Le Conseil de la concurrence remet une nouvelle fois le marché des carburants au centre de l’attention avec la publication de son reporting relatif au troisième trimestre 2025. Ce document, consacré au suivi des engagements pris par les sociétés de distribution en gros du gasoil et de l’essence dans le cadre des accords transactionnels conclus avec l’institution, était particulièrement attendu. «Il permet de ramener le débat à une lecture factuelle et chiffrée d’un secteur où les tensions ne se limitent pas aux prix affichés à la pompe, mais s’étendent à l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement, indique le quotidien Les Inspirations Eco du 19 janvier.
Huitième exercice du genre depuis le lancement du dispositif, ce reporting met en lumière un trimestre marqué par une hausse sensible des volumes importés, une progression des recettes fiscales et des marges globalement stables, dans un contexte international devenu plus volatil et moins prévisible.
Sur les trois mois considérés, les importations de gasoil et d’essence atteignent 1,91 million de tonnes, en hausse de 12,4% par rapport à la même période de l’année précédente. Cette augmentation des volumes contraste avec une légère baisse de la valeur globale des importations, qui s’établit à 12,73 milliards de dirhams. Le Maroc consomme donc davantage de carburants, mais dans un environnement où les niveaux de prix internationaux et les conditions d’achat contribuent à contenir la facture globale.
«Sans surprise, le gasoil demeure largement dominant et concentre l’essentiel des flux importés», note Les Inspirations Eco. La structure du marché reste, elle, fortement concentrée, puisque les neuf sociétés suivies par le Conseil représentent environ 82% des importations, aussi bien en volume qu’en valeur. Malgré l’arrivée régulière de nouveaux entrants, avec un nouvel opérateur agréé à fin septembre portant à 33 le nombre total d’entreprises autorisées à importer, le poids des acteurs historiques demeure déterminant dans la formation des équilibres du marché.
Cette dynamique des volumes se reflète directement dans les recettes fiscales. Les encaissements issus de la TIC et de la TVA à l’importation du gasoil et de l’essence atteignent 7,83 milliards de dirhams, en progression de 8,6%. L’augmentation est principalement liée aux quantités importées, qui compensent la baisse de la valeur globale. La TIC continue de représenter près des trois quarts des recettes, confirmant le rôle central de la fiscalité dans la construction du prix final payé par le consommateur.
Le Conseil rappelle par ailleurs que les prix à la pompe ne sont pas indexés sur le cours du pétrole brut, mais sur les cotations de référence des produits raffinés sur les marchés internationaux, connues sous le nom de cotations Platts. Au troisième trimestre 2025, l’analyse par quinzaine met en évidence un marché plus heurté que lors des phases de baisse continue. Pour le gasoil, les variations cumulées des cotations CIF aboutissent à une hausse de 0,41 dirham par litre, tandis que le prix de vente TTC à la pompe progresse de 0,27 dirham, pour atteindre une moyenne de 11,13 dirhams le litre. La cotation CIF moyenne s’établit, elle, à 5,21 dirhams le litre. Pour l’essence, les cotations demeurent globalement stables, avec une variation de 0,07 dirham, alors que le prix à la pompe augmente de 0,14 dirham, autour d’une moyenne de 13,03 dirhams le litre. Le Conseil insiste sur le caractère indicatif de ces cotations, qui ne reflètent pas nécessairement les coûts réels d’approvisionnement, dépendant de paramètres contractuels, du recours au marché spot ou aux contrats à terme, des frais logistiques et surtout de la gestion des stocks, laquelle influe sur le rythme de transmission des variations internationales.
«La question des marges demeure au cœur du dispositif de suivi», note Les Inspirations Eco. Sur la période étudiée, les neuf sociétés dégagent une marge brute moyenne pondérée de 1,48 dirham par litre pour le gasoil et de 2,10 dirhams pour l’essence, des niveaux proches de ceux observés un an plus tôt. Les marges du gasoil affichent une tendance baissière sur le trimestre avant un léger redressement en fin de période, tandis que l’essence conserve un différentiel moyen d’environ 0,62 dirham par litre. Parallèlement, les volumes distribués progressent à près de 1,98 milliard de litres, en hausse de 4,2%, alors que le chiffre d’affaires recule de 6,2% à 18,91 milliards de dirhams. Une illustration supplémentaire d’un marché où l’augmentation des ventes ne garantit pas une hausse des revenus. À travers ce reporting, le Conseil de la concurrence poursuit ainsi un objectif de transparence et de redevabilité sur un secteur à forte sensibilité économique, où la confiance se construit dans la durée par la régularité de l’information.







