Céréales: vers un rebond de plus de 8 millions de tonnes en 2026

Une moissonneuse-batteuse actionnée dans un champ de blé. 

Une moissonneuse-batteuse actionnée dans un champ de blé.  . DR

La récolte céréalière nationale pourrait atteindre entre 8 et 9 millions de tonnes en 2026, contre 4,4 millions en 2025, portée par des précipitations supérieures de 34% à la moyenne depuis 30 ans. Toutefois, selon les données du ministère de l’Agriculture, la majorité des superficies céréalières restent tributaires des précipitations.

Le 17/02/2026 à 11h16

Après deux campagnes sévèrement affectées par le déficit hydrique, la filière céréalière nationale entrevoit un net redressement. L’enjeu dépasse le seul volume produit: il concerne l’équilibre de la balance commerciale, le coût budgétaire des subventions à l’importation et la reconstitution des stocks stratégiques dans un contexte international toujours volatil.

Selon les estimations de la Fédération nationale des négociants en céréales et légumineuses, relayées par Reuters, la production nationale pourrait varier entre 8 et 9 millions de tonnes au terme de la campagne en cours, dont près de 5 millions de tonnes de blé tendre. Moulay Abdelkader Alaoui, président de la Fédération nationale de la minoterie, estime pour sa part la récolte autour de 6 millions de tonnes, un niveau jugé suffisant pour alimenter les réserves sans interrompre les flux d’importation.

À titre de comparaison, la campagne précédente s’est soldée par une production de 4,4 millions de tonnes, dont 2,4 millions de tonnes de blé tendre, selon les données du ministère de l’Agriculture. Ce volume figurait parmi les plus faibles enregistrés au cours de la dernière décennie, dans le sillage d’une succession d’années de sécheresse.

Le redressement attendu s’appuie d’abord sur un retournement pluviométrique marqué. Selon le ministère de l’Agriculture, les précipitations hivernales ont dépassé de 34% la moyenne des trente dernières années et ont été trois fois supérieures à celles de la campagne précédente. Cette amélioration hydrique a soutenu l’expansion des superficies ensemencées, portées à 3,7 millions d’hectares contre 2,6 millions un an auparavant.

Le taux de remplissage des barrages s’établit à environ 70%, contre près de 25% à la même période de l’exercice précédent. Ce redressement hydrique constitue un signal déterminant pour les cultures d’automne et d’hiver, fortement dépendantes des pluies saisonnières.

Des épisodes d’inondations ont néanmoins détruit près de 110.000 hectares dans certaines plaines du Nord. Selon la FNCL, ces pertes demeureraient circonscrites et pourraient être compensées par de meilleurs rendements dans les grandes plaines céréalières, notamment dans le Gharb et la Chaouia.

Importations élevées malgré la perspective d’une bonne campagne

Le redressement attendu intervient alors que le Maroc a intensifié ses importations pour sécuriser l’approvisionnement intérieur. Quant aux importations de céréales, elles ont totalisé 7 millions de tonnes entre juin 2025 et janvier 2026, en hausse de 12% sur un an, dont 3,2 millions de tonnes de blé tendre, précise la source.

Sur cette période, la France a fourni 2,26 millions de tonnes de blé tendre, confirmant son statut de premier fournisseur du Royaume. L’Argentine (233.144 tonnes), la Russie (227.070 tonnes), l’Allemagne (120.084 tonnes) et les États-Unis (94.688 tonnes) complètent le classement des principaux pays exportateurs vers le Maroc, selon les données professionnelles communiquées à Reuters.

Les exportateurs français anticipent de couvrir environ les deux tiers des besoins marocains en blé tendre sur l’ensemble de la campagne, soit près de 3,5 millions de tonnes.

La sécurisation des flux d’importation s’est toutefois heurtée à des contraintes logistiques. Depuis la mi-décembre, de fortes houles ont perturbé l’activité des ports de Casablanca et de Jorf Lasfar, par lesquels transitent environ 80% des importations nationales de blé, selon les professionnels du secteur. La FNCL indique qu’environ 70 navires transportant près d’un million de tonnes de blé patientaient récemment au large, contribuant à une contraction temporaire des stocks disponibles.

Ces retards se traduisent par un surcoût significatif pour les importateurs. Selon les opérateurs, les frais de surestaries atteignent près de 20.000 dollars par jour et par navire, soit environ 179.800 dirhams. Les professionnels ont ainsi sollicité la prorogation du mécanisme de subvention à l’importation jusqu’au 1er juin, au lieu du 1er mai.

D’après le ministère de l’Économie et des finances, les charges de compensation liées aux produits céréaliers et à la farine nationale de blé tendre demeurent un poste budgétaire sensible, dans un contexte de volatilité persistante des cours mondiaux. Selon la Banque mondiale et le FMI dans leurs dernières publications conjoncturelles, les marchés agricoles internationaux restent exposés aux tensions géopolitiques et aux aléas climatiques, ce qui entretient une variabilité des prix.

Au-delà des volumes, la qualité des grains constituera un déterminant majeur. Selon la Fédération nationale de la minoterie, l’abondance des pluies pourrait améliorer le taux de protéines et la qualité technologique du blé tendre, réduisant potentiellement le besoin de mélanges avec des blés importés à forte teneur protéique.

Traditionnellement, seule la moitié environ de la production nationale est commercialisée auprès des minoteries industrielles, une part importante étant autoconsommée ou conservée par les exploitants. Une collecte plus élevée permettrait d’accroître la disponibilité effective sur le marché formel et de limiter le recours aux importations en début de campagne. Dans un contexte où l’agriculture représente une composante déterminante de la croissance nationale, avec un impact direct sur le revenu rural et la demande intérieure. La qualité de la campagne céréalière conditionne ainsi non seulement la facture alimentaire extérieure, mais également la dynamique macroéconomique globale.

Malgré l’amélioration conjoncturelle attendue, le Maroc demeure structurellement importateur net de céréales en prime avec la facture céréalière qui constitue l’un des principaux postes du déficit commercial agricole. La dépendance aux marchés extérieurs expose le pays aux fluctuations des cours et aux contraintes logistiques internationales.

La question centrale demeure donc celle de la résilience structurelle du modèle céréalier national. Les investissements dans l’irrigation, la sélection variétale et la modernisation des exploitations, inscrits dans la stratégie «Génération Green», visent à atténuer la dépendance aux aléas pluviométriques. Ainsi, la campagne 2026 pourrait constituer un point d’inflexion conjoncturel plutôt qu’un changement structurel. Si les volumes projetés se confirment, ils offriraient un répit budgétaire et commercial.

Par Mouhamet Ndiongue
Le 17/02/2026 à 11h16