Bank Al-Maghrib: prudence et vigilance au cœur de la politique monétaire

Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib.

Revue de presseÀ l’issue du premier Conseil trimestriel de 2026, Abdellatif Jouahri a maintenu le taux directeur à 2,25%, insistant sur l’importance de décisions guidées par les données face à un contexte international instable. Entre suivi des tensions géopolitiques, soutien aux TPE et projets de modernisation monétaire, le gouverneur affiche une stratégie prudente et réactive pour préserver les équilibres macroéconomiques du Maroc. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien L’Economiste.

Le 18/03/2026 à 21h01

La prise de parole d’Abdellatif Jouahri, à l’issue du premier Conseil trimestriel de Bank Al-Maghrib pour 2026, a été attendue au-delà de la seule annonce monétaire. Dans un contexte international marqué par la guerre au Moyen-Orient, l’incertitude sur les prix de l’énergie et les interrogations sur la résilience de l’économie marocaine, le gouverneur a livré un message clair de prudence et de réactivité. «Le taux directeur est maintenu à 2,25%, mais chaque décision future sera dictée par les données et non par les émotions. Jouahri a insisté sur la nécessité d’évaluer en permanence l’évolution des marchés et de tester différents scénarios, notamment sur le prix du baril de pétrole, envisagé entre 80 et 130 dollars selon les hypothèses», indique le quotidien L’Economiste dans son édition du jeudi 19 mars. Ces simulations servent à mesurer les impacts possibles sur l’inflation, la balance des paiements et les finances publiques. Une aggravation des tensions énergétiques pourrait faire passer la facture du Maroc de 125 à 150 milliards de dirhams.

Le gouverneur a souligné que la conduite de la politique monétaire se fera désormais réunion par réunion, avec la possibilité de convoquer un Conseil exceptionnel en cas de besoin. Selon lui, le Maroc dispose d’une solide expérience dans la gestion des chocs extérieurs et ses réserves de change couvrent actuellement six mois d’importations. Une ligne de crédit modulable auprès du FMI pourrait également être mobilisée en cas de flambée des prix de l’énergie.

Face aux incertitudes géopolitiques, une cellule conjointe Bank Al-Maghrib–ministère de l’Économie et des Finances assure un suivi permanent et précis des évolutions internationales. La priorité est donnée au canal énergétique, identifié comme principal risque, afin de mesurer comment une hausse des coûts pourrait se répercuter sur les transports, les services et l’inflation. «Jouahri a rappelé que la préservation des équilibres macroéconomiques reste une ligne rouge et que la solidité du dirham repose sur des fondamentaux solides, une politique budgétaire soutenable et une dette en baisse», note L’Economiste.

Sur le plan du financement des entreprises, le gouverneur a évoqué le problème de la bancabilité des dossiers pour les très petites, petites et moyennes entreprises. Une solution de scoring dédiée aux TPE a été finalisée et présentée aux banques pour accélérer le traitement des demandes de financement. Ce dispositif complète la Charte de financement et d’accompagnement des TPE, signée en décembre 2025, et s’accompagne d’un renforcement du dispositif de garantie via Tamwilcom, avec des taux portés jusqu’à 80% pour les entreprises dirigées par des femmes.

Abordant les banques marocaines en Europe, Jouahri a indiqué que l’accord avec la France a été validé par la Commission européenne, ouvrant la voie à la poursuite des opérations relais. D’autres discussions sont prévues avec l’Italie et l’Espagne, deux marchés jugés stratégiques. Sur les sujets monétaires et technologiques, il a précisé que le projet de loi sur les cryptoactifs sera prochainement déposé au Parlement et que l’e-dirham reste un objectif de moyen terme. La priorité immédiate est de réduire l’usage du cash, dont la circulation a augmenté de 15% en 2025, afin de réinjecter cette liquidité dans les circuits formels de l’économie.

Dans l’ensemble, le message du gouverneur de Bank Al-Maghrib est celui d’une vigilance accrue, d’une adaptation constante aux données et d’un engagement à défendre les équilibres macroéconomiques dans un contexte international instable.

Par La Rédaction
Le 18/03/2026 à 21h01