La nouvelle hausse des prix des carburants au Maroc, entrée en vigueur ce lundi 16 mars, s’inscrit dans un contexte international particulièrement tendu. Depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient à la fin du mois de février, le prix du baril de Brent a fortement progressé, affichant une hausse d’environ 45%. Cette flambée est alimentée par les craintes pesant sur l’approvisionnement mondial et par le risque de perturbation du trafic dans le stratégique détroit d’Ormuz, par lequel transite 20% du pétrole consommé dans le monde.
Il s’agit de la troisième augmentation des prix à la pompe au Maroc depuis le début de l’année. Comme nous le rapportions dans un précédent article, l’ensemble des distributeurs pétroliers ont appliqué ce lundi une nouvelle révision à la hausse. Les prix ont bondi d’environ 2 dirhams par litre pour le gasoil et de 1,44 dirham pour l’essence.
Si cette hausse était largement anticipée en raison de la flambée des cours du pétrole sur le marché international, son ampleur a néanmoins surpris. Elle tranche avec les ajustements précédents, beaucoup plus modérés: 35 centimes début février puis 25 centimes début mars.
Sans surprise, les professionnels du transport ont été les premiers à réagir, appelant à la reconduction du dispositif d’aide directe de l’État. Ce mécanisme avait été mis en place en mars 2022 pour atténuer l’impact du choc pétrolier provoqué par la guerre russo-ukrainienne. Entre mars 2022 et février 2024, ce programme de soutien a coûté près de 7 milliards de dirhams aux finances publiques. Pour l’heure, aucune annonce officielle n’a été faite par le gouvernement. Les opérateurs du secteur attendent le prochain Conseil du gouvernement, prévu jeudi, pour savoir si une nouvelle mesure d’accompagnement sera adoptée.
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Une tournée effectuée ce lundi matin dans le centre-ville de Casablanca montre que la hausse a été immédiatement répercutée dans l’ensemble des stations-service. Contrairement à certaines révisions précédentes, les distributeurs ont rapidement actualisé les totems affichant les prix au public. Par le passé, cette mise à jour pouvait parfois prendre plusieurs heures, voire plusieurs jours.
Certains automobilistes affirment toutefois que quelques stations auraient appliqué la hausse avant minuit. Il convient néanmoins de rappeler que le secteur des carburants est libéralisé, ce qui laisse aux opérateurs la liberté de fixer leurs prix à tout moment. Seules les ententes illicites sur les prix sont interdites par la loi.
Les tarifs constatés ce lundi
Concernant les prix observés ce matin dans le centre-ville de Casablanca, le gasoil le moins cher est affiché par la nouvelle marque Yoom, détenue par la société BGI Petroleum (Benbrahim Group Investment). Cette enseigne bénéficie notamment d’un accès «exclusif» aux capacités de stockage de la raffinerie Samir à Mohammedia, où elle exploite environ 80.000 m³ sur une capacité totale de 1,8 million de m³.
Ce détail revêt toute son importance au moment où certaines voix s’élèvent pour dénoncer le laxisme du gouvernement dans l’application du cadre réglementaire relatif aux stocks stratégiques de carburants. Celui-ci impose en principe un niveau minimal équivalant à trois mois de consommation, alors que les opérateurs affirment ne disposer que de réserves couvrant à peine un mois. Et encore: la hausse appliquée ce lundi intervient seulement 18 jours après le début de la guerre, alors que, théoriquement, les stocks déjà constitués auraient dû être écoulés au prix d’achat. Mais passons!
La station Yoom affiche ainsi le litre de gasoil à 12,77 dirhams. Les stations TotalEnergies proposent le litre à 12,78 dirhams, tandis que les autres enseignes - Shell, Petromin, Afriquia et Winxo - affichent toutes 12,80 dirhams.
La configuration diffère légèrement pour l’essence. Le prix le plus bas est enregistré dans les stations TotalEnergies, à 13,91 dirhams le litre. Viennent ensuite Shell, Petromin, Afriquia et Winxo à 13,93 dirhams, tandis que Yoom se distingue en affichant cette fois le tarif le plus élevé, à 13,94 dirhams.
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Avec des écarts de seulement quelques centimes entre les différentes enseignes, les prix apparaissent quasiment identiques dans un même périmètre géographique. Une situation qui suscite régulièrement des interrogations sur d’éventuelles pratiques concertées.
Dans un précédent article, interrogée par Le360, une source au sein du Conseil de la concurrence avait toutefois précisé que l’existence de prix similaires n’est pas, en soi, illégale.
«Ce qui justifie généralement une variation de prix, c’est la qualité du produit ou du service. Or, dans le cas des carburants, il s’agit d’un produit standardisé et homogène, identique d’un distributeur à l’autre. La qualité de service ne suffit donc pas toujours à expliquer des écarts tarifaires importants», explique cette source.
Elle ajoute également que la proximité géographique des stations joue un rôle déterminant: «Si le prix est plus élevé dans une station, le consommateur se dirige naturellement vers la station voisine. Lorsqu’un opérateur baisse ses prix, les autres sont rapidement contraints de s’aligner.»
La question des marges reste ouverte
Reste la question sensible des marges réalisées par les distributeurs. Il est encore trop tôt pour déterminer si les prix affichés aujourd’hui à la pompe reflètent réellement le coût d’acquisition des stocks. Il faudra attendre les prochains rapports du Conseil de la concurrence pour disposer d’une vision plus précise de l’évolution des marges dans le secteur. Le reporting portant sur le premier trimestre 2026 devrait, en principe, être publié l’été prochain.








