que notre sol ne regorge pas de métaux rares. En revanche, nous pouvons contrôler l’aval, c’est-à-dire les données, les algorithmes, le déploiement, la gouvernance… Nous pouvons aussi fournir les talents et coconstruire des algorithmes à partir de données préalablement qualifiées par nos soins. Il faut donc diversifier les partenariats aux différents maillons de la chaîne, et trouver les équilibres et les complémentarités dans l’interdépendance», précise Seghrouchni.
Elle évoque également les collaborations avec des acteurs internationaux comme Oraclee qui a engagé 600 Marocains, qui travaillent sur des projets internationaux. L’entreprise est présente à Rabat et va créer des centres à Agadir et à Tanger .
Sur le partenariat avec Mistral AI, la minsitre souligne avoir signé un accord-cadre et un autre accord qui prévoit la création d’un laboratoire de recherche & développement au sein duquel nous travaillons avec Mistral sur de l’algorithmique orientée langage. «Ce qui nous intéresse, tout comme Mistral, c’est le développement de modèles de langage pour les dialectes marocains (darija, amazigh). Et nous travaillerons peut-être ensuite avec lui sur d’autres dialectes africains. De ce fait, de nombreuses entreprises marocaines commencent à travailler avec Mistral. Notre ministère encourage ces partenariats, qui contribuent à tisser des liens. Nous avons tout intérêt à continuer à travailler ensemble», conclut Seghrouchni.




