Crédits à l’équipement: 306 milliards de dirhams en janvier, en hausse de 26%

Un visuel représentant certains secteurs économiques. (Photo d'illustration).

Portés par la dynamique de l’investissement, les crédits à l’équipement poursuivent leur forte progression au Maroc, dépassant 306 milliards de dirhams début 2026. Les dernières données de Bank Al-Maghrib révèlent toutefois une répartition sectorielle très contrastée, marquée par la domination du tertiaire, l’essor de certaines branches industrielles comme la chimie et le BTP, et le recul persistant de plusieurs segments manufacturiers traditionnels.

Le 16/03/2026 à 15h47

Destinés à financer les dépenses d’investissement, les crédits à l’équipement poursuivent leur forte progression au Maroc. Après avoir clôturé l’année 2025 sur une hausse de 25,4%, avec un encours dépassant 304 milliards de dirhams (MMDH), ils maintiennent leur dynamique au début de l’année en cours. À fin janvier 2026, leur encours atteint plus de 306,38 MMDH, en progression d’environ 26% sur un an, selon les dernières données de Bank Al-Maghrib (BAM).

Derrière cette dynamique globale se dessine une répartition sectorielle très contrastée. Elle est, en effet, marquée par une nette domination du tertiaire, une forte progression de certaines branches industrielles et une contraction accentuée de segments manufacturiers traditionnels.

Ainsi, le secteur tertiaire accapare la plus grande part des crédits à l’équipement. À fin 2025, il totalise 190,3 MMDH, soit 62,6% de l’encours global. Cette domination a profité à plusieurs branches du secteur.

Il s’agit en premier lieu des activités financières qui arrivent en tête avec 56,8 MMDH, représentant à elles seules 18,7% du total global. Cette forte progression serait liée notamment à la transformation du secteur financier, avec la digitalisation, l’élargissement de la bancarisation et l’essor des fintechs.

Les administrations locales figurent également parmi les principaux bénéficiaires, avec 41,7 MMDH (13,7% du total). Ceci s’expliquerait par les investissements des collectivités territoriales dans les infrastructures et les équipements publics.

Les transports et communications captent, quant à eux, 21,5 MMDH, soit 7,1% de l’encours global, tirés par les investissements dans la logistique, les infrastructures portuaires, ferroviaires et les télécommunications. Les autres activités de services (notamment la santé, l’éducation et divers services marchands) représentent 47,2 MMDH, soit 15,5% du total.

Pour le secteur secondaire, il a bénéficié de 97,8 MMDH de crédits à l’équipement en 2025, soit 32,2% du total. Ce poids significatif cache, toutefois, de fortes disparités entre les différentes branches industrielles.

L’électricité, le gaz et l’eau dominent largement avec 38,3 MMDH (12,6% du total), portés par les projets liés aux infrastructures énergétiques et au développement des énergies renouvelables.

La branche du bâtiment et travaux publics suit avec 20,2 MMDH (6,6%), soutenue par la reprise des grands chantiers d’infrastructure, notamment dans les routes, les barrages et le logement.

Le reste est réparti entre les industries chimiques et parachimiques (8,2 MMDH, soit 2,7% du total), les industries alimentaires et du tabac (8,2 MMDH, 2,7%), les industries manufacturières diverses (5,3 MMDH, 1,7%), les industries métallurgiques, mécaniques, électriques et électroniques (3,7 MMDH, 1,2%), les industries textiles (1,4 MMDH, soit 0,5% du total).

S’agissant du secteur primaire, il reste relativement peu représenté dans les crédits à l’équipement. L’agriculture et la pêche cumulent 16,1 MMDH, soit 5,3% de l’encours global.

Une décennie en forte expansion

Sur une période plus longue, les crédits à l’équipement ont connu une nette expansion. Entre décembre 2015 et décembre 2025, leur encours est passé de 141,5 MMDH à 304,2 MMDH, soit une hausse de 114,9% en dix ans.

Le secteur tertiaire est le principal moteur de cette croissance. Sur la décennie, son encours a progressé de 207,9%. Cette ascension profite particulièrement aux activités financières, où les crédits ont été multipliés par plus de sept (+619,5%).

Les administrations locales enregistrent également une forte progression (+194,9%), tout comme le commerce (+71,9%) et les transports et communications (+64,6%). Seule la branche de l’hôtellerie-restauration affiche une évolution plus modérée (+15,6%), en raison d’un contexte sectoriel longtemps mouvementé.

Évolution des crédits à l’équipement par branche d’activité entre 2015 et 2025 (Source: Bank Al-Maghrib).

Branche d’activitéDéc. 2015 (MMDH)Déc. 2025 (MMDH)Évolution (%)
Crédits à l’équipement141,5304,2+114,9 %
Secteur primaire12,216,1+31,9 %
Agriculture et pêche12,216,1+31,9 %
Secteur secondaire67,597,8+44,9 %
Industries extractives7,712,5+61,5 %
Industries19,226,8+39,4 %
Industries alimentaires et tabac7,98,2+4,0 %
Industries textiles, habillement et cuir0,91,4+50,3 %
Industries chimiques et parachimiques1,88,2+343,1 %
Industries métallurgiques, mécaniques, électriques et électroniques4,53,7-18,2 %
Industries manufacturières diverses4,05,3+32,2 %
Électricité, gaz et eau33,538,3+14,4 %
Bâtiment et travaux publics7,120,2+186,7 %
Secteur tertiaire61,8190,3+207,9 %
Commerce, réparations automobiles et d’articles domestiques7,312,6+71,9 %
Hôtels et restaurants9,110,5+15,6 %
Transports et communications13,021,5+64,6 %
Activités financières7,956,8+619,5 %
Administrations locales14,141,7+194,9 %
Autres sections10,347,2+358,4 %

Dans le secteur secondaire, la progression globale atteint 44,9% sur la décennie. Deux branches se distinguent particulièrement: les industries chimiques et parachimiques qui ont enregistré une envolée spectaculaire (343,1%) et le BTP (186,7%).

Les industries alimentaires et du tabac n’enregistrent, quant à elles, qu’une hausse limitée de 4%. En revanche, les industries métallurgiques, mécaniques, électriques et électroniques ont affiché un recul de 18,2%.

Dans le secteur primaire, l’agriculture et la pêche progressent de 31,9% sur la décennie, une évolution positive mais inférieure à la moyenne nationale.

Au final, la répartition des crédits à l’équipement, généralement destinés au financement d’actifs durables (machines, bâtiments, technologies), met en évidence les transformations profondes de l’économie marocaine: une tertiarisation accélérée, un effort soutenu dans les infrastructures et l’énergie, mais aussi des difficultés persistantes dans certains segments industriels traditionnels.

Ces données illustrent les priorités d’investissement du tissu productif national, tout en soulignant les défis encore à relever pour renforcer la base industrielle du pays.

Par Lahcen Oudoud
Le 16/03/2026 à 15h47