L’Association marocaine de l’irrigation par aspersion et goutte-à-goutte (AMIAG) a récemment tiré la sonnette d’alarme face à la dégradation alarmante de la situation du secteur de l’irrigation au Maroc, un domaine stratégique aujourd’hui menacé par des pertes financières se chiffrant en milliards de dirhams et par un risque réel de faillite pour de nombreuses entreprises.
Dans un communiqué repris par le quotidien Assabah de ce mardi 6 janvier, l’association indique que, lors de son assemblée générale tenue le 13 décembre dernier, elle a mis en lumière l’extrême fragilité d’un secteur qui traverse l’une des crises les plus graves et les plus longues de son histoire. Selon l’AMIAG, depuis plus de trois ans, les entreprises opérant dans l’irrigation font face à une succession de difficultés majeures qui ont fortement compromis leur équilibre financier.
Parmi les principaux facteurs de cette crise, figurent les retards prolongés dans le versement des subventions publiques issues du Fonds de développement agricole, dont certains délais atteignent jusqu’à 24 mois. À cela, s’ajoutent des hausses généralisées du coût des équipements et des intrants, ainsi qu’une augmentation significative des taux d’intérêt appliqués aux crédits du Crédit Agricole du Maroc, passés de 3,5% à 5,5%. L’entrée en vigueur de la loi n° 21-169 relative aux délais de paiement est venue accentuer cette pression, créant un contexte particulièrement contraignant pour la trésorerie des entreprises du secteur.
L’association révèle que l’État détient actuellement plus de deux milliards de dirhams d’arriérés de subventions, liés à des projets d’irrigation pourtant achevés, réceptionnés et pleinement opérationnels. Dans de nombreux cas, les entreprises ont assuré le financement des investissements, la fourniture et l’installation des équipements en supportant seules l’ensemble des charges financières et opérationnelles, sans percevoir les aides qui leur sont dues, a-t-on lu dans Assabah. Cette situation a gravement fragilisé leur stabilité financière et expose leurs dirigeants à d’importants risques économiques et juridiques.
La gravité de la crise se manifeste également par le fait que 73% des projets d’irrigation réalisés à l’échelle nationale le sont par le biais de mécanismes de délégation de dettes, en raison de l’incapacité de nombreux agriculteurs à financer intégralement leurs projets. La persistance de cette crise étouffante a déjà conduit à la faillite de plusieurs entreprises, à l’effritement du tissu professionnel du secteur et à la perte de compétences et de savoir-faire hautement qualifiés.
Selon l’AMIAG, l’absence de mesures urgentes et structurelles fait peser une menace directe sur l’ensemble de la chaîne de valeur de l’irrigation. Un éventuel effondrement du secteur compromettrait durablement les efforts nationaux en matière de modernisation agricole, de sécurité alimentaire et de gestion durable des ressources en eau.
Face à ce qu’elle qualifie de situation catastrophique, l’association appelle les pouvoirs publics à accélérer le règlement des arriérés de subventions, à mettre en place des mécanismes transitoires de soutien à la trésorerie des entreprises et à engager des concertations avec les professionnels et experts du secteur afin d’élaborer des solutions durables, en adéquation avec les réalités du terrain.
L’Association marocaine de l’irrigation par aspersion et goutte-à-goutte rappelle que l’irrigation constitue un pilier stratégique pour la sécurité alimentaire, l’adaptation aux changements climatiques et la gestion durable de l’eau au Maroc. Sauver le secteur aujourd’hui, souligne-t-elle, revient à préserver l’avenir agricole et hydrique du Royaume.








