La détente observée sur les prix des carburants à l’orée de la nouvelle année ne relève ni du hasard ni d’un simple ajustement conjoncturel. Elle est le produit d’un enchaînement de facteurs économiques, énergétiques et géopolitiques qui, depuis plusieurs mois, convergent vers un apaisement durable des marchés. «La baisse annoncée dès le 1er janvier 2026, susceptible de ramener les prix à la pompe sous le seuil symbolique des 10 dirhams le litre, s’inscrit ainsi dans une dynamique plus profonde, déjà à l’œuvre tout au long de l’année 2025», indique le quotidien Les Inspirations Eco du 2 janvier.
Cette dernière aura marqué une rupture nette avec les exercices précédents, dominés par une volatilité extrême et des tensions persistantes sur les approvisionnements. Le principal moteur de cette accalmie réside dans le ralentissement de la demande mondiale de pétrole. L’économie internationale a évolué à un rythme inférieur aux attentes, en particulier en Asie. La Chine, longtemps considérée comme le principal moteur de la consommation énergétique mondiale, a confirmé un changement de trajectoire. La mutation de son modèle de croissance, combinée à une adoption accélérée des véhicules électriques et à des politiques énergétiques plus sobres, a réduit structurellement ses besoins en carburants fossiles. Ce tassement de la demande, loin d’être ponctuel, a profondément modifié l’équilibre du marché pétrolier.
Parallèlement, l’offre est demeurée abondante, accentuant la pression à la baisse sur les cours. Les États-Unis ont continué d’augmenter leur production, portés par des coûts d’extraction maîtrisés et un environnement réglementaire favorable. Dans le même temps, les pays de l’OPEP et leurs alliés ont adopté une posture défensive, privilégiant la préservation de leurs parts de marché plutôt qu’une réduction drastique de l’offre. «Cette stratégie s’explique par l’érosion progressive du poids de l’OPEP dans la production mondiale, désormais limitée à environ la moitié des volumes globaux. La concurrence accrue entre producteurs a ainsi neutralisé toute tentative durable de soutien des prix», souligne Les Inspirations Eco.
Contrairement aux craintes exprimées en début d’année, les foyers de tensions géopolitiques n’ont pas provoqué de chocs majeurs sur les flux pétroliers. Ni les conflits persistants au Moyen-Orient ni la guerre en Ukraine n’ont entraîné de perturbations significatives des routes d’approvisionnement. L’absence de rupture logistique a limité la prime de risque habituellement intégrée dans les cours, contribuant à stabiliser puis à faire reculer les prix du baril, passés progressivement de 80 dollars à des niveaux oscillant entre 60 et 65 dollars.
«Pour le Maroc, cette configuration internationale favorable s’est traduite par un allègement sensible de la facture énergétique», explique Les Inspirations Eco. Les prix à la pompe ont suivi une trajectoire baissière quasi continue, offrant un répit tangible aux ménages comme aux entreprises. Le recul du gasoil, passé d’environ 13 dirhams le litre à un peu plus de 10,6 dirhams, illustre l’ampleur de cette détente.
Au-delà de son impact direct sur le pouvoir d’achat, cette évolution a eu des effets macroéconomiques notables. La baisse des importations énergétiques, estimée entre 10 et 15%, a dégagé des marges budgétaires appréciables, d’autant que les hypothèses initiales de la loi de finances reposaient sur un baril nettement plus cher.
Cette période d’accalmie a également été accompagnée d’un encadrement plus strict du marché intérieur des hydrocarbures. Le renforcement du rôle du Conseil de la concurrence et la surveillance accrue des marges des distributeurs ont contribué à apaiser un débat longtemps polarisé. Sans révéler de dérives structurelles, ces travaux ont amélioré la transparence du secteur et facilité l’acceptation des ajustements de prix par l’opinion publique.
À court terme, les facteurs à l’origine de cette détente demeurent largement en place. La demande saisonnièrement faible, le niveau élevé de l’offre et l’absence de chocs géopolitiques majeurs plaident pour une poursuite du mouvement baissier en ce début de 2026. Reste toutefois une variable clé : les décisions à venir de l’OPEP. Un changement de stratégie visant à réduire la production pourrait freiner, sans nécessairement inverser, une tendance qui apparaît désormais solidement ancrée.





