Cité du cinéma de Ouarzazate: le projet sera-t-il délocalisé à Rabat?

Un décor de studio à Ouarzazate.

Suite à une question parlementaire du PPS adressée au ministre de la Culture, Mehdi Bensaïd, une vive polémique secoue le milieu du 7ème art. En cause: le blocage de la Cité de production cinématographique de Ouarzazate, sur fond de soupçons de délocalisation vers Rabat.

Le 26/03/2026 à 10h02

Le retard du projet de la Cité du cinéma à Ouarzazate n’est plus un simple dossier administratif qui prend la poussière. C’est devenu un terrain de bataille politique. L’étincelle est née d’une question écrite de Rachid Hammouni (PPS), interpellant le ministre de la Culture sur l’inertie de ce chantier stratégique, tout en relayant des craintes persistantes: le projet aurait-il été discrètement transféré vers la périphérie de Rabat pour être confié à la productrice Khadija Alami?

Saïd Akdad, membre du bureau politique du PPS, n’y est pas allé de main morte. La colère ne porte pas seulement sur le calendrier. Elle porte sur les rumeurs d’«exfiltration» du projet hors de Ouarzazate. Pour les défenseurs de la ville, toucher à l’emplacement de cette cité, c’est s’attaquer directement au principe de justice spatiale. Ouarzazate n’est pas qu’un décor de cinéma. C’est une ville qui vit de cette industrie et qui en a besoin pour survivre.

Selon Rachid Hammouni, le dossier est pourtant bouclé: les études techniques et économiques sont finalisées et l’assiette foncière est identifiée. Pourtant, dix-neuf ans après sa présentation officielle devant le Roi Mohammed VI, le projet stagne. Ce blocage interroge selon lui sur la capacité du ministère à concrétiser des engagements face aux grands investisseurs et réalisateurs mondiaux, pour qui Ouarzazate reste un décor naturel irremplaçable.

Contactée par Le360, une source au sein du département de la Culture apporte un démenti catégorique, pointant du doigt une confusion, volontaire ou non, entre deux projets distincts.

D’un côté, le projet étatique de Ouarzazate: un chantier stratégique porté par le ministère en partenariat avec l’Intérieur et le Tourisme, pour lequel le gouvernement aurait sanctuarisé un budget spécifique dans la Loi de Finances 2026. Un projet qui s’inscrit dans la vision de Mehdi Bensaïd de faire du cinéma une véritable industrie culturelle au service de l’équilibre des territoires.

De l’autre, un projet privé. «Là où réside le quiproquo, c’est que le projet Argan Studios de Rabat est porté par la productrice Khadija Alami sur fonds privés. Un investissement de 700 millions de dirhams sur 80 hectares», confirme notre source. Elle insiste: «Cet investissement n’a absolument aucun lien avec le projet national de la Cité du cinéma de Ouarzazate».

Deux projets, deux logiques, deux territoires. Reste à savoir si le budget 2026 suffira à sortir le «Hollywood marocain» de sa salle d’attente.

Par Achraf El Hassani
Le 26/03/2026 à 10h02