Une étude menée par Nicolas R. Longrich, du département de biologie et de biochimie de l’université de Bath au Royaume-Uni, et par Nour-Eddine Jalil, rattaché au Centre de recherche en paléontologie au Musée national d’histoire naturelle de Paris ainsi qu’au Musée d’Histoire naturelle de Marrakech, a été publiée le 5 mars dans une revue scientifique spécialisée.
L’étude en question porte sur la découverte récente au Maroc d’une nouvelle espèce, dans les dépôts du Crétacé supérieur, lesquels ont livré l’un des assemblages de reptiles marins les plus riches et les plus diversifiés au monde, les mosasaures constituant le groupe dominant.
Un possible parent lointain des dauphins
Baptisé Pluridens imaleki, il se caractérise par un museau fin et rectangulaire, une jonction prémaxillaire-maxillaire en forme de T, une articulation prémaxillaire-maxillaire imbriquée, une crête dorsale proéminente sur le prémaxillaire, une mandibule exceptionnellement longue et fine, une denture d’environ 25 dents, des couronnes dentaires droites et triangulaires fortement recourbées vers l’arrière juste au-dessus de la jonction dent-racine, un processus coronoïde bas et un processus rétroarticulaire haut et fin.
Son crâne mesure 1,25 m de long, ce qui suggère une longueur corporelle d’environ 9 m ou plus, comparable à celle de grands prédateurs tels que Thalassotitan. Les différences entre P. imaleki et P. serpentis au niveau de la structure de la mâchoire et des dents, de la taille des yeux et de l’innervation du rostre, ainsi que de la taille globale, suggèrent qu’ils avaient des stratégies de chasse différentes et occupaient des niches écologiques distinctes. La finesse de ses mâchoires implique une force de morsure relativement faible. Ainsi, malgré sa grande taille, il semble consommer des proies relativement petites et à corps mou.
On ignore si Pluridens était un plongeur en profondeur, mais parmi les analogies possibles avec des espèces actuelles figurent les dauphins, qui possèdent des mâchoires relativement longues et fines et un grand nombre de dents. Certaines espèces, comme le grand dauphin, présentent ainsi une forme de mâchoire globalement similaire bien que P . imaleki était beaucoup plus grand.
Un specimen unique à plus d’un titre
Pluridens imaleki révèle que les Halisaurinae étaient non seulement plus riches en espèces qu’on ne le pensait, mais présentaient également une plus grande diversité de morphologie dentaire, de forme de mâchoire et de taille corporelle. Ainsi, plutôt que d’être simplement supplantés par les Mosasaurinae, il apparaît que les Halisaurinae ont connu une radiation adaptative mineure au Crétacé supérieur et ont joué un rôle important dans l’écosystème des basses latitudes.
Par ailleurs, ce specimen semble avoir été exceptionnellement rare dans les phosphates, n’étant documenté que par un seul spécimen parmi les centaines de restes de mosasaures mis au jour au fil des années. Ceci souligne combien la richesse spécifique des phosphates et d’autres assemblages diversifiés est déterminée par des taxons rares qui ne sont révélés que par un échantillonnage extensif.
Enfin, pour les chercheurs, Pluridens imaleki est également remarquable du fait que des décennies de recherches sur les gisements de phosphate marocains n’avaient jusqu’alors permis de découvrir aucun spécimen de ce mosasaure, pas même des mâchoires ou des dents isolées. Bien qu’il soit possible que des spécimens aient été négligés ou mal identifiés, les données suggèrent que Pluridens imaleki était un élément extrêmement rare de la faune phosphatée. «Ce schéma est fréquent dans les écosystèmes marins modernes: au sein des communautés de baleines, certaines espèces sont communes, d’autres peu communes, et certaines sont rares, présentes uniquement comme espèces erratiques ou migratrices. Pluridens imaleki semble avoir appartenu à cette catégorie de taxon rare, peut-être un migrateur, voire un individu isolé», conclut l’étude.







