«Le niveau de français des étudiants laisse à désirer»: le constat sans appel de l’écrivain Mokhtar Chaoui

Mokhtar Chaoui entouré de ses étudiants.

Face à l’effondrement du niveau de français chez les étudiants, l’écrivain et universitaire Mokhtar Chaoui livre un diagnostic sans concession. Estimant que la maîtrise de la langue est devenue trop précaire pour aborder les textes classiques, il préconise une réforme radicale de l’enseignement supérieur afin de donner la priorité absolue aux fondamentaux.

Le 25/01/2026 à 08h08

«Croire que le français est acquis d’office après le lycée est un leurre absolu». C’est le cri d’alarme lancé par Mokhtar Chaoui, écrivain et professeur de littérature française à la Faculté des Lettres de Martil. Face à un niveau linguistique jugé alarmant — un constat partagé par nombre de ses confrères — l’enseignant appelle à une réforme structurelle immédiate: substituer la filière Études Françaises par celle du Français Langue Étrangère (FLE). «Je demande solennellement aux autorités compétentes de remplacer, sans plus attendre, le DLLF par le FLE dans nos facultés», martèle-t-il.

Selon Mokhtar Chaoui, le système actuel repose sur un postulat erroné qui présuppose une maîtrise automatique de la langue à l’issue du cycle secondaire. Pour lui, la priorité doit être réorientée vers les fondamentaux: «Apprenons d’abord la langue à nos jeunes. Une fois celle-ci maîtrisée, ils viendront d’eux-mêmes à la littérature, pour le bénéfice de tous.»

L’enseignant souligne l’absurdité de la situation pédagogique actuelle: comment exiger l’analyse d’une tirade de Molière ou de la prose de Flaubert de la part d’étudiants qui ignorent les rudiments de la grammaire? Pour lui, persister dans cette voie est une «perte de temps pour les professeurs, un calvaire pour les étudiants et un gaspillage d’énergie pour la société». Les résultats aux examens confirment ce diagnostic sévère, avec à peine deux copies jugées acceptables sur vingt.

Au-delà des lacunes techniques, Mokhtar Chaoui observe une rupture psychologique: une partie de la jeunesse semble se détourner du français au profit de l’anglais. Il note un désintérêt croissant, voire une forme de rejet pour la langue de Molière, qui peine désormais à séduire des étudiants pourtant baignés dans un environnement francophone. «L’anglais a pris le dessus», conclut-il, déplorant une déconnexion profonde entre l’offre académique et les aspirations des nouvelles générations.

Redonner l’envie aux jeunes d’apprendre le français

«Il faut restaurer l’envie chez les jeunes», martèle l’enseignant, tout en concédant avec amertume que cet élan semble aujourd’hui brisé. Ce désintérêt est, selon lui, aggravé par des failles structurelles, notamment le recrutement de licenciés en économie pour pallier la pénurie de professeurs de français. Face à cette crise, Mokhtar Chaoui préconise un retour aux fondamentaux: «Jusqu’à l’âge de onze ans, l’école devrait se concentrer exclusivement sur la lecture, l’écriture et le calcul». L’ambition est claire: faire en sorte que la langue soit enfin aimée et non plus subie.

Ce diagnostic, aussi sévère soit-il, fait écho à un sentiment largement partagé au sein du corps professoral. Nombre de ses confrères tirent la même sonnette d’alarme. Face à un niveau de français en chute libre, le modèle d’enseignement actuel paraît totalement déphasé par rapport aux réalités et aux besoins des étudiants.

Par Qods Chabâa
Le 25/01/2026 à 08h08