Crise au Moyen-Orient: le Maroc s’impose comme un acteur clé du marché mondial des engrais

Des engrais. DR

Revue de presseLes tensions au Moyen-Orient et les perturbations du détroit d’Ormuz ont provoqué une pénurie d’engrais et une flambée des prix, fragilisant la sécurité alimentaire mondiale. Face à cette crise, le Maroc, premier exportateur de phosphates, émerge comme un fournisseur stratégique, renforçant ses partenariats avec les États-Unis, l’Inde et l’Europe. Une opportunité, mais aussi un défi pour sécuriser ses approvisionnements en intrants. Cet article est une revue de presse tirée de Challenge.

Le 13/04/2026 à 19h52

Les récentes escalades géopolitiques au Moyen-Orient ont profondément déstabilisé le marché mondial des engrais, avec des conséquences en cascade sur la production agricole et les prix. «La concentration de la production dans le Golfe arabo-persique, couplée aux perturbations du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, a provoqué une raréfaction de l’offre et une hausse brutale des coûts», indique le magazine hebdomadaire Challenge. Selon Jean-Marie Paugam, directeur général adjoint de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), cette situation menace à moyen terme la sécurité alimentaire, en particulier en Asie et en Afrique, où les engrais azotés transitent à hauteur de 30% par ce détroit stratégique.

Les pays du Golfe, qui assurent près de la moitié de la production mondiale de soufre, un tiers de l’urée (engrais azoté) et un quart de l’ammoniac, ont vu plusieurs de leurs complexes industriels suspendre leurs activités en raison des frappes militaires. L’Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis, principaux exportateurs, ont ainsi réduit leurs livraisons, accentuant la pénurie. Parallèlement, la Chine, autre acteur majeur, a maintenu ses restrictions à l’export pour préserver son marché intérieur, aggravant la crise.

«Dans ce contexte, le Maroc s’est imposé comme une alternative fiable», affirme Challenge. Grâce à ses réserves de phosphates, qui représentent 70% des ressources mondiales, et à sa position géographique hors des zones de conflit, le Royaume a augmenté ses exportations vers les États-Unis, l’Amérique latine, l’Europe et l’Afrique. Le pays bénéficie d’un avantage comparatif qui en fait un partenaire incontournable pour les puissances occidentales. Repris par Challenge, le think tank américain The Middle East Forum souligne d’ailleurs que «le Maroc joue un rôle incontournable» pour sécuriser les chaînes d’approvisionnement américaines, notamment après l’inscription du phosphate et de la potasse sur la liste des minéraux critiques par Washington.

Cette reconnaissance stratégique s’est traduite par des accords concrets. L’Inde, par exemple, a signé un contrat à long terme avec le Maroc pour l’importation de 2,5 millions de tonnes d’engrais phosphatés, visant à compenser la baisse des exportations chinoises. Cependant, la production marocaine reste dépendante d’intrants clés comme l’ammoniac et le soufre, importés à 40 et 48% respectivement depuis le Golfe. Une vulnérabilité que le Maroc cherche à atténuer en investissant 14 milliards de dollars dans des projets d’hydrogène et d’ammoniac vert à Jorf Lasfar et Tarfaya, afin de réduire sa dépendance aux aléas géopolitiques.

Si la crise offre au Maroc une opportunité de renforcer sa position sur le marché, elle comporte aussi des risques. La hausse des coûts énergétiques et des intrants pourrait peser sur la rentabilité de la production d’engrais phosphatés. Néanmoins, les recettes accrues tirées des exportations pourraient compenser, au moins partiellement, ces surcoûts, tout en consolidant le rôle du royaume comme garant de la sécurité alimentaire mondiale. Les États-Unis, l’Inde et le Brésil, parmi d’autres, voient désormais dans le Maroc un partenaire essentiel pour stabiliser leurs approvisionnements.

Cette dynamique a d’ailleurs poussé plus de 40 organisations agricoles américaines à demander, en mars 2026, la levée des droits compensateurs sur les engrais marocains, jugés contre-productifs en période de pénurie. Les producteurs de maïs, de blé et de soja estiment que ces barrières douanières aggravent artificiellement les prix, au détriment des exploitants locaux. Une pression qui illustre l’urgence, pour les pays occidentaux, de diversifier leurs sources d’approvisionnement face à un marché des engrais de plus en plus tendu.

Par La Rédaction
Le 13/04/2026 à 19h52